LUTTES ET ANGOISSES
toujours plus la force motrice de notre ministère et de notre vie. »
Je suis plein d’anxiété tout en bénissant Dieu de nous avoir, encore cette fois, délivrés et fait échapper à une catastrophe. Mais personne ne saura jamais les luttes et les angoisses qui m’ont labouré l’âme pendant ces heures d’attente dans la forêt. Dieu entend les prières.
Le lundi matin, 25 avril, Coillard, encore à Maboumbou, eut une attaque de fièvre et d’ophtalmie. L’après-midi, il rentrait à Léalouyi et il reprenait le travail avec M1Ies Kiener et Amez-Droz, tandis que M. et Mrae Voila et M. Adolphe Jalla étaient aux Mafoulos, enseignant les évangélistes, dont les bonnes dispositions se maintenaient; le roi, au contraire, se montra très froid.
(( Ma santé n’est pas toujours très bonne % mais elle n’est pas mauvaise, elle est indifférente, comme disent les Anglais. Généralement je suis bien, mais je deviens sensible aux changements atmosphériques, et c’est ce qui m’a valu la bronchite qui s’est cramponnée à moi pendant tout mon voyage de l’an passé et depuis. Ce qui me désole, c’est de voir comme un rien me fatigue. J’ai peine à surmonter l’aversion que j’éprouve pour toute espèce de travail, manuel surtout, qui demande un effort. Mais j’aime la prédication et l’évangélisation, cela me reste. Je m’accuse bien de paresse, mais, il faut que je le reconnaisse, je ne suis plus jeune et je le sens. Quand je vois Adolphe Jalla se tuer au travail et Voila le suivre tandis que, pauvre moi, je fais si peu, la tristesse me gagne irrésistiblement. Aussi
i. Lettre à M. et Mme Edouard Favre, Léalouyi, 5 mai 1904, impr. dans les Nouvelles du Zambèze, 1904, p. 7O et suiv.
552 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
longtemps que j’ai la confiance de mes collègues, et un peu d’influence, due à mon âge, sur Léwanika et les natifs en général, je me sens encore à ma place ici et j’y reste. Quand je ne serai plus bon à rien ou que je ne serai plus utile, le Maître me le montrera, et alors, ou bien il me prendra à lui, ou bien j’irai... aux vieux fers.
« D’après ce que je viens de dire vous comprenez combien la vie devient solennelle à mesure que j’avance. Si Dieu me garde, dans trois ans il y aura cinquante ans que j’ai été consacré au saint ministère ; c’est une grâce qui n’est pas accordée au grand nombre des serviteurs de Dieu, en mission j’entends. Mais c’est dire que toute ma carrière est maintenant derrière moi. Ah! que je voudrais pouvoir la recommencer, mais la recommencer avec mon expérience accumulée ! Hélas ! »
Le roi passa quelques jours à Léalouyi ; il vint voir Coillard, le 4 mai, et s’invita, le lendemain, à prendre un repas chez lui :
Je ne lui dis rien de ce que j’ai sur le cœur, je guetterai l’occasion; je ne lui reprochai (pie sa froideur avec Adolphe et lui parlai des étranges fredaines de la reine de Séchéké. Il me remercia très poliment.
Le dimanche 8 mai, Coillard prêcha à Léalouyi sur Manassé (n Chron. xxxm).
Le roi était là, avec passablement de gens. Il a eu l’air ennuyé. Après le culte, il ne m’a pas invité chez lui. Est-ce qu’il ne résultera donc rien de cette prédication?
Jusqu’à la fin de sa vie, Coillard ne se lassa pas d’entretenir