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ATTITUDE DU ROI

qu’il n’avait encore jamais fait. On a écouté la prédication du matin, suspendu à mes lèvres. Je sentais que je tenais mon auditoire.

Mais j’ai fait, ce jour-là, une grande expérience : c’est que je ne sais pas prêcher, prêcher avec simplicité, laisser parler Dieu par sa parole. Il y a trop du moi, et trop de l’effet extérieur, physique, dans ma prédication. C’est toute une perspective qui s’est ouverte devant moi.

Je suis rentré lundi (21 mars) à midi, à Léalouyi. MIIes K iener et Amez-Droz en étaient parties pour Séfoula.

« Ma dernière visite à Léwanika 1 m’a fait de nouveau toucher du doigt le danger que court notre école. Malgré tous les égards du roi pour ma personne pendant que j’étais son hôte, j’en suis revenu avec une grande tristesse dans le cœur. Mais, après tout, la tristesse qui nous jette auprès du Seigneur est une bonne tristesse et elle doit porter de bons fruits. Parmi les choses qui nous arrivent, il y en a beaucoup qui sont l’œuvre des hommes et l’inspiration du diable et que nous mettons sur le compte de la volonté de Dieu. Dieu les permet pour notre éducation, pour se glorifier en tirant le bien du mal, et pour accomplir ses desseins par les machinations mêmes de l’ennemi. Le méchant fait toujours une œuvre qui le trompe. C’est vous dire que nous ne perdons pas courage : il y aura une réaction, »

Coillard souffrit profondément de cette scène aux Mafoulos. Une fois, à Léalouyi, ses collègues le virent pleurer et, comme on s’enquérait du sujet de ses larmes : « Mon œuvre s’écroule avant moi, » dit-il2.

1. Lettre à Alfred Boegner, Léalouyi, 8 avril 1904, daus J. M. E igo4» 2e sem., p. 36.

2. Lettre de la Conférence, dans J. M. E., 1906, 2e sem., p. 333.

Dès lors, Coillard se demanda s’il devait encore continuer à prier pour Léwanika ou bien si Dieu, ayant rejeté celui-ci comme Saül (i Sam. xvi, i), lui donnait l’ordre de cesser de pleurer sur le roi. Assurément le coup fut trop rude pour lui et la maladie trouva une proie facile.

Les missionnaires de Léalouyi devaient aller passer les vacances de Pâques à Séfoula. M. Coillard s’y rendit le 26 mars. « Il était devenu encore plus affectueux que par le passé, il avait besoin de se sentir très entouré, » écrit M. Adolphe Jalla.

Séfoula , 3o mars igofi- — Enfin ici ! Il y a longtemps que je n’y étais pas venu, pas depuis le nouvel an 1901, si je ne me trompe.

L’aspect de la station avait beaucoup changé, la maison d’habitation de Coillard et l’église avaient été reconstruites.

Ce 11’est plus mon Séfoula. Plusieurs de mes vieux amis ont commencé à venir me voir : c’est — je ne parle pas des chrétiens — Séfounga Nyambé qui est maintenant professant et qui montre du zèle, c’est Ngouana Moké qui vieillit. 11 est tout rapetissé, le pauvre. II venait tout seul, sans même un gamin pour le suivre. Il portait au bout d’un bâton un bidon de lait qu’il m’apportait. Il s’assit, en demandant permission, sur ma natte, me donna une forte poignée de main, et puis il commença à rappeler les vieux temps; pour lui aussi, c’est Page d’or. Il n’en reste plus que des souvenirs agréables. Malheureusement, la poste venait d’arriver et je brûlais d’envie d’ouvrir au moins quelques-unes des enveloppes qui, je le savais, m’apportaient des nouvelles importantes. Je me vainquis pendant longtemps, causant aussi agréablement que possible de tout ce qui pouvait l’intéresser ou lui faire du bien. Puis je lui dis : <c Mon ami, il faut que je dépouille ce courrier qui est très important et très

RETRAITE PASTORALE A SÉFOULA 5^5

volumineux. » — cc D’où viennent ces lettres ? du roi? »

— « Non, de chez nous, de mes amis, d’au delà des mers. »

— « Et que disent ces lettres ? »

Je commençai le dépouillement. La grosse enveloppe noire du faire-part français ne pouvait pas manquer. A chaque courrier, je suis des cortèges funèbres. Voilà une lettre de M. Gartwright : la maison est commandée1. Ça me donne un coup, le sang me monte à la tête, je vois le spectre des dépenses, les difficultés du transport.

De Séfoula, Goillard écrivait 2 :

<t Je pense souvent aux disciples fatigués, conduits à l’écart par le Sauveur, et là, au lieu du repos qu’ils rêvaient, nourrissant, sur l’ordre du Maître, les multitudes avec les cinq pains et les deux poissons qui devaient servir à leur propre repas. Ils n’y perdirent rien, car, plus ils donnaient, plus aussi la nourriture se multipliait et, en définitive, chacun des apôtres eut la surabondance, sa corbeille remplie. Et c’est encore le miracle que la grâce de Dieu répète de nos jours. Si le sentiment de notre pauvreté est parfois accablant, angoissant, si nous regardons souvent avec un véritable effroi le pain et le poisson qui ne nous suffisent pas à nousmêmes, quand le Maître nous appelle à donner à manger à des foules affamées, c’est lui qui dresse la table dans le désert, qui y pourvoit et qui, rassasiant les autres, restaure en même temps notre pauvre âme languissante.

« Nous venons d’en faire, nous aussi, de nouveau, l’expérience. Notre cher ami Bouchet, se faisant l’interprète d’un désir flottant dans l’air, d’un besoin profondément senti par

1 . La Zambézia du Cap avait décidé de donner une maison à Coillard ; elle n’arriva qu’après sa mort.

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