‹ François CoillardChapitre 7 sur 282 · Ancienne femme de Molapo, convertie · texte numérisé non relu

Ancienne femme de Molapo, convertie

3. L’un dés premiers Bassoutos rencontrés par Coillard à son arrivée à Léribé et à la conversion duquel ce missionnaire s’était particulièrement

attaché ; il fut baptisé en 18G8. Il était neveu de Moshesh et cousin de Molapo ;

il fut le conseiller de ce roi et de son fils Jonathan. Ed. Favre, François Coillard missionnaire au Lessouto, p. 17, 159, etc.

ARRIVÉE A LERIBE 5

cc La station désertée, délabrée, serait an tombeau sans la présence de quelques femmes et enfants et sans celle surtout de nos amis Marzolff1 et de Mlle Louisa Cochet qui, de leur mieux, nous y ont préparé la bienvenue. Le village, autrefois si propret, si animé, si riant, n’est aujourd’hui qu’un monceau de ruines silencieuses et désolées. Le jardin du missionnaire, je n’en parle pas ; il est l’emblème de la vigne du Seigneur bien autrement dévastée. Nous avons de la peine à nous y reconnaître et nos cœurs sont gros d’émotion. »

En l’absence de Coillard, la guerre des Fusils avait éclaté au Lessouto : à la suite d’une mesure prise par le gouvernement du Cap, tous les noirs sud-africains furent invités ou forcés à déposer leurs armes à feu entre les mains du gouvernement colonial. L’ordre de désarmement devait être exécuté le 21 mai 1880. Les Bassoutos se divisèrent : les uns, « les loyaux », suivirent les conseils de leurs missionnaires, se montrèrent prêts à se soumettre, tout en cherchant, par des moyens légaux, à échapper à une mesure inique ; les autres, « les rebelles », prirent les armes contre le gouvernement. De là, guerre et guerre civile sur plusieurs points du Lessouto. Dans le district de Léribé, Molapo, le chef, était mort en 1880 : ses deux fils, Jonathan et Joël, étaient divisés : le premier, héritier légitime du pouvoir, soutenait le gouvernement et réunissait autour de lui les chrétiens ; il occupait Léribé, le village de son père; non loin de là, au Camp, à Hlotsé Heights, s’étaient retranchés ses partisans blancs et noirs. Joël, fils d’une seconde femme de Molapo, et l’un des chefs des rebelles, entraîna avec lui la plus grande partie de la tribu ; en décembre 1880, il battait Jonathan et son général Makotoko, et brûlait le village noir de Léribé dont les habitants se retiraient au Camp. E11 1881, la paix fut conclue entre l’Angleterre et les

1. M. et Mnie Dormoy, que Coillard avait laissés à Léribé lors de son départ pour l'Europe en 1880, avaient quitté la mission en 1882; ils furent remplacés momentanément à Léribé par M. et Mme Marzolff et par Mlle Louisa Cochet. J. M. E., 1882, p. 28.

6 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

Bassoutos. Mais « rebelles » et« loyaux » restaient en présence, prêts à profiter du premier prétexte pour en venir aux mains I. Telle était la situation dans le district de Léribé à l'arrivée de Coillard.

« J’ai été visiter Joël2, qui m’a fort bien reçu et a écouté mes conseils avec beaucoup de déférence. Jonathan, de son côté, prétend être désireux de se laisser guider. Toujours est-il que la situation est des plus tendues. Les alertes sont continuelles. Hier encore, à propos de roseaux, nous nous attendions à voir les deux frères rivaux se jeter l’un sur l’autre et le sang couler. Mon influence a pu contribuer quelque peu à éviter cette calamité, mais ce n’est pas une digue qui puisse contenir le torrent des passions politiques.»

« Jamais encore la nation n’a passé par une crise aussi sérieuse3. Il faudrait vouloir s’aveugler pour ne pas voir le danger.

« Je n’ai pas encore pu sonder les plaies de mon troupeau. Mais ce que j’en ai entrevu et ce que j’en ai senti me fait frémir de douleur et d’effroi. Quelques-uns sont décidément retournés se vautrer dans la fange du paganisme, d’autres, et peut-être le plus grand nombre, se sont adonnés à l’eau-de-vie. La jeunesse, cette jeunesse sur laquelle nous avions fondé tant d’espérances, a été décimée par la violence des passions. Les chrétiens, dont la profession a résisté à tant d’attaques, ont subi des influences si délétères que le zèle et la vie paraissent étouffés ou paralysés. En présence de tant de désastres et de ruines, les païens se moquent de l’Evangile ; l’église est déserte, les chemins de Sion mènent deuil! »

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