‹ François CoillardChapitre 37 sur 282 · Marchand établi à Mangouato · texte numérisé non relu

Marchand établi à Mangouato

PASSAGE DU MARICO à 7

par Khama *. Nous allons essayer de traverser, coûte que coûte. Dieu nous soit en aide !

Marico, samedi 2g mars 188 4 • — Après quinze jours passés ici — quinze des jours les plus tristes dont je me souvienne — nous avons traversé cette méchante rivière. Hier, les nuages s’amoncelaient et le temps devenait si menaçant que je résolus de passer. Décharger nos voitures pour charger celles deM. Rolls et emballer les colis qui restaient dans nos voitures, de manière à ce que l’eau ne fît aucun dégât, fut le travail d’une grande partie du jour. Atteler les bœufs que Khama nous a envoyés ne fut pas chose facile, ils sont sauvages. Enfin, à 4 heures et demie, nous descendions dans la rivière. Les dames avaient passé en bateau. Nous traversâmes sans accroc avec deux attelages; puis Rolls, puis Joseph, puis Joël. L’eau montait à un pied dans l’intérieur du wagon. Mais je ne crois pas qu’elle ait fait grand mal. Le second wagon de Rolls nous a donné plus de peine. La chaîne s’est rompue plusieurs fois, les bœufs se sont ralentis, le chemin était devenu si glissant que les pauvres bêtes ne pouvaient prendre pied. Il a fallu, avec la nuit, renoncer à assommer les bœufs de coups. Ce n’est que ce matin, à midi, que le wagon est sorli et que celui de Lévi a traversé.

Y7oici donc un pas de plus fait vers Mangouato. Nous espérons pouvoir y arriver la semaine prochaine. Mais nous avons plusieurs de nos bœufs boiteux, malades. Voilà deux jours que nos chèvres ont disparu et qu’on les cherche en vain. Ont-elles été volées ? Ont-elles été dévorées par les bêtes sauvages? Middleton a été très malade hier et, aujourd’hui, Christina est tout à fait alitée.

1 . Chef chrétien des Bamangouatos, résidant à Chochong, localité appelée aussi Mangouato.

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

Jeudi 3 avril 1884 . — Une fois de ce côté-ci du Marico nous pouvions espérer que nos tracas seraient amoindris. Les difficultés surgissent toujours là où on les attend le moins. Nous devions partir à 3 heures. M. Rolls, prêt à 2 heures et demie, ne nous attendit pas. Il a, dit-on, peur de nos bœufs malades, bien que leur maladie ne soit pas contagieuse. Au moment d’atteler, on m’apprend qu’un des boçufs de Joël, malade, est perdu depuis le matin, et que Philippe et Mapoto l’ont cherché en vain. Pourquoi ne me l’ avait-on pas dit plus tôt? J’étais fâché. Mais j’eus assez d’empire sur moi-même pour ne rien dire et me contenter d’envoyer tout le monde faire une battue. Vers 5 heures, ils vinrent me dire qu’ils n’avaient rien trouvé, je les reçus très mal, je les renvoyai tous, je sautai en selle et partis au galop, dans la forêt, où ma bête me menait.

Je ne rencontrai que des troupes de babouins qui sautillaient devant moi, se balançaient aux rameaux des arbres et se moquaient de moi. Mon bidet s’enfonçait dans la vase des marais, trébuchait dans les trous et les fentes des bourbiers. Le silence des bois était de plus en plus saisissant. Je voulais longer le Limpopo, remonter le canal qui sert de déversoir au Marico, retomber dans notre chemin, traverser la rivière et chercher au delà. Le canal? Il avait disparu dans le marais. Le chemin? Je le manquai. Je galopai pendant deux heures à travers les marais, les fourrés épineux, les bosquets et les bruyères, jusqu’à ce qu’enfin, ne sachant plus où j’étais, je commençai à m’inquiéter, non pas du bœuf perdu, mais bien de moi-même et de mon retour au camp. Je n’avais plus aucun point de repère, les fourrés étaient devenus inextricables. Des traces de bétail se croisaient dans tous les sens. Bientôt, je tombai sur les traces d’une voiture. Je fus étonné de voir la quantité de gens qui vivent dans ces bois. Les Bushmen y abondent. L’autre

Page 1