‹ François CoillardChapitre 43 sur 282 · SEMAINE DE FATIGUES · texte numérisé non relu

SEMAINE DE FATIGUES

dération qui passe en première ligne. Il a fait froid, le thermomètre est descendu jusqu’à — 3° et même — 4° cent. Le vent a soufflé continuellement. Aussi les maux de tête sont à l’ordre du jour. Le départ est toujours pour moi une rude épreuve de patience. Nos gens sont lents à quelque heure qu’on les appelle.

Lundi g juin 1884 • — La journée d’hier a été assez triste. Il a venté avec violence tout le jour ; le ciel gris nous cachait le soleil et était menaçant. Il plut même un peu au moment de notre culte du soir et dans la nuit. Ghristina qui souffre de violents maux de tête n’a pas quitté le lit depuis vendredi. Ce n’est pas gai autour de nous. Et pourtant, les gens sont animés d’un bon esprit et ne m’ont pas trop donné de tracas. Lévi nous a fait une méditation sur Actes 11, 42 et suiv. 11 s’est étendu, d’une façon assez curieuse, sur le fait qu’ils avaient toutes choses en commun, et il en a fait une application à bout portant.

Mardi 10 juin 188 4- — De pauvres Masaroas, voyant nos wagons, sont accourus. Us faisaient pitié, ils n’étaient couverts que d’une misérable peau en lambeaux ; ils avaient chacun quelques assagaies, des bâtons et l’indispensable briquet. Si jamais ils se sont lavés, ce doit être quand ils sont tombés par accident dans un trou. On aurait voulu leur racler la figure avec un couteau. Je ne parle pas de leurs mains. Pauvres hères 1 Ils étaient là, grelottants. Chez eux, on aurait dit qu’il n’y avait d’humain que les yeux et la voix. Ces misérables créatures n’ont d’autre abri que quelques rameaux entrelacés d’où ils déménagent à moins de frais qu’on ne le fait à Paris, d’autres champs que les bois, d’autres récoltes que les fruits sauvages. La chasse est leur unique passetemps.

Les Masaroas sont des Bushmen, de vrais enfants des bois. Ils sont la possession unique du chef; mais le chef

F. COILLARD

MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

dispose d’eux comme de sou bétail et en remet un certain nombre à celui-ci et un certain nombre à celui-là. Le premier Barnangouato venu peut leur enlever jusqu’à la peau et au dernier lambeau de chair. L’un d’eux me paraissait intelligent, mais on a de la peine à leur faire comprendre quoi que ce soit en dehors de leur petit nombre d’idées. J’éprouvai un serrement de cœur en les voyant s’enfoncer dans la forêt avec un plaisir sauvage et une indépendance d’allures qui contraste singulièrement avec leur servilité et leur abjection.

Mercredi 11 juin i88/j. — Nous avons donc traversé le désert, plateau sablonneux, steppe immense couverte, d’herbe grossière, parsemée d’arbres tantôt clairsemés, tantôt épais comme des taillis. Nous avons rencontré plusieurs mares dues aux pluies récentes. Le sable était si lourd hier que nous avons voyagé avec difficulté. Tout le monde tombait de sommeil, moi aussi. Ce matin, à 4 heures et demie, je donnais le signal du réveil. Karoumba seul répondit par la trompette, mais remit sa tête dans les couvertures. 11 me fallut à plusieurs reprises aller réveiller les gens. Ils me répondaient bien, mais ne bougeaient pas. Dieu me donna la grâce de ne pas m’impatienter. Ce fut une victoire. Au milieu du jour, pas d’eau, et mes gens, malgré mes ordres, n’avaient pas rempli leurs tonnelets. Je pensai faire la leçon à certains petits garnements qui ne sont pas plus obéissants qu’il ne faut. Pour les punir, nous en envoyâmes deux â une mare avec les tonnelets. C’était loin, les tonnelets sont lourds ; pendant ce temps, j’avais fait cuire du maïs pilé et je rétablis ainsi, autour de nous, l’entrain et la bonne humeur.

Vendredi i3 juin. — A midi nous arrivâmes à Thlapaneng. Nous nous décidâmes à y passer le dimanche. On y trouve de l’eau douce dans un réservoir naturel, non loin d’un

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