ACCIDENTS - EPINES
du soleil, on en amena deux, mais impossible de trouver le reste. Pas d’autre alternative maintenant: dételer les bœufs, allumer des feux — nous en fîmes d’énormes — et se coucher. Le lendemain, mercredi, à 8 heures, deux coups de fusil dans le lointain nous annonçaient qu’on avait trouvé les bœufs, sains et saufs, malgré le lion dont nous avions remarqué les traces tout le jour.
Vendredi 4 juillet i884 • — Nous avons à traverser un fourré d’épines presque impénétrable. Ces épines malignes couvrent le chemin et disputent aux attelages chaque pouce de terrain. Ce qu’il y a à faire c’est un trek bien articulé, une tentative de coup de fouet, puis on se couche précipitamment pour se préserver la figure, laissant ces inexorables épines vous arracher votre chapeau et une partie de vos habits. On se relève, quand les égratignures ont cessé sur la tente du wagon, pour voir où le chariot est allé se précipiter. Heureux est-on si ce n’est pas contre un tronc d’arbre ou dans un autre fourré ! Nous voyageons difficilement, lentement. Nos bœufs sont éreintés. C’est avec peine qu’ils mettent un pied devant l’autre ; ils tombent sous le joug. Depuis la rivière Nata nous avons du sable, rien que du sable, si profond et si lourd que les wagons roulent avec une difficulté extrême. Les hommes ne sont pas moins fatigués que les bœufs. Chaque fois que nous nous arrêtons je me demande quand et comment nous nous remettrons en branle. J’ai la même anxiété que si le wagon était désespérément embourbé. C’est une épreuve continuelle de patience et d’égalité d’humeur. Si seulement j’en sortais toujours victorieux !
Nous voici (jeudi io juillet) près d’un étang sans nom et que j’appellerais volontiers « Néfaste ». L’endroit luimême est charmant : c’est une clairière bordée de beaux arbres; sur la lisière de la forêt, un baobab. Nous avons
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
dételé près d’un bosquet assez gentil. La diarrhée qui a sévi parmi nos attelages les a tellement affaiblis que nous avons du dételer plusieurs bœufs. Les autres traînent encore péniblement la voiture. Nous avons pourtant essayé de faire d’assez longues étapes, voyageant surtout de nuit, nous levant de grand matin. J’avais caressé l’espoir d’arriver à Pandamatenga cette semaine, mais si nous pouvons passer le dimanche à Déka, nous devrons nous en féliciter.
îi juillet i884 • — Nos noirs sont en pleine rébellion, impossible d’en faire quoi que ce soit. Plus de nourriture pour nos gens. Un de nos bœufs est mort hier, un autre aujourd’hui, ou plutôt on les a tués. J’ai eu beaucoup de peine ce matin à mettre mon monde en mouvement pour les dépecer. L’esprit des membres de l’expédition est des plus mauvais et j’ai beaucoup de soucis, beaucoup d’ennuis, beaucoup.
Samedi 12 juillet. — Nous avons voyagé péniblement, deux nuits de suite, pour arriver à Déka. Les gens euxmêmes étaient de tout cœur de la partie, ce sont eux qui nous ont d’abord réveillés et fait marcher. Mais ces nuits sans sommeil sont terribles.
Nous sommes partis de Déka le mercredi 16, à une heure du matin. Nous pensions arriver le même soir à Pandamatenga. A la nuit, nous entrions dans un bourbier. Nous le croyions sec et n’appréhendions aucune difficulté. Mais nos wagons commencèrent bientôt à enfoncer, si bien, qu’il nous fallut mettre trois et quatre attelages à chaque wagon et travailler jusqu’à minuit. Nous avions froid, tout le monde était épuisé et affamé. Nous voyions devant nous les lumières de l’établissement de Westbeech qui nous faisaient des signaux.
Nous n’arrivâmes à Pandamatenga que le lendemain jeudi, à 8 heures du matin. M. Westbeech vint à notre rencontre
A PANDAMATENGA
et nous amena sur un plateau où se trouve une grande case toute neuve qu’on mit à notre disposition. C’est un confort. L’après-midi nous allâmes avec Jeanmairet faire visite aux Jésuites L Le Père Kroot nous reçut affablement avec le frère Paravicini, le jardinier. J’obtins même d’eux deux sacs de mabélé pour mes gens. Ils poussèrent l’amabilité jusqu’à nous envoyer des légumes, un beau chou, de la salade, etc. Le père Kroot est venu me rendre notre visite et s’est montré extrêmement aimable. C’est un petit homme, qui semble israélite, aux yeux perçants, aux cheveux noirs, au nez aquilin.
Jeudi 17 juillet. — Cinquante ans ! Je m’offre et me consacre tout à nouveau au Seigneur, heureux de le glorifier soit par ma vie, soit par ma mort. Si Dieu m’accorde le désir de mon cœur, il me donnera le temps de fonder définitivement la mission au Zambèze.
Jour assez triste. Un de mes meilleurs bœufs s’est noyé.
Baobab , dimanche 20 juillet. — Nous avons quitté Pandamatenga vendredi. M. Westbeech était là. Le Père Kroot, lui aussi, est venu me faire ses adieux. Ma femme l’invita à monter et à jeter un coup d’œil dans notre demeure ambulante : « Volontiers, dit-il, pourvu que vous ne m’emmeniez pas chez les Barotsis, j’ai assez d’eux. » Brave homme ! il n’y avait guère de danger.
Nouveau retard causé par un mauvais gué et un wagon embourbé.
J’en étais très contrarié. Arriverons-nous cette semaine à Léchoma? Dieu sait combien je suis fatigué, et combien il me tarde de me débarrasser de mon fardeau.
1 . Les Jésuites avaient entrepris une œuvre chez les Barotsis, mais ils avaient échoué. — Voy., ci-dessus, p. 66.
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Au delà de Gazouma , mardi 22 juillet 188 4- — Nos dimanches sont devenus monotones. Est-ce fatigue ? Je le pense. Chacun s’isole pour méditer, écrire ou dormir. C’est naturel. La seule lueur d’intérêt est la réunion de chant que nous avons l’après-midi.
Vendredi 2Ô juillet i884- — Tout le monde s’attendait à arriver de bonne heure à Léchoma, sauf moi. On s’étonnait que je réveillasse la caravane aussi tôt que d’habitude. A 9 heures et demie nous dételâmes sous de beaux arbres, mais les autres wagons étaient restés en arrière. Nous attelâmes de nouveau à 2 heures pour sortir de la forêt et arriver dans la vallée de Léchoma. Nous prîmes les devants, Elise, ma femme, Jeanmairet et moi. Aaron aussi nous accompagnait. Nous allâmes visiter notre ancien campement \ Longtemps nous en cherchâmes l’emplacement. Le feu avait tout balayé. La hutte, la palissade, n’étaient plus que des charbons recouverts d’une herbe épaisse. Mais, à quelques pas de là, je retrouvai le grand acajou qui m’était si familier. Il portait encore, aussi distinctement que le premier jour, cette simple épitaphe :
KHOSANA DIED
Cela nous disait beaucoup et rouvrait tout un chapitre de notre passé.
A 4 heures, nous arrêtions nos voitures près de l’établissement Westbeech, quelques huttes entourées d’une légère palissade, à l’endroit où la vallée s’élargit soudain. Le confluent de deux ruisseaux forme de magnifiques bassins.
Le samedi, nous courûmes les environs avec Aaron et décidâmes de nous installer au sommet de la colline au pied