Lettre à Alfred Boegner, Léalouyi, 22 avril
F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
retraite pastorale que nous avons eue, avec eux, pendant huit jours et de laquelle nous attendions beaucoup. Nous avions pourtant le sentiment que leurs cœurs n’étaient pas parfaitement au large avec nous, et, à cause de cela, nous avions remis la communion du jour de Pâques, à la fin de nos réunions. De Séfoula, ils devaient aller aux Mafoulos, où x\dolphe voulait leur faire un cours d’introduction aux épîtres de saint Paul. Au thé d’adieu que nous eûmes ensemble, ils s’enquirent de la nature des leçons qu’on leur donnerait. Adolphe leur dit que c’était surtout pour étudier la Bible qu’ils étaient convoqués. « Si c’est pour la Bible seulement, dit l’un d’eux, je n’y vais pas. » — « Personne de nous n’ira, » reprit un autre. Nous causâmes avec eux ; Adolphe leur dit qu’en outre, ils feraient autre chose : de l’anglais, de l’arithmétique, etc., mais c’était surtout pour le cours biblique qu’ils étaient convoqués. Ils y allèrent tardivement, signifièrent à Adolphe qu’ils ne voulaient que de l’arithmétique, de l’anglais et rien d’autre, et, sur son refus de céder, ils s’apprêtèrent à partir et à retourner chez eux. Malheureusement, deux de nos jeunes frères interdirent à leurs évangélistes de prêcher ; dans leur pensée, cette interdiction ne portait que sur le dimanche suivant. Les évangélistes ne l’ont pas compris et ne veulent pas le comprendre ainsi ; ils veulent se croire destitués « mis à la porte » ; vous voyez d’ici toutes les complications qui ont suivi. On en a causé et on en cause encore au village, et le roi aussi s’en est mêlé.
« Tous les frères de la Vallée sont venus, le 20 avril, chez moi et nous avons étudié la situation. Un des évangélistes avait accompagné Adolphe. Les avis étaient partagés. La prudence a prévalu pourtant. Nous avons décidé d’adjoindre Voila à Adolphe pour l’aider et pour donner, outre le cours biblique auquel nous tenons, ce nouvel évangile qui s’appelle Fanglais. La conversation que nous eûmes avec le repré-
LES EVANGELISTES
sentant des évangélistes et l’entretien que j’eus moi-même seul avec lui, me laissent peu d’espoir. Les évangélistes se sont liés par serment; en frapper un seul, c’est les frapper tous. Il est impossible de calculer les conséquences de la défection de nos évangélistes, c’est une débâcle, la ruine complète de notre œuvre. Je vais à Maboumbou, pour quelques jours, en visite ; mon but est surtout de voir, moi seul, les évangélistes qui sont là chez l’un d’eux, Paul. Je passe des nuits sans sommeil (Es. v). Sans doute, il y aura réaction et beaux jours, mais je ne serai plus ici pour le voir. »
« J’ai donc été à Maboumbou vendredi dernier (22 avril)1. Le lendemain matin, tous les évangélistes qui s’étaient donné rendez-vous chez Paul vinrent me saluer. Ils revenaient des Mafoulos, avaient nettement refusé nos offres de quatre semaines d’études sous la direction d’Adolphe et de Voila; ils avaient définitivement pris congé d’Adolphe et s’en retournaient chez eux. La situation ne pouvait pas être plus grave. Ils étaient animés d’un si mauvais esprit qu’on pouvait maintenant s’attendre au pire. Et s’ils méprisaient ainsi notre autorité, qu’allions-nous faire? Je les pris à part, moi seul, sous un arbre, et j’eus un entretien avec eux. Dieu me donna la grâce de leur parler avec fermeté, avec fidélité, mais avec mon cœur aussi. Ils protestaient de leur attachement à la Bible, mais ils voulaient surtout de l’anglais. Je leur dis que je ne doutais nullement de leur attachement à la Bible — autrement ils 11e seraient pas dignes de leur vocation et leur vie spirituelle ne pouvait que dépérir — mais que, par leurs paroles et leur conduite surtout, ils faisaient croire tout le contraire, à ceux qui ne les connaissaient pas. Pourquoi n’avoir pas accepté avec empressement le cours