‹ François CoillardChapitre 30 sur 282 · A PRETORIA · texte numérisé non relu

A PRETORIA

ner les éléments divers qui composent notre caravane, chose d’abord assez difficile. Pour ne parler que d’une chose très prosaïque, qui joue un grand rôle dans notre vie, la nourriture : l’un ne peut pas manger du pain de millet froid, l’autre prétend que le maïs lui fait mal à l’estomac, un troisième assure même que la farine de froment le rend tout à fait malade ; la viande de porc ne convient pas à l’un, le lait caillé pas à l’autre. Que faire ? On ne peut ni brusquer ces braves gens, ni se laisser gouverner par tous leurs caprices. Le fait est que, maintenant, tous se sont mis au pas, moi comme tout le monde, je suppose, et, n’étaient les dépenses qui me hantent comme un horrible cauchemar, la tâche serait assez facile. »

Coillard obtint du gouvernement d’êlre exempté de tous droits de douane, mais ces négociations le retinrent à Prétoria ; il profita de ce séjour forcé pour y avoir une réunion où l’on devait parler de la Mission. Ce fut la première qui eut lieu dans cette ville ; elle fut présidée par le général Joubert. La salle était pleine. Celui-ci introduisit Coillard, puis, après que M. Jeanmairet et le pasteur hollandais eurent parlé,

M. Joubert se leva et, dans un discours impétueux, exposa les vues des Boers et du gouvernement en particulier. Lui aussi fut fort applaudi. Il développa avec feu sa thèse que les Boers ne sont pas opposés à l’œuvre des Missions, qu’il y a sans doute de bons missionnaires, mais qu’il y en a aussi de mauvais qui cachent la politique sous l’échafaudage de l’Evangile et qui amènent le désordre dans les rapports entre blancs et noirs.

« Un courant bienfaisant passa sur nous 1 et la réunion

i. Lettre à M. E. Lacheret, Kané, 3o mai 1 884-

44 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

lut une des meilleures que j’aie eues en Afrique. Et cela à Pretoria ! la prison de notre première expédition r. Dieu est admirable, car c’est lui qui tient les cœurs des grands dans sa main et les incline comme des ruisseaux d’eau. »

Notre camp a fait sensation à Pretoria et beaucoup de gens sont venus nous saluer simplement pour le voir.

Le lundi 1 1 février, nous sommes partis à 5 heures du soir. Au sortir de la ville un orage épouvantable nous surprit qui nous trempa et nous força à nous arrêter.

Hébron , mercredi i3 février 188 4- — Pas d’herbe. Nos gens sont de mauvaise humeur. Et, pour comble de misères, Ezéchiel lance le scotch-cart contre un rocher et brise le timon. Nous voilà donc arrêtés. C’est heureusement près d’un village.

Je parvins à acheter un vieux morceau de bois et le lendemain nous rapiéçons le tombereau. Mais un second bœuf a le redwater (hématurie), on le tue pour l’empêcher de mourir et on le dépèce. Comment songer à partir après cela? 11 était 5 heures quand nous attelâmes.

« Le passage du Limpopo (i5 février) ne s’est pas effectué sans aventures1 2. Ma voiture et le fourgon des bagages avaient si bien descendu et gravi les berges de ce méchant tleuve que toutes mes craintes se dissipèrent. Je pris donc mon appareil photographique, je le braquai, guettant le passage des deux autres wagons qui généralement ne nous donnent guère d’embarras. Je trouvais la vue ravissante. A défaut de crocodiles, au premier plan, nous aurons un wagon avec des bœufs qui nagenl. Les cornes de ceux-ci apparaissaient déjà,

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