A M. et Mme Burckhardt-Zahn
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
La lutte s’engagea, même avant l’arrivée de Willie à la capitale. Celui-ci était accompagné de trois membres de la famille de Léwanika qui étaient allés au Sud pour leur éducation et qu’il avait gagnés à sa cause, ce qui devait lui assurer un grand prestige. 11 comptait arriver à Léalouyi avant Coillard, mais ils se rencontrèrent fortuitement à une station de chemin de fer, près de Bloemfontein ; Coillard voulut avoir avec lui une explication, mais il ne put pas la pousser jusqu’au bout; Willie s’y déroba, disant que le train allait partir.
Coillard lui écrivit, en arrivant à Séchéké, « une lettre de conciliation » :
<t Je le suppliai 1 de ne pas apporter le trouble à Léalouyi, mais l’assurai que s’il s’établissait, avec les siens, là où le champ était libre, nous pourrions travailler en bonne harmonie et prier les uns pour les autres. Il me répondit, le jour même de mon arrivée, par une lettre d’insultes. »
« Si c’était un ennemi qui m’eût fait cela, j’eusse pu le supporter », dit Coillard, indiquant par là que le coup que venait de lui porter Willie dépassait sa force de résistance.
M. Adolphe Jalla2, qui s’était rendu à Séoma, apprenant que les Ethiopiens montaient à la capitale, y revint lui-même et arriva le même jour qu’eux, soit le 12 octobre. Les Éthiopiens s’établirent sur un petit monticule tout près de la capitale. M. Jalla, d’accord avec Coillard, avait déclaré au roi qu’à Léalouyi même il devait choisir entre les Éthiopiens et eux, et que les missionnaires ne consentiraient pas à lutter avec les nouveaux venus.
Le roi ayant paru d’abord prendre le parti des missionnaires, M. Adolphe Jalla crut pouvoir revenir à Séoma pour examiner diverses questions relatives à l’établissement de l’école industrielle.
1. Lettre à M. Édouard Favre, Léalouyi, ier jaDvier 1904, impr. dans les Nouvelles du Zambèze , 1904, p. 34- La lettre à Willie, datée de Séchéké du 8 octobre 1903, a été publiée par Mlle G.-W. Mackintosh, Coillard of the Zambesi, p. 439.
2. M. Ad. Jalla, à son retour d’Europe (voy. ci-dessus p. 524), avait repris son poste à Léalouyi, en septembre 1903.
« C’est là, écrit Coillard \ que nous nous sommes rencontrés et que nous sont arrivées les nouvelles que les Éthiopiens emportaient tout devant eux et faisaient des conquêtes. Notre école se vidait. Nos chrétiens semblaient terriblement ébranlés, même nos évangélistes nous donnaient du souci. Nous décidâmes qu’Adolphe retournerait immédiatement. Je suivis avec les canots, finissant ainsi le voyage le plus fatigant et le plus désastreux que j’aie jamais fait. Le roi prétendait m’attendre. Ce n’était que pour gagner du temps et jouer le dernier acte de la comédie. )>
A mon arrivée, le roi fit une grande démonstration. Il m’attendait, avec son équipage et une foule de gens, pour me recevoir et m’amener chez moi. Le surlendemain, il vint me parler de la question brûlante des Éthiopiens. Il me dit qu’il se trouvait dans l’embarras parce qu’il les avait appelés, ne sachant pas qu’ils s’étaient séparés de nous, et maintenant il ne pouvait pas les renvoyer. Que faire?
Je lui dis que nous ne demandions pas du tout qu’il les renvoie, que le pays est très vaste et que l’on peut aisément les placer là où il n’y a encore aucun missionnaire, en dehors de notre sphère d’influence. Mais que, comme ils s’étaient mis, vis-à-vis de nous, sur un pied d’hostilité, nous objections à ce qu’ils s’établissent entre nous et le village, ce qui ne manquerait pas de troubler la marche de l’œuvre. J’insistai donc sur la nécessité de leur donner un champ de travail qui fût le leur. Le roi approuva fort, de même que Ngambéla, et promit de se conformer à mon avis et de ne les laisser, sous aucun prétexte, s’établir à la capitale; MM. de Prosch, Voila et Adolphe Jalla étaient présents.
Il ne se passa pas quatre jours et Ngambéla vint me dire