RÉCEPTION PAR LE ROI, M. AD. JALLA, LES RAMES ET L'ÉCOLE
A LEALOUYI
puis, la maladie du roi, on devait s’y attendre, a donné naissance à de sinistres rumeurs qui courent le pays. On a trouvé du sang près de son sérail, on a aperçu, de nuit, quelqu’un dans sa cour même, et tous les chefs de faire du zèle et de crier à la sorcellerie. On va même jusqu’à désigner l’auteur de ces maléfices ; et le Ngambéla, qui a virilement lutté, se sent débordé. Heureusement que Litia vient de partir pour Léalouyi. Mais arrivera-t-il à temps? Aurat-il le courage de la lutte? Demandons ardemment à Dieu que cette maladie du roi ne soit pas l’occasion d’exhumer les coutumes sauvages du vieux paganisme !
Coillard dut rester à Séchéké du 4 octobre au i3 novembre ; était-ce mauvaise volonté ou duplicité du roi qui, attendant les Éthiopiens, retardait le plus possible le départ des canots qui devaient ramener le missionnaire ?
Coillard ne put partir qu'en pleine saison des pluies ; les orages succédaient aux orages, tous ses effets furent mouillés, ses bagages avariés ; à plusieurs reprises des canots chavirèrent, ce qui occasionna de grandes pertes. « Jamais encore je n’ai fait un voyage aussi malheureux, » dit-il ; il appela lui-même ce voyage « un désastre ». Sa santé semble en avoir été définitivement ébranlée.
Le mardi 8 décembre igo3, arrivé à Léalouyi, enfin1! Toute la petite colonie de Léalouyi était, avec les enfants de l’école, nos chrétiens et d’autres, au débarcadère du canal. Le roi aussi m’attendait avec son équipage et, après les salutations, il me conduisit chez moi par un chemin fraîchement fait. Il s’est affublé d’une robe de chambre de soie brochée, très riche et très chaude ; mais à peine dans ma chambre il me demanda de la déposer pour endosser une
. Journal de voyage impr. dans J. M. E., 1904, ier sem., p. 181 et suiv.
532 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
simple jaquette d’alpaga gris. Après le goûter, il retourna chez lui pour faire place aux chefs de tous grades et à d’autres gens de la capitale, qui étaient Tenus me saluer, eux aussi. Les premiers jours, il en vint un peu de partout. C’était d’abord la visite d’un homme et d’une femme endimanchés et aux ligures rayonnantes. Ils déposaient devant moi deux grands vases remplis de nourriture. « Tu ne me reconnais pas, dit la femme ? » — (( Oh ! oui. » C’était la sœur de la femme de Sémonja, qu’un affreux accident avait amenée ici il y a dix mois: un grand pot d’eau bouillante avait éclaté sur le foyer et lui avait horriblement brûlé toute la partie supérieure du corps. Voila l’a pansée, je ne faisais guère qu’assister et exhorter la pauvre créature. Elle s’est guérie et sa reconnaissance, comme celle de son mari, est quelque chose de très touchant. Elle est si rare, ici, la reconnaissance î
Malheureusement, j’avais de nouveau contracté un gros rhume. Ma tristesse était grande de ne pouvoir pas même aller à l’église saluer le nombreux auditoire qui la remplissait. J’étais étendu sur mon lit, la porte ouverte, quand entrèrent, sans se faire annoncer, une troupe de vieilles femmes. « Nous sommes venues te saluer, nous, tes vieilles des cuisines du roi. Tu es revenu, notre père, merci ! »
Les femmes du harem royal et d’autres vinrent à leur tour, mais aucune visite ne me fit autant de plaisir que celle des vieilles des cuisines. Je suis sûr que, si je le leur avais demandé, elles m’eussent chanté de bon cœur avec leurs voix fêlées, leur cantique : « Mon Dieu est amour. »