‹ François CoillardChapitre 65 sur 282 · Lettre à Mme Louis Boissonnas, Séchéké, 29 avril · texte numérisé non relu

Lettre à Mme Louis Boissonnas, Séchéké, 29 avril

\l\2 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

g mai 1886. — Que Dieu bénisse cette correspondance, et que chacune de nos lettres soit un canal de bénédictions! C’est, ma prière de chaque jour.

Une autre fois, il va à Kazoungoula à la rencontre de Middleton qui arrivait du sud, avec les bagages et les provisions. Il a de grandes difficultés avec les noirs aussi bien à Kazoungoula qu’à Séchéké.

Kazoungoula , i3 juin. — J’ai la tristesse au cœur. Personne ne saura jamais ce que nous avons à souffrir et à endurer ici. Notre position devient de plus en plus pénible, et certainement, si le roi ne nous accorde pas sa protection, il nous sera impossible de vivre dans son pays. Je me demande si peut-être Léwanika et les chefs ne seraient pas résolus à nous piller et à nous laisser piller.

Séchéké, i3 juillet. — Mon cœur déborde d’admiration et de reconnaissance envers Dieu pour toutes ses bontés et ses tendresses. Ses réponses à nos prières nous confondent. Nous avons appris, je crois, à lui dire tout, même ce qui, aux oreilles d’autrui, sérail tout ce qu’il y a de plus banal. Cela nous est naturel à nous ; nous savons que notre Père nous comprend et qu’il s’associe à tout ce qui nous préoccupe ou nous concerne. Jamais Christina et moi 11’avons vécu, comme maintenant,, une vie de foi et de confiance. Un grand sujet de joie et d’actions de grâce, c’est l’arrivée de nos bagages — une partie du moins. Que ces caisses aient pu venir, sans accident sérieux, de Léribé au Zambèze, à travers le désert, c’est une surprise dont nous ne revenons pas. Notre tendre Père ne pourvoit pas seulement à nos besoins mais aussi à nos conforts. Mon grand désir c’est d’avoir notre harmonium, notre fourneau, nos lits, noire maison, pas pour moi, mais pour ma femme.

A SÉCHÉKÈ

Je ne suis pas sans souci en pensant à notre voyage à la Vallée, à nos travaux d’installation, car les soucis c’est une mauvaise herbe dont le cœur est infesté. Et puis, cette terrible séparation qui nous attend !

En effet, il avait été décidé que Mme Coillard resterait à Séchéké, auprès de Mm- Jeanmairet, tandis que Coillard partirait pour la Vallée avec Middleton et Waddell; Mrae Coillard, après avoir assisté Mme Jeanmairet pour ses couches, devait monter à la Vallée avec Aaron qui viendrait la chercher.

a Ce qu’il y a de plus sombre dans cette perspective c’est que ma femme sera obligée de faire sans moi ce long voyage de plus de 5oo kilomètres. La séparation est pour nous le point sensible. Partager ensemble dangers et fatigues, ça nous paraît facile. Ensemble, le matin nous nous sentons forts pour faire face aux difficultés que nous prévoyons, le soir nous nous sentons moins abattus. Nous nous cramponnons à cette bénédiction de vingt-cinq ans d’union comme à un privilège qui menace toujours de nous échapper. Nous parlons souvent, très librement et avec calme, de la grande séparation. Mais nous sentons bien que c’est là un point faible chez nous et que l’œuvre de la grâce de Dieu n’est pas encore complète. »

Ce sacrifice est le plus douloureux que nous ayons encore été appelés à faire. Le combat est terrible. Ghristina a le cœur gros; mais sûrement Dieu lui donnera à elle, comme à moi, grâce, force et bénédiction.

j y juillet 1886. — Cinquante-deux ans révolus ! Un jour comme celui-ci ramène tout un passé devant mon esprit. Dans quelle diversité de circonstances nous avons fêté ce

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