FÊTE DES ÉCOLES
ciel de feu, ni déluge. Toute la semaine, le soleil s’est discrètement voilé pour ne pas troubler nos fêtes, et les nuages eux-mêmes nous ont respectés et ont retenu leur pluie. Nous en étions d’autant plus reconnaissants que toutes nos réjouissances, à une seule exception près, devaient avoir lieu en plein air.
« Nos hôtes, grands et petits, commencèrent à arriver dès le lundi. Le lendemain, missionnaires, évangélistes, bergers d’école et élèves, tous nous étions au grand complet, et, au son de la cloche, on se rassemblait devant l’église, chaque école avec sa bannière et chaque élève avec sa carte d’admission. Il en manquait naturellement beaucoup, tant à cause de la saison que de la distance, et cependant nous en avions environ cinq cent cinquante. Une foule de curieux étaient accourus. C’était, en effet, un spectacle étrange et nouveau que de voir ce cortège d’enfants serpenter sur la chaussée, bannières en tête, défiler, évoluer sur la place publique, se grouper, chaque école autour de son drapeau, pour rendre hommage au roi, et chanter à gorge déployée.
« Le lendemain était le grand jour! Jamaisjiotre termitière n’avait vu une telle affluence. A dix heures, l’église, où prêchait M. Boiteux, regorgeait d’auditeurs, tandis que le tropplein remplissait toute la cour où nous avions rassemblé nos écoles pour un culte spécial présidé par M. Bouchet. Je tressaillais d’émotion et de joie en voyant cette jeunesse assemblée et en l’entendant enlever à pleines poitrines nos chants de Noël. Je me rappelais le passé peu éloigné, je songeais à l’avenir. Que seront ces enfants dans dix, dans vingt, dans trente ans ?
« Les services terminés, vinrent d’abord les jeux, où mes chers collègues, comme les jours suivants, mirent l’entrain et l’ardeur de leur jeunesse, puis le feslin lui-même. Une énorme quantité de nourriture de toute espèce : poisson,
F. COILLARD AU ZAMB.CZE
F. CO ILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
maïs, pain, bouillie, etc., apportée de loin comme de près, venait s’ajouter aux monceaux de viande des dix bœufs que les chefs avaient abaltus pour l’occasion. Je suppose bien qu’ils en avaient laissé une partie quelque part; c’est égal, il y avait abondance pour nos jeunes privilégiés tout d’abord et ensuite pour la foule qui les entourait.
« Le couronnement de cette belle journée fut notre arbre de Noël. A vous, enfants gâtés de la civilisation, il eût pu paraître un peu piètre, avec ses quelques modestes ornements. Pour nous, il était tout simplement splendide. Placé dans l’église, devant l’estrade que nous avions copieusement illuminée de bouts de bougies ordinaires, à défaut de mieux, il se détachait sur un fond flamboyant et faisait un effet — disons le mot — merveilleux. Nous ne pouvions pas chanter : « Mon beau sapin, » c’était un simple palmier pris dans les champs. Mais nous chantâmes nos chants à nous, et le sublime cantique des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » Chacun des frères adressa quelques paroles à cette jeune assemblée et nous nous séparâmes comme si nous avions été à la porte du ciel.
« Des jeux, des projections, enfin quelques fusées, remplirent la journée du lendemain. Le vendredi, les écoles défilaient de nouveau et se groupaient sur la place publique autour de leurs drapeaux. Le Ngambéla d’abord, puis le roi, adressèrent quelques paroles d’encouragement aux élèves et aux maîtres, et de sévères réprimandes aux chefs qui n’envoient pas régulièrement leurs enfants; les missionnaires ajoutèrent aussi leur mot. De nouveaux chants, un modeste festin, l’hommage rendu au roi, la prière, et notre fête était close. Et pendant que nos enfants se dispersaient joyeusement, leur dernier cantique retentissait encore à mes oreilles et dans mon cœur : « Gloire à Dieu ! »
« Restés seuls et déchargés d’une grande responsabilité,