EN ROUTE POUR LE ZAMBEZE
soins un troupeau que nous chérissons et qui, malgré les désastres spirituels de la guerre, n’a jamais cessé d’être intéressant et affectueux. Nous avons défriché, nous; nous avons semé, et Dieu sait avec quelles larmes ! Nos amis vont continuer l’œuvre et récolter. Oh ! puissent-elles être riches et abondantes les gerbes qu’ils déposeront aux pieds du Sauveur! Et après les labeurs de la journée, ceux qui auront semé et ceux qui auront récolté se réjouiront ensemble devant Dieu.
<k Personne que le Maître ne sait ce que c’est pour nous que de quitter le Lessouto, la mission, cette famille missionnaire si unie, ces frères bien-aimés avec lesquels il est permis de différer quelquefois de vues et de sentiment sans que, pour cela, on cesse de s’estimer et de s’aimer. On se sent fort quand on fait partie d’un corps pareil. Mon départ ne laisse aucun vide. Mais l’isolement qui nous attend me fait parfois frémir. Soyez bénis, frères, collègues vénérés !
Soyez bénis, amis de mon cœur! Soyez bénis! Léribé non,
n'en parlons plus. A Dieu ne plaise que nous cherchions à faire valoir le peu que nous avons le privilège de faire pour Jésus ! Ah ! que ne comprenons-nous mieux, que ne mettons-nous mieux en pratique la parole de David, dans une circonstance mémorable : cc Je n’offrirai point à l’Eternel des sacrifices qui ne coûtent rien ! y>
« Ne savez-vous pas, dit saint Paul, que vous avez été rachetés à un grand prix et que vous n’êtes pas à vousmêmes? Quand le comprendrons-nous? Adieu donc, cher Lessouto, le pays de mon adoption, chère mission, l’un des joyaux de la couronne de mon Sauveur, cher Léribé, bien-aimés pères, mères, frères, sœurs et enfants en la foi ! Adieu ! Que l’Éternel fasse luire sur vous, sur vous tous et toujours, la lumière de sa face!
« Pour nous, pas de regrets, pas d’arrière-pensée, pas
36 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
de faiblesse au moment de l’action! L’Eternel, qui nous envoie, nous a ceints de force, couronnés de sérénité et de joie; il nous chaussera, s’il le faut, de fer et d’airain. Notre force durera autant que nos jours. Est-ce là le langage de la présomption? Dieu me le pardonne. Mais laissons à d’autres le soin de discuter et de critiquer notre entreprise. Nous obéissons, nous, c’est notre devoir pur et simple. J’espère que mon Maître me rendra toujours plus invulnérable aux paroles louangeuses et à la critique la plus hostile. Nous avons besoin de nous fortifier en Dieu, en allant audevant de ce vaste inconnu qu’on appelle la mission du Zambèze. »