LETTRES A SA FAMILLE
des relations avec les membres de sa famille et se montra préoccupé de leur salut; le io mai 1904, il écrivait à une nièce :
« Quand 011 connaît Jésus, on l’aime1, et on voudrait que tout le monde le connût et l’aimât. La religion traditionnelle, celle que nous ont léguée nos parents, est vaine et trompeuse, s’il n’y a pas en nous le changement du cœur qui s’appelle la conversion. Si nous demandions aux païens qui nous entourent de devenir de bons protestants, de venir au culte et de faire leurs devoirs religieux, comme on dit, nous aurions foule. Mais nous demandons plus que cela, ou plutôt le Seigneur lui-même demande plus que cela. Il demande le changement du cœur. Quant aux formes religieuses, il dit : « Ce n’est pas celui qui me dit : Seigneur, Seigneur, qui entrera au Royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux. »
Le même jour, il écrivait à un neveu :
« Ici, je continue mon petit train de vie, mais je 11e sais pas si je dis juste en parlant de mon petit train de vie, c’est, je crois, plutôt un grand train. En mission, nous ne mangeons pas le pain de la paresse. C’est le travail qui nous pousse, pousse, bon gré, mal gré.
« Je suppose que tu reçois et lis régulièrement le Journal des Missions. Non seulement c’est le moyen de se tenir au courant de ce qui se fait pour l’avancement du règne du Seigneur parmi les païens, mais G’estune lecture bienfaisante et intéressante. C’est de cette lecture qu’a surgi ma vocation, quand, tout petit, je lisais le Journal à ma bonne vieille mère.
1. A Mme Marie Bertrand, née Coillard, impr. dans/. M.E., 1904, 2e sem., p. i3g-i4o.
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
« L’autre jour, le roi est venu passer quelques jours ici, à sa capitale. Il est venu chaque jour me voir ou dîner avec nous. Il m’appelle son ami. Il est le mien si par « ami », on entend quelqu’un qu’on affectionne, car, en effet, j’ai une très grande affection pour lui, malgré tous ses travers, bien qu’il ne soit pas encore chrétien et qu’il semble plutôt s’éloigner de l’Evangile. Ça m’a fait plaisir de le voir un peu seul. Il nous a nourris de poisson frais. Le poisson du Zambèze est exquis et les Zambéziens pourraient en remontrer aux Vatels d’Europe pour le cuire. Le roi était si étonné de me voir en jouir qu’il me dit : « Eh bien ! je sais aujourd’hui que mon père aime le poisson comme un Morotsi, je m’en souviendrai. » Nous verrons.
« J’ai aveç moi un des deux Boers que j’ai amenés de la Colonie 1 ; l’autre viendra plus tard, il est à Séchéké. C’est beau d’entendre ces jeunes gens prêcher l’Evangile aux noirs avec tant d’ardeur ! C’est plus beau encore de les voir se donner à nous comme ils le font et travailler avec tant d’amour ! Oue la grâce de Dieu est belle quand elle brille dans un cœur et qu’elle illumine une vie ! Je ne m’étonne pas que saint Paul compare l’influence du vrai chrétien à un parfum, « le parfum de Christ qui donne la vie! »
Lundi 16 mai igofi- — La semaine passée j’ai été souffrant et, le vendredi, j’ai eu une forte attaque de fièvre qui m’a jeté sur mon lit et m’a empêché de partir pour les Mafoulos, bien que le roi eût envoyé un bateau et des garçons pour me chercher.
Samedi, au point du jour, je suis parti pour les Mafoulos, un peu patraque, mais je suis allé quand même. C’était bon
i. MM. Brummer et Kleingbiel, du collège de Worcester, qui s’étaient offerts à Coillard comme ouvriers.
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