CHAPITRE III
DE MANGOUATO A LÉCHOMA
Départ de Mangouato. — Trop de bagages. — Tristes étapes. — Les Masaroas. — Le désert. — Les Makarikaris. — Les hyènes. — La caisse d’outils de Waddell. — Les épines. — Le sable. — Étang néfaste. — Pandamatenga. — Les Jésuites. — A Léchoma. — La tombe de Khosana. — Le Zambèze. — Le marché. — Un Ébénézer.
Le mercredi 21 mai 1 884, nous avons définitivement quitté Mangouato. Nous aurions dû en partir une semaine plus tôt, mais nous avons eu toutes sortes de retards.
Notre départ a été émouvant. C’était le soir, tous ceux qui nous connaissent et les curieux étaient là. On sait où nous allons, on ne sait pas précisément ce qui nous attend. C’était solennel. Quand nos voitures eurent défilé sur la place publique, tout le monde se rassembla autour de nous, on se découvrit, on chanta notre cantique sessouto : « Partout et toujours, mon Seigneur, tu m’as délivré. Je t’invoque. » Puis nous tombâmes à genoux et implorâmes une fois encore la bénédiction d’En-Haut. Ce furent alors des poignées de main. Je donnai le signal du départ et on se mit en branle. Mais il était tard quand les derniers nous eurent quittés.
70 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
c< Je ne peux pas vous dire la joie qui débordait en moir lorsque nous tournâmes nos yeux vers le désert. Notre arrivée au Zambèze sera un beau jour pour moi et une date qui marquera dans ma vie. Pour l'amour de son nom, priez Dieu de nous garder, pour quelque temps, en santé. L<“ temps est court, cela sera désormais notre devise et notre but sera de le racheter. Pas n’est besoin d’aller avec des mines longues et de nous rappeler l’un à l’autre tristement que nous mourrons. Le Seigneur veut avoir un peuple de Tranche volonté, des ouvriers pleins de courage et de joie. Notre joug n’est pas lourd, non ! son fardeau est léger. Oh! puissions-nous connaître de mieux en mieux l’esprit du Christ et dire, comme lui : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. »
« Savez-vous combien nous sommes1 2 ? Vingt-neuf, sans compter les Masaroas que ce digne Khama a mis à notre service. La famille d’Aaron s’est jointe à nous avec son wagon et son bétail.
cc Aaron nous apporte un précieux élément d’énergie et de vigueur et a pris sur lui une bonne part de responsabilité, de sorte qu’il est un grand soulagement pour moi. 11 a laissé son wagon à Ezéchie! Pampanyané, et lui s’est courageusement chargé du tombereau. Ce n’est pas peu de chose, car il est traîné par deux bœufs qui supportent le timon, et par six ânes qu’il a fallu dresser. Rien de plus drôle que ce singulier attelage. Les bœufs qui se sentent disgraciés, donnent des coups de cornes ; les baudets ne s’émeuvent pas,