RETOUR DU ROI
4 janvier, un culte solennel eut lieu. Léwanika y prit la parole, puis quatre néophytes furent baptisés, dont Naouina, fille d’Elisabeth-Nolianga.
Le 22 janvier, Léwanika passait plusieurs heures avec Coillard.
Nous avons beaucoup causé de son voyage. Puis, nous en sommes venus à des sujets plus sérieux et je lui ai posé quelques questions directes qui l’ont embarrassé :
— Je savais bien, disait-il, que tu me parlerais ainsi. Mais je ne veux pas être un hypocrite et professer ce que je ne suis pas.
— Tu as raison de ne pas professer ce que tu n’es pas. Mais pourquoi ne serais-tu pas vraiment chrétien et ne le professerais-tu pas ? Quel est donc l’obstacle qui t’arrête ?
— Je ne sais pas. C’est le cœur, je pense. Mais personne ne peut savoir ce qui se passe là, dit-il en y posant la main.
Hélas! selon toute apparence, il a repris sa vie exactement là où il l’avait laissée. 11 est de nouveau dans le bourbier de son harem. En sortira-t-il jamais?
12 février igo3. — Je prie plus que jamais pour Léwanika ; involontairement, ma prière se change en louanges et pourtant je ne vois encore aucun signe que le Seigneur ait entendu mes prières.
Par le premier courrier de l’année, arrivait au Zambèze la nouvelle de la mort de Mme Adolphe Jalla.
« Un nouveau deuil vient de nous frapper 1 ! Il me faut mettre la main sur la bouche et dire : « C’est l’Eternel qui
i. Lettre à AI. et AIrae Eiouard Favre, Léalouyi, 8 janvier 1903, impr. dans les Nouvelles du Zambèze , 1903, p. 4?-
F. COILLARD
MISSIONNAIRE. AU ZAMBEZE
l’a fait! » Mais quel déchirement! Quelle douleur! Quel trouble dans les pensées !
« La foi a beau se ceindre de force, nous essayons pourtant, quoique toujours en vain, de sonder les mystères de la Providence de Dieu. Nous sommes éperdus, nous ne comprenons pas. Et quand nous comprendrons un jour, quelle révélation ce sera de la sagesse et de la bonté de Dieu ! En attendant, quels deuils et quelles ténèbres ! Pauvre mission! C’est bien la barque ballottée par la tempête et par des vagues furieuses dans la nuit noire. Nous plongeons le regard dans les ténèbres épaisses pour chercher le Sauveur, nous tendons l’oreille, et le calme et l’espérance renaissent dans nos cœurs attristés quand, au milieu du mugissement de la tempête, nous recueillons ces douces paroles : « C’est moi! N’ayez pas peur! »
«Depuis quelque temps1 nous croyons remarquer un petit mouvement autour de nous. Nous n’osons pas encore en parler, trop de soleil pourrait flétrir la plante délicate. Nous avons eu hier un de ces dimanches après lesquels nous soupirions. Plusieurs personnes, depuis quelque temps, viennent me parler de leur âme. Nous décourageons les professions publiques et, parfois, je les ai défendues. Mais, dans certains cas, nous ne pouvons pas les éviter. Hier, je prêchais sur Jean i, 42“4b : « Nous avons trouvé Jésus! » J’avais à peine terminé que Sékota, le jeune homme qui a accompagné Léwanika en Angleterre, s’est levé et d’une voix ferme et décidée, qui dénotait la conviction, a raconté sa conversion. Puis un homme, Sémaloya, qui a été l’aide de notre brave Waddell, puis un autre jeune homme, faisaient profession ; puis l’après-midi, un jeune homme, gendre du roi.
i. Lettre à M. et Mme Édouard Favre, Léalouyi, 26 janvier 1903, impr. dans
les Nouvelles du Zambèze, igo3, p. 48.