‹ François CoillardChapitre 249 sur 282 · LA FIN · texte numérisé non relu

LA FIN

Le tabernacle vieillit. — Les Éthiopiens. — Pressentiments. — Hostilité déclarée. — Reproches au roi, — Difficultés à l’école. — Un vieil arbre. — Une scène insultante. — Rejeté comme Saül ? — Retraite à Séfoula. — L’amour. — A Naloio. — Lutte avec les évangélistes. — Heures d’angoisse. — Aux Mafoulos. — Une page noire. — L’Ascension. — La dernière maladie. — Enterrement à Séfoula. — Testament.

« Nous savons ce que l’année qui finit emporte avec elle ou nous laisse de bénédictions, d’épreuves et d’expériences, écrivait Goillard le ier janvier 1904 x. Que nous apporte celle qui commence ? Qui de nous, qui de nos amis qui la salue avec espérance, en verra la fin ?

« Depuis mon retour, je n’ai pas été bien du tout; de nouveau un gros rhume m’a mis à bas pendant ces trois ou quatre semaines. Et puis, je me sens fatigué, le moindre effort me coûte et m’abat. On me dit et je me dis que c’est la réaction de tous ces voyages de dix mois ; mais, au fond, c’est le tabernacle qui vieillit et je le sens.

« C’était doux de revenir ici. J’ai été bien entouré. Ce sont nos Éthiopiens qui ont fait contrepoids, une écharde en la chair sans doute, pour m’empêcher de m’élever. »

1. A M. Édouard Favre, Léaiouyi, i4 décembre igo3, impr. dans les Nouvelles du Zambèze , igo4, p. 34 et suiv.

Dès longtemps la question des Ethiopiens préoccupait Coillard r.

En 1900, il écrivait au Comité1 2 :

« L 'éthiopisme, vous en savez l’historique. Déjà, pendant mon séjour en Europe, les évangélistes mécontents, Jacob et Willie avaient secrètement fait, avec le roi Léwanika, les plans d’une grande école. Elle devait êtré fondée ici même, à la capitale.

« Bien que Jacob soit mort, Willie a donné une grande extension à ce projet. Il ne s’agit plus simplement d’une école primaire, mais d’une école normale pour les jeunes gens, d’une autre pour les jeunes filles où l’on étudiera surtout l’anglais, d’une école industrielle et d’une église. S’ils s’établissaient dans une partie quelconque du pays, je m’en réjouirais de tout mon cœur, car, après tout, ce sont nos enfants et ils travaillent à la réalisation d’une grande idée. Malheureusement, c’est ici même qu’ils s’établissent et cela dans un esprit de rivalité, d’hostilité même et de parti qui leur donne une grande puissance. Ils sont sûrs de l’appui du roi et des chefs.

(c Et qu’on ne traite pas la question de haut, comme si ces noirs ne pouvaient pas mener une grande entreprise à bonne fin : ce serait se tromper singulièrement. Willie est extrêmement populaire ici, d’abord parce qu’il est noir, et grâce à son caractère aimable, insinuant, je dirais même rusé, ce qui n’est pas une mauvaise qualité dans notre monde africain. C’est un maître d’école des plus capables, un bon évangéliste et un vrai chrétien, malgré toutes ses verrues.

« La question se pose : sommes-nous en mesure de soutenir même le premier choc de cette terrible concurrence?

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