DEPART POUR LA VALLEE
De son côté, Mme Coillard écrivait 1 : « Oh ! comme il fait bon de se sentir si heureux et si calme, dans un moment comme celui de la séparation. Plus d’émotion, plus d’agitation, on a tout remis entre les mains de ce Père tout-puissant qui est tout près de nous.
« Je suis allée voir mon mari partir dans une petite pirogue si frêle, si étroite qu’un faux mouvement aurait suffi pour le jeter dans le fleuve. Nous étions remplis de paix et de sérénité tous les deux, car nous ne voyions pas la planche, mais le bras de l’Eternel qui l’entourait et, là, il était en sûreté. »
La vie, dans ces voyages sur le fleuve, est toujours la même : Coillard évangélise, observe, note, il admire le paysage, il photographie.
J’ai pris quelques vues que je demande cà Dieu de faire réussir dans l’intérêt de son œuvre. Si nous devons tout faire, même manger et boire pour sa gloire, sûrement je puis faire de la photographie pour le même but. Et je le fais.
Les rameurs ne sont pas pressés, d’où discussion avec le chef de l’expédition. Un jour (12 mars) celui-ci déclare, à 3 heures et demie, qu’on va s’arrêter et camper pour la nuit.
Camper à 3 heures et demie ! Comment ? Quand arriveronsnous à Séoma? C’est demain samedi. J’étais très fâché. Je dis à Mokoumoa que je n’étais pas un paquet et que c’était le moins qu’il me consultât pour une chose pareille. Je voulus passer outre. Mais Mokoumoa m’assura que c’était impossible, puisque nous ne savions pas le chemin. A la lin, je dus céder, mais j’étais très fâché et, à dire vrai, j’étais mortilié et profondément humilié. Oh ! quelle chute après la bonne
. A Georges Appia, 28 avril 1886.
F. GOILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
journée que j’ai eue! Je ne comprends pas encore ceux qui, d’un bond, arrivent à la sanctification.
Vendredi ig mars 1886. — Vers 4 heures, nous arrivâmes au village de Mosiba. Nous n’y trouvâmes que la veuve de Mosiba, ses enfants et quelques femmes. Mosiba, ce brave qui nous avait si bien reçus l’an passé, a été tué dans une bataille. J’ai été ravi de constater que les femmes et les enfants se souviennent des cantiques que je leur avais enseignés. Ils m’en ont chanté un assez correctement, ils étaient hors d’euxmêmes de joie. Il paraît qu’après mon passage, on le chantait au lékhotla, dans les cours, partout. Pauvre Mosiba! Il se réjouissait à la pensée de me chanter ce cantique à ma prochaine visite. Il a du moins entendu parler de Jésus.
La lune est pleine. Nous avons prêché l’Evangile et chanté jusque tard dans la soirée. Chaque fois que je voulais m’arrêter, mes gens, malgré la faim et la fatigue, me disaient : « Oh! encore ce cantique! »
A Nalolo, Coillard visite la redoutable reine Mokouaé, sœur de Lcwanika, second souverain du pays, qui, durant la guerre civile, n’a pas craint de procéder de sa propre main à de terribles exécutions ; il y arrive un samedi et, tout de suite, de bons rapports s’établissent entre le missionnaire et la reine ; le dimanche, vers 2 heures, Mokouaé réclame la visite de Coillard qui célèbre un culte.
Elle rassembla des gens et nous eûmes un nombreux auditoire, je me sentais faible et ému tout à la fois. Le Seigneur me fit sentir sa présence. Il me soutint merveilleusement. J’ai pu chanter et prêcher avec force. Jamais, dans ce pays, je n’ai encore eu un auditoire aussi sérieux ni aussi attentif. Le service leur parut court et à moi aussi, bien qu’il eût duré deux heures, à cause des cantiques que j’ai chantés. « Gomment, c’est déjà fini? »
A NALOLO
« Pais elle m’invita dans sa maison spacieuse 1 et d’une propreté admirable. Pendant que des jeunes filles faisaient le service, je m’assis sur un rouleau de nattes, en face de la reine. Celle-ci me passa un vieil accordéon à la voix fêlée. « Allons, fit-elle, joue-moi donc quelque chose ! » J’en tirai un air, puis un second, puis un troisième. Des souvenirs d’enfance, pour moi sacrés, surgissaient dans mon esprit. La mélancolie me gagna. Je rendis l’instrument à Mokouaé. Elle s’en empara d’un air triomphant, et, faisant courir ses doigts sur le clavier, avec une agilité surprenante, elle en tira une cacophonie qui charmait évidemment son oreille. S’excitant, elle se mit à chanter. Je passai une bonne demi-heure à écouter, tout ébahi, cette étrange sérénade. Étonnée de mon calme, sans doute, elle finit par poser l’accordéon et me dit d’un air satisfait : « Tu vois que, moi aussi, je sais jouer. » Je le crois bien, elle m’avait tout à fait éclipsé. »
xMokouaé a été aimable jusqu’au dernier moment. J’ai été la voir le soir, la veille de mon départ. Elle s’est naturellement fait attendre.
Profitant de cette attente, Coillard va visiter un garçon blessé à la chasse d’un coup de fusil dans le genou.
Ce qui me frappe c’est que ces gens qui ne connaissent nullement mon caractère de ministre de l’Évangile — et non seulement eux, mais tous les natifs chez qui j’ai été — du moment qu’ils entendent que nous sommes des serviteurs de Dieu, s’imaginent que nous avons la puissance de
i. Lettre de Séchéké, 19 avril 1886, impr. dans J. M. E., 1886, p. 892 et suiv., et 424 et suiv. ; — Sur le Haut-Zambèze , p. 1 84 et suiv.
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guérir tous les maux du corps, aussi bien que ceux de Pâme. Us connaissent peu ces derniers du reste. Oh ! si seulement je possédais des connaissances médicales, ou bien cette foi qui guérit toutes les maladies, afin de mieux marcher sur les traces de mon Sauveur, même dans l’exercice de ce grand ministère de sympathie et de délivrance.
Mokouaé était d’humeur à causer. Quand je voulus partir elle m’arrêta et me dit qu’elle ce me regardait encore, d Ghristina eut été amusée de l’entendre faire toutes sortes de remarques sur ma personne : « Il a de beaux yeux, voyez comme il regarde les gens en face, ses yeux sourienl. Ce n’est pas comme un tel qui a des yeux de chat et qui regarde à droite et à gauche. »
Le lundi 22 mars vers 4 heures, Coillard, qui avait déjà rencontré le roi en route, arrive à Léalouyi. Le lendemain et les jours qui suivent, il eut avec Léwanikade fréquents entretiens officiels ou intimes, au cours desquels il lui parla avec une grande franchise au sujet de ses cruautés, et il conclut :
(( Il a un grand désir de bien faire et aussi de nous faciliter notre établissement ici. »
Coillard eut aussi de nombreux entretiens avec le Ngambéla dont il avait fait la connaissance Tannée précédente.
Le samedi (27 mars), j’ai fait savoir au roi par Ngambéla que le lendemain c’était le jour du Seigneur et qu’il aurait à rassembler ses gens pour entendre ce que j’avais à leur dire. Je le revis tôt après ; il me fit une foule de questions sur le jour du Seigneur et comment on devait l’observer. Le lendemain, avant 7 heures, il siégeait au lékhotla, mais le tambour et le sérimba 1 étaient silencieux. Le crieur public