‹ François CoillardChapitre 44 sur 282 · DIFFICULTÉS DU VOYAGE · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DU VOYAGE

petit bouquet d’arbres. Nous avons devant nous les Makarikaris La grande affaire pour nous, c’est la nourriture des gens qui menace de manquer. ïls ont mangé trois sacs de farine en moins de trois semaines. Nous sommes à peine au tiers du voyage et il ne nous reste plus que deux sacs de mabélé. 11 a fallu monter le moulin et moudre.

Le dimanche fut un jour de repos pour nous. Le repos eût été doux pour moi, si je n’étais hanté par toutes sortes de soucis. Je trouve parfois que mon fardeau est un peu lourd.

Lundi 16 juin. — Nous étions de bonne heure sur pied et nous étions en route à 4 heures, événement unique dans notre voyage. Tout le monde était en train. Nous fîmes une bonne étape. Nous eûmes assez de difficulté à traverser le premier Makarikari.

Mardi ij juin i884 • — Nous cheminons à travers une belle forêt, un vrai parc. Les arbres sont élancés comme des colonnades et la lumière du soleil se joue d’une manière ravissante à travers le feuillage. Malheureusement, le chemin est des plus tortueux, et, malgré mille précautions, nos wagons se heurtent assez souvent aux arbres ; il faut jouer de la hache. Je ne sais ce qui nous restera de nos bagages quand nous arriverons au Zambèze.

En effet, Tune après l’autre, les caisses sont écrasées contre des arbres. Des Masaroas en grand nombre suivent la caravane, cherchant à tromper les voyageurs et à leur dérober tout ce qu’ils peuvent.

Le trajet est toujours difficile, que ce soit à travers la forêt, la steppe, les marécaqes ou les Makarikaris, dont l’un, entre autres, n’est qu’une « affreuse fondrière qui s’étend sur plusieurs kilomètres ». Les wagons traînent parfois sur les moyeux des

i. Grands lacs salés, en partie desséchés en certaines saisons.

76 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

roues ; c’est à peine si, en triplant les attelages, on peut les faire avancer.

Le voyage continue ainsi avec toutes les mêmes difficultés provenant des hommes, des attelages, du pays. Presque chaque matin, c’est une lutte pour le départ, et chaque matin, une nouvelle épreuve de patience pour Coillard. Souvent, dans le journal, reviennent des phrases comme celle-ci :

Heureusement j’eus assez d’empire sur moi-même pour ne pas m’impatienter.

A plusieurs reprises la mauvaise humeur perce parmi le personnel noir et la révolte menace.

Dimanche 2g juin 1884 • — Voilà toute une semaine écoulée depuis que nous avons quitté la rivière Nata. Semaine de fatigues, s’il en fut, et d’anxiété. La route n’a jamais été plus difficile. Nous n’avons fait que labourer, et sans interruption, un sable profond et parfois à travers de terribles fourrés d’épines.

Je suis toujours à court de nourriture pour les gens, ce qui n’empêche pas qu’ils mangent sans prévoyance et sans souci. A moi la prévoyance et les soucis. Dimanche dernier, au Nata, j’organisai, pour le lendemain, une chasse sous la conduite de Makoatsa et d’Aaron. Le soir tout était en règle : les fusils, les munitions et les chasseurs désignés. Ma première recommandation était qu’ils se levassent de bonne heure. Le soleil était déjà au-dessus de l’horizon et inondait la forêt de ses feux qu’ils étaient encore sous leurs couvertures. Patience! On les fit partir. Mais une heure après, l’un revenait pour manger, puis un second, puis un troisième. A midi, tous étaient rentrés, sans gibier, bien entendu. 11 ne restait plus qu’à faire atteler. Des Masaroas, des Mata-

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