‹ François CoillardChapitre 238 sur 282 · ÉVANGÉLISATION · texte numérisé non relu

ÉVANGÉLISATION

Coiilard n’est plus aussi tenu par l’école qui, sous la direction de Mlles Kiener et Roulet, a pris un véritable essor avec ses trois cents élèves. Il peut se livrer au travail d’évangélisation individuelle :

cc J’aime beaucoup mieux visiter nos chers Zambéziens chez eux 1 que de les voir chez moi. Chez eux, en général, ils sont si différents, si aimables, si gentils causeurs. Là, je suis maître de la situation. N’ayant pas un ouvrage qui me talonne, je puis causer, cela me déride et me repose. Et quand j’ai fini ma visite, je salue mes amis et je m’en vais, les laissant tout heureux. Chez moi, c’est différent : s’ils viennent, ils me trouvent occupé; il faut, de bonne grâce, mettre de côté le travail quel qu’il soit — excepté celui de l’enseignement — et écouter et causer aussi.

(c J’admire ce trait de la vie du Sauveur. Il avait beau être fatigué, épuisé, manquer même de temps pour prendre sa nourriture, il recevait de bonne grâce ceux qui accouraient et se remettait à enseigner. Pas de plainte chez lui. C’est la nuit qu’il se reposait, en retrempant son âme dans la communion de son Père. N’est-il pas merveilleux cet entretien, au puits de Jacob, avec la femme samaritaine, d’un homme fatigué, altéré, affamé et accablé par la chaleur? Et il suffit de ce contact avec une pauvre pécheresse pour faire sourdre et jaillir des fleuves d’eau vive. Tant il est vrai que plus nous étudions cette figure, plus elle s’illumine d’un éclat qui nous ravit. Quelle dignité, quelle égalité de tempérament, quel calme! Toujours le même: aujourd’hui comme hier, mais aussi, béni soit Dieu! le même encore éternellement !

(( Nous voilà bien loin du Zambèze, n’est-ce pas? Mais

i. Letlve à Mme de Falçfuerolles, Léalouvi, 26 mars 1902, impr. dans «/. M. E.j 1902, 2e sem., p. 194-1 9a.

F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

c’est bon aussi de s’asseoir au seuil du ciel, en attendant que les portails éternels s’ouvrent à deux battants pour nous recevoir. »

Les conditions du travail se sont améliorées :

« L’absence du roi 1 a rapproché les gens de nous d’une manière étonnante, ce qui prouve — ce que nous ne savons que trop bien — que l’influence du roi et des chefs, si favorable qu’elle nous soit personnellement, est un des plus sérieux obstacles aux progrès de l’Evangile. »

Aussi, le ton des lettres a changé :

« Le découragement!... Grâce à Dieu, c’est une maladie que nous ne connaissons pas encore au Zambèze 2. L’œuvre nous a trop empoignés, il n’y a pas de place pour le découragement. Nous avons foi dans la mission dont notre souverain Maître nous a honorés et nous croyons encore, de toute la puissance de notre âme, que l’Évangile que nous prêchons est la puissance même de Dieu pour sauver ceux qui croient. Demandez-le donc à nos malheureux compagnons qui ont dû retourner en Europe! Demandez-leur si c’est le fantôme du découragement qui les a épouvantés. Demandez-le aussi aux jeunes que le climat a encore épargnés. Lisez leurs lettres, lisez entre les lignes, si vous le pouvez, etdites-moi quelle est la note qui domine. Il me semble, au contraire, que nos épreuves ont déjà été bénies pour nous-mêmes, qu’elles nous ont rapprochés de l’éternité, qu’elles ont répandu plus de sérieux dans notre vie, revêtu

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