REUNIONS D’ADIEUX
comment, étant allé aux mines de diamants pour faire fortune, il y a trouvé le diamant de grand prix, qu’il désire faire connaître à d’autres. Il a un témoignage à rendre, c’est que, étant mort, il est revenu à la vie. Puis, toute cette assemblée, profondément recueillie, reçut les gages matériels de l’amour de son divin chef. C’étaient de pauvres pécheurs qui, au moment où ils cherchaient à faire quelque chose pour leur Sauveur, éprouvaient le besoin de se rappeler tout ce que lui-même a fait pour eux. Ainsi se termina cette journée, à la fois douce et pénible ; puisse-t-il en résulter quelque bien pour ceux qui y ont pris part! »
Après cette journée Coillard écrit 1 :
a Voilà donc nos adieux au Lessouto derrière nous. C’est un des câbles rompus. Il en reste encore un, le dernier, et puis nous serons lancés en pleine mer. Mais que de déchirements avant cela ! La prolongation de notre séjour ici est une souffrance. Nous ne vivons plus, nous végétons. Notre maison ne nous appartient plus. Outre les amis que nous sommes heureux de revoir, nous avons nos ouvriers et une invasion continuelle de natifs. Ce ne serait rien s’il ne fallait pas héberger tout ce monde. Impossible cependant de quitter avant l’arrivée des Weitzecker. En route il faudra que chacun se mette au pas. Ici tout le monde se démoralise plus ou moins.
« Les protestations d’affection et les encouragements, que nous a valus la campagne menée en France contre le Zambèze, nous ont fait du bien. La visite de nos frères nous a laissé une très douce impression. Mais les émotions concentrées, les soucis et les fatigues nous ont abîmés ; je n’en ai pas dormi pendant plusieurs nuits. »
i. A Alfred Boegaer, Léribé, 29 novembre 1 883 , impr., en partie, dans J. M. E., 1884, p. 55.
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
Peu après Coillard écrivait au président de la Société des Missions 1 :
« Vous pouvez compter que je m’étudierai à la prudence. J’ai trop à cœur l’œuvre que nous allons faire pour la compromettre par manque de précautions. A part cela, le succès appartient à Dieu. Si je meurs à la peine, avant même d’avoir eu la joie de voir le drapeau de l’Evangile définitivement planté dans ces régions lointaines, et sans avoir la consolation de voir les églises de ma patrie marcher résolument à la conquête de l’Afrique intertropicale, qu’importent les jugements des hommes? Je mourrai avec la conviction de n’avoir fait que mon devoir. Ne voyez aucune bravade dans ce que je dis, il n’y en a pas l’ombre dans ma pensée. Je ne suis ni un enthousiaste, ni un amateur d’aventures. L’enthousiasme, s’il avait jamais existé, que de vagues l’auraient éteint depuis notre retour ici ! Les aventures ! la perspective seule suffirait pour décourager des gens de notre âge et de nos goûts. Je suis un soldai, ma feuille de route est signée, j’obéis et je pars; si je tombe, d’autres prendront ma place; en tous cas, avec Christ, la victoire est certaine.
« Au moment où nous pensions atteler nos voitures, une nouvelle difficulté, tout à fait inattendue, a surgi. La petite vérole a éclaté dans quelques parties du Lessouto, loin, bien loin de nous. Malheureusement, c’est au Lessouto quand même. Et la panique est telle, qu’on a fait le blocus de ce malheureux pays. J’ai fait des démarches auprès des autorités de l’Etat libre, et j’attends leur réponse. Toute notre caravane est prête; nos wagons sont chargés, nos
i. M. de Bussierre, Léribé, 19 décembre i883, impr. dans J. M. E.% 1884, p. io3-io5 ; — Sur le Haut-Zambèze } p. 97-98.
DÉPART DE LÉRIBÉ 33
emballages finis, et pourtant nous nous demandons encore si, au ier janvier, nous pourrons partir.
« Dimanche dernier, 16 décembre, nous avons eu un grand auditoire que notre temple n’a pu abriter, et j’ai pu présenter mon successeur à la tribu. On lui a fait un accueil cordial, qui me permet d’espérer que bien des difficultés que nous appréhendions lui seront épargnées. M. et Mn e Weitzecker gagneront vite la confiance et l’affection de nos gens. Dimanche prochain, nous aurons leur installation, des baptêmes et nos adieux. »
Enfin, le mercredi 2 janvier 1884, l’expédition s’ébranlait; un artisan, qui en faisait partie, a raconté ce départ 1 :
« Nous sommes prêts et les wagons attendent sur la route. « Nous voici partis », dis-je à Mme Coillard. « Oui, répondit-elle, le navire est sorti du port, » et elle éclata en pleurs; ce n’est pas étonnant en quittant un endroit comme celui-ci, autrefois désolé et qui maintenant est fleuri comme un bouquet de roses.
« Quelle affluence de gens sont venus dire adieu ! Après que les bœufs eurent été attelés, M. Coillard a fait chanter un cantique et a prié; les larmes qui remplissaient les yeux montraient combien tous aimaient leur missionnaire. La vieille Rahab, autrefois femme de Molapo, prit place sur le devant du wagon et y resta avec M. Coillard jusqu’au Calédon. Lorsqu’elle en descendit, elle saisit les roues et s’écria : « Je ne peux laisser partir ce wagon. » — « Rahab, lui dit Mme Coillard, souviens-toi pourquoi nous partons. » Alors seulement elle se résolut à dire un dernier adieu. »
cc Je jette un voile, écrit Coillard2, sur notre départ de Léribé et sur nos adieux si douloureusement renouvelés et prolongés. Nous avons mis deux jours à traverser le Calé-
1. J. Mac Connachie, W. T. Waddell, trad. par L. Sautter, p. 3g.