A Alfred Boegner, Bethléem, 10 janvier
F. COILLARD AU ZAMBÈZE
34 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
don. Il nous a fallu décharger une partie de nos bagages. Nous étions exténués.
« En route pour le Zambèze 1 ! Oui, enfin. Ce n’est plus en perspective, mais bien en réalité. Nos préparatifs, nos dernières réunions, nos derniers adieux, nos derniers entretiens, avec toutes leurs fatigues et leurs émotions, tout cela est derrière nous. Nous avons repris, à cinquante ans, le bâton du pèlerin, et nos visages sont tournés vers les régions d’au delà du Zambèze. Déjà ce Léribé, l’œuvre de notre jeunesse et de notre carrière, notre Béthel et notre Ébénézer, est loin derrière nous. Déjà les crêtes bleues des belles montagnes de notre seconde patrie ont disparu à nos yeux. Mais Jésus est là et sera là. Il ne restera donc plus que la douleur des déchirements dont on ne parle pas, et que tout le monde comprend. Il comptera encore nos allées et nos venues et nous guidera de son œil.
« Notre départ a été la fin d'une longue agonie de plusieurs mois. Nos projets ont dû passer au creuset et notre foi au crible. Jusqu’au dernier moment, Satan a tout fait pour nous entraver. À peine voyions-nous une difficulté s’aplanir, qu’il en suscitait d’autres plus embarrassantes encore et plus formidables.
« Nous partons, nous, sans la moindre arrière-pensée. Nous avons pour nos amis Weitzecker la plus vive affection, et, dans l’expérience qu’ils ont déjà acquise ailleurs, la plus grande confiance. Nous leur léguons joyeusement le fruit de nos sueurs et de nos labeurs; personne n’était plus digne de les recueillir; les travaux matériels, nécessaires à un établissement missionnaire, sont tous finis. Ils n’auront plus qu’à entretenir et à réparer. Nous confions à leurs
i. Lettre du 6 janvier 1884, impr. dans J. M. E., i884, p. 1 37-1 4 1 ; — Sur le Haut-Zambèze , p. 99-100.