‹ François CoillardChapitre 6 sur 282 · RETOUR EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

RETOUR EN AFRIQUE

cetle voilure, noire home ambulant, la tristesse s’empara de moi. Laissée pendant deux ans et demi au soleil et à la pluie, elle était dans un délabrement piteux.

<r Les bœufs sont achetés, les wagons sont prêts. Chargeons donc et partons ! Quel charme de se blottir de nouveau dans son chariot, de voir son long attelage, d’entendre les cris du conducteur et les détonations de son long fouet, de cheminer gravement, de bivouaquer à la bohémienne, en un mot, de vivre de nouveau de la vie d’Afrique î Hélas ! le charme est de courte durée. Une épizootie, qui a fait de terribles ravages au sud de l’Afrique, règne encore ici. Déjà avant de quitter la ville, deux des bœufs envoyés du Lessouto succombaient. J’avais à peine vendu leurs peaux que d’autres tombaient le long du chemin. Nous nous arrêtâmes, sur une éminence, à une lieue de la ville. Ce fut un vrai désastre; soins, repos, remèdes, rien n’y fit. En quelques jours, j’en perdis douze. »

D’une part, les bœufs venus du Lessouto ne pouvaient pas supporter le climat très chaud de la Natalie; d’autre part, les bœufs de ce dernier pays succombèrent au froid et à la neige, lorsque la caravane gravit les pentes du Drakensberg. Bref, ce voyage fut, la neige en plus, un abrégé des difficultés inhérentes à tout voyage africain d’alors.

« Livingstone dit que le voyage à bœufs est un piquenique perpétuel1. Oui, mais ce n’est pas à dire qu’on en jouisse toujours beaucoup. Témoin ce jour où nous arrivions de nuit au pied des montagnes; nous nous proposions de nous arrêter le lendemain et de faire reposer nos bêtes, à cause de la rude montée qui était devant nous. Le vent se leva et se mit à souffler avec une violence telle que

i. Lettre à Georges Appia, Léribé, 26 septembre 1882.

4 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

je craignais pour les voitures où nous couchions. Le lendemain, pas d’abri, pas moyen de planter une tente, ni de faire du feu en plein champ. Après de vaines recherches, nous nous blottîmes dans un ravin, à quelque distance du campement, et c’est là qu’on prépara et que nous prîmes le repas du jour. Et encore étions-nous reconnaissants de cet abri ! Je pensais que nous étions bien mieux partagés que notre Maître, lui qui n’avait pas de lieu, qu’il pût appeler sien, où il pût reposer sa tête. »

Coillard arriva à Léribé le 9 août 1882 :

a Le trajet n’a pas manqué d’aventures de tous genres 1 : nous avons eu du vent à tout emporter, des nuages de poussière qui s’engoufTraient dans les wagons, de la pluie, de la neige et des chemins défoncés; tout autant d’écoles de patience.

« Sans m’arrêter sur ces incidents d’un des voyages les plus fatigants que j’aie faits, j’ai hâte d’arriver à Léribé, notre cher Léribé. Hélas! il n’était plus ce qu’il était il y a cinq ans! Nous le savions bien et pourtant, je l’avoue, la réalité dépasse tout ce que notre imagination s’était figuré de plus sombre. Quelques personnes viennent à notre rencontre et sont heureuses de nous revoir. Nous saluons avec joie la bonne Rahab 2 3 * ; Nathanaël Makotoko 5, grisonnant un peu plus, mais avec sa courtoisie et son amabilité habituelles, est là avec une troupe de jeunes hommes.

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