‹ François CoillardChapitre 53 sur 282 · DÉPART POUR LA VALLEE · texte numérisé non relu

DÉPART POUR LA VALLEE

ce que nous voyons et comprendre ce que nous sentons, ils seraient les premiers à s’étonner que les rachetés du Christ aient si peu de dévouement et connaissent si peu l’esprit de sacrifice ; ils seraient honteux des hésitations qui nous entravent. Elles sont assises dans les ténèbres de la mort, ces tribus innombrables dont celle des Barotsis n’est que l’avant-garde, ils périssent ces païens, pendant que nous avons la lumière et la vie que nous devons leur transmettre. Souvenons-nous-en, ce n’est pas en intercédant dans la gloire du ciel que Jésus a sauvé le monde, il s’est donné. C’est une amère ironie que nos prières pour l’évangélisation des nations, aussi longtemps que nous ne savons donner que de notre superllu, et que nous reculons devant le sacrifice de nous-mêmes.

« Ah ! ce moi, ce Dagon, qui trône dans le temple du Saint-Esprit, que de fois la grâce de Dieu ne l’a-t-elle pas renversé, mutilé; mais que de fois aussi, sans aller jusqu’à exclure l’Eternel de nos cœurs, n’avons-nous pas rétabli à sa place, cette chère idole, et ne l’avons-nous pas, de nouveau, secrètement servie et adorée ? »

Coillard s’arrêta à Mparira, puis à Séchéké ; enfin, le vendredi 19 décembre, il était en route pour la Vallée.

Le voyage fut facile, lesZambéziens, venus pour chercher Coillard, se conduisirent bien et firent franchir aux voyageurs et aux bagages les rapides avec une grande habileté. En route, Coillard s’enquiert des coutumes et des idées des Barotsis ; il fait quelques observations géographiques et il note le tout, dans son journal, avec les divers incidents du voyage.

2/1 décembre. — J’ai lu, avec un intérêt intense, la vie de Livingstone. Sa seconde visite en Europe a été bien différente de la première, et je ne puis m’empêcher de croire que, déjà alors, l’explorateur avait tellement mis le mission-

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naire dans l’ombre qu’il avait perdu de sa force morale aux yeux du public. Je ne puis m’empêcher [de regretter l] 'que oet homme de Dieu se soit mis au service du gouvernement et de la Société de géographie, lui un serviteur de Christ. Dès lors, sa carrière est une suite de revers. Sa dernière expédition surtout, essentiellement géographique, fut malheureuse. Mais je le comprends et cela ne diminue en rien mon estime et mon admiration pour ce grand homme doçt le christianisme était, avant tout, pratique. C’est ici que, cherchant un site pour une station missionnaire, il a été saisi de la passion des voyages et qu’une nouvelle vocation s’est révélée à lui.

25 décembre 1884 . — Tous ces jours-ci j’ai vécu en intime communion d’esprit avec ma chère compagne. Je suis sûr que Dieu fait luire, sur elle et sur Léchoma, la lumière de sa face.

La navigation a élé assez difficile. Je ne sais pas encore comment s’effectuera notre voyage en famille.

Oh ! comme notre mission grandit à mes yeux ! Ces parages! Ces tribus! Ces nations qui ne connaissent pas Dieu ! Ces ténèbres épaisses, ces superstitions, ce hideux paganisme qu’il faut éclairer et déraciner, quelle œuvre gigantesque! Qui est suffisant pour ces choses?

26 décembre. — Que de misères et de souffrances dans ce malheureux pays ! Il me semble que jamais encore je n’ai été mis en contact, comme maintenant, avec ces misères morales qui sont jusqu’à présent sans remède et sans consolation. Mais l’Evangile sera prêché aux pauvres et il apportera la délivrance et la liberté à cette portion de l’humanité souffrante.

1. Ces deux mots manquent; nous croyons que c’est là la pensée de Coillard.

A NGONYE

Coillard voulut aller voir les chutes de Ngonyé, mais il commit, en allant trop près en canot, une imprudence qui aurait pu lui être fatale ; peu après, ayant mis pied à terre, il glissa sur les rochers, roula, et ne s’arrêta qu’à quelques pieds de l’abîme.

Mes braves Zambéziens poussèrent un cri d’horreur, .l’enlevai mes souliers et je' fis de la photographie. Cela les étonna fort. En revenant, on plaisanta beaucoup là-dessus. Je ne plaisantais pas moi. J’ai commis deux imprudences aujourd’hui et pourtant Dieu m’a sauvé.

Ngonyé y dimanche 28 décembre. Dans l’après-midi, nous avons pu rassembler les femmes et nos jeunes Zambéziens. Ceux-ci savent déjà chanter trois cantiques. Cela m’a causé une joie extrême. C’est un premier succès; tout minime qu’il est, il a son importance. Je crois à la puissance du chant pour propager et populariser l’Evangile.

ieT janvier i885. Une nouvelle année ! Que Dieu entende ma prière et m’accorde le vœu de mon cœur ! Puissé-je, avec ma bien-aimée compagne, vivre assez longtemps pour voir l’Evangile prêché aux Barotsis, la mission fermement établie et un personnel qui permette d’occuper, sans trop de délai, les principaux points du pays ! Puissé-je voir un tel réveil de l’esprit missionnaire en Europe que jamais nous ne soyons à court de moyens pour nous étendre et que nous puissions porter l’Evangile chez les Malokas, les Machoukouloumboués et jusqu’au lac Bangouéolo î O mon Dieu, entends ma prière! Que cette année soit une année de grâce, non seulement pour cette tribu des Barotsis, mais pour toutes les tribus environnantes!

Coillard, en route, visita de nombreux chefs ; il passa à Nalolo, la seconde capitale du royaume (5-6 janvier), et reçut de la reine un accueil vraiment touchant ; après y avoir chanté des cantiques

F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

et annoncé l’Évangile, comme partout où il passait, Coillard arrivait, le 8 janvier au matin, à travers les prairies inondées, à Léalouyi, la capitale.

« Oui ! à Léalouyi ! Dieu soit loué ! écrit Coillard à sa femme. Pas d’accidents et pas de maladies sérieuses. A part quelques maux de tête, pas de fièvre. Dieu est bon. On ne se lasse pas de le répéter : 11 est bon, il est fidèle. »

Léalouyi, 8 janvier i885. — Quelle désolation! La guerre civile est une chose affreuse. La ville de Léwanika est réduite en cendres : une ou deux masures sont encore là debout qui donnent une idée de ce que devait être ce qui a été détruit. « La Commune » a passé par ici. On a pillé tous les trésors royaux. Et puis un incendie a fait le reste et a balayé la capitale sans épargner une maison. On a construit à la hâte des abris assez mesquins avec les quelques matériaux qu’on pouvait trouver en cette saison, et ces méchants abris qu’on voit poindre au milieu d’une longue herbe, comme des taupinières, c’est actuellement Léalouyi. Quel triste endroit !

Le lendemain, Coillard est reçu par le jeune roi Akoufouna, entouré de ses chefs ; il expose comment et pourquoi il est venu.

L’intérêt manifesté par l’assemblée était intense. Il me serait difficile de dire le bon esprit des chefs, la bonne impression que nous reçûmes et la reconnaissance qui nous remplit le cœur. Le pays nous est décidément ouvert. Dieu soit loué! Qui sait les fruits que portera cette journée parmi cette tribu et les tribus avoisinantes !

LEALOUYI

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