Lettre à Aïme Ilart, Kané, 26 mai
2. Lettre à Alfred Boegner, Kané, 20 mai 1884, impr. dans J. M . E , 1 884 * p. 356 et suiv. ; — Sur le Haut' Zambèze, p. 112 et suiv.
DEPART DE MANGOUATO
ils sont placides à l’excès. On les harnache, on les pousse, on les bat, leur humeur ne sort jamais de son assiette. Ils ne s’arrêtent pas dans les mauvais pas, il ne faut pas non plus les presser en bon chemin. Si vous ne savez pas la patience, ils vous l’apprendront. Karoumba, le trompette de la caravane, est chargé d’aider Aaron à conduire cet équipage, dont tout le monde rit; Waddell, Middleton et Jeanmairet, à l’occasion, donnent volontiers un coup de main. »
Vendredi 23 mai i884 • — La forêt est épaisse, le sable profond ; nous avançons avec une extrême difficulté; la pluie nous a surpris et ce n’est qu’au milieu du jour que nous sommes arrivés à Ivané. Une pluie violente a commencé à tomber avant que nous eussions le temps de planter nos tentes et a duré tout le samedi, toute la nuit, tout le dimanche et ne s’est arrêtée que le lundi matin.
Ça n’était pas gai, d’autant plus que les toiles de notre wagon sont toutes déchirées aux boutonnières et que nos fenêtres sont brisées. Avec les soutiens de l’auvent de la tente, nous avons pu relever le rideau du wagon et l’étendre à l’aide d’une corde ; ce portique improvisé a été un précieux abri. La question se présentait alors : pouvionsnous continuer notre route avec nos wagons ainsi chargés? L’opinion générale était que non, c’était bien la mienne aussi. J’écrivis à Khama et à M. Whiteley. Je demandais des bœufs et un wagon ou bien simplement des bœufs pour aller jusqu’à Pandamatenga ou, comme dernière alternative, un wagon pour ramener des bagages à Mangouato.
Le jeudi 29 mai, à midi, on annonça l’arrivée de quelqu’un. C’était M. Whiteley ; quel plaisir de revoir cette figure amie ! Le soir, son wagon arrivait, traîné par les bœufs de Khama. Le lendemain, de bonne heure, il fallut déballer les wagons, renvoyer à Mangouato les bagages dont on
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pouvait se débarrasser, rajuster les charges, cela nous occupa tout le jour.
Je me décidai à passer Je dimanche ier juin dans cet endroit pour travailler à ma correspondance et M. Whiteley exprima le désir de rester avec nous jusqu’au lundi. Ce fut un doux temps de repos agréablement passé avec cet ami. Nous fîmes quelques promenades dans la forêt, nous visitâmes un village de Makhalakas et nous essayâmes de leur prêcher l’Evangile. Pauvres gens ! Le lundi 2 juin, M. Whiteley nous quitta; nous aussi, nous levâmes le camp.
Séthlékoané , mardi 3 juin i884 • — Séthlékoané est une série de trous où se trouve quelquefois de l’eau de pluie. Nous sommes déjà engagés dans le chemin de la soif. Nous pouvons être trois jours ou plus sans eau, à moins que nous trouvions, ici ou là, quelque réservoir non désséché. Tout cela serait facile si nous étions de bonne humeur. Ce n’est pas le cas. Nous avons marché tard hier soir et ce matin, à 4 heures et demie, je réveillais mon monde. Il faisait froid. Une forte gelée blanche couvrait le pays, et, comme Fherbe était très haute, c’était, il faut l’avouer, un peu dur de sortir de ses couvertures. Mes gens me le firent sentir. Joël, qui ne voulut pas me répondre pendant longtemps, se répandit enfin en un torrent de reproches. J'étais moimême debout depuis plus d’une heure. Je pus me contenir. Mais l’étape de la matinée fut triste. Le paysage était désolé, les arbres clairsemés, le sol légèrement ondulé et chaque ondulation était un banc de sable plus ou moins profond ; entre ces ondulations se trouvaient des tourbières où nos voitures enfonçaient.
8 juin. — La semaine qui vient de s’écouler a été une semaine de fatigues. Nous avons voyagé à marches forcées. Nous avons surtout marché de nuit, ce qui est tuant pour Les hommes, mais bon pour les bœufs. C’est une consi-