‹ François CoillardChapitre 68 sur 282 · EN WAGON · texte numérisé non relu

EN WAGON

son voyage à la Vallée. Donc, au milieu de nos tristesses, nous pouvons encore bénir Dieu. Quant aux provisions, il y pourvoira. La conduite des chefs qui nous escortent m’a fait grand plaisir.

Et puis qu’aurais-je fait si accident pareil me fût arrivé en pleine région de la tsétsé, de nuit, sans les chefs, et loin de tout village? Dieu soit loué! Il est bon.

<( Je voudrais te raconter tout cela de vive voix, écrit Coillard à sa femme le 5 septembre, et surtout ne pas te laisser une impression de tristesse. Tu seras triste, ça ne peut pas être autrement, mais tu n’es pas un de ces caractères milk and water qui s’affaissent pour rien. Tu es un des ressorts de la mission comme tu l’as été de l’expédition et je t’ai toujours trouvée à la hauteur des circonstances.

« Nous allons tâcher de voyager un peu rondement, aussi rondement que le permet l’état de nos bœufs. J’ai toujours devant moi ton voyage, mais Dieu aussi et cela vaut mieux, n’est-ce pas? Allons, courage!

« La séparation ne sera pas longue. Quelle joie, quel bonheur de nous retrouver à la Vallée ! Quelque sombre que te paraisse le présent, n’est-ce pas là une belle perspective? Ne crois-tu pas que c’est un avant-goût du ciel? Que Dieu te soutienne et réjouisse ton âme ! Oui, qu’il te donne beaucoup de joie, beaucoup de paix ! C’est toujours ce que je demande pour toi.

(( Il nous faut à tous quelque chose de plus que la résignation à la volonté de Dieu. Subir la volonté de Dieu, ce n’est pas la trouver bonne, agréable et parfaite. Il nous faut la paix d’un peuple de franche volonté, des sacrifices inspirés par l’amour et transformés en privilèges et en bénédictions. En te parlant ainsi, ma bien-aimée, je me parle à moi-même. C’est ce que je me dis constamment. Jamais, je n’ai mieux

100 F. COILLARD — MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

compris la parole de Néhémie : « La joie de l’Eternel est votre force. »

8 septembre 1886. — Toujours dans cette forêt épaisse, au sable lourd, avec un soleil de feu et sans eau. Le moment où je puis me retremper dans la communion du Sauveur, c’est le matin, avant de réveiller mon monde. J’ai toujours ainsi une bonne demi-heure de plus à moi. Ce matin, je me réveillai comme sous l’empire d’un affreux cauchemar. Je criai à Dieu dans ma détresse, j’ouvris sa parole et je lus: « Les gratuités de l’Eternel se renouvellent chaque matin, c’est une grande chose que sa fidélité!... C’est une bonne chose d’attendre, en repos, la délivrance de l’Eternel ! » Je fermai le livre, je compris. Il ne s’agit pas de se croiser les bras,, mais d’être calme et d’avoir une confiance sans réserve dans le Seigneur. Cela me fortifia. Après avoir éveillé tout mon monde, je m’armai de ma cognée et je pris les devants. J’avais déjà déblayé un bon bout de chemin, avant que mes Matotélas se décidassent à venir au travail.

Samedi 11 septembre. — cc Si nous arrivons pour le dimanche 12 septembre au Loumbi, me disait Aaron lundi dernier, nous aurons bien voyagé. » — cc Comment Loumbi? Tu veux dire Rouyi. » — cc Non, je dis Loumbi, mon père. » Même à la petite vitesse à laquelle Aaron nous voyait condamnés, nous n’avons pas pu atteindre encore le Loumbi. Je serais aux abois si je n’avais le Seigneur pour appui. Un wagon laissé en arrière, des bœufs éreintés, des garçons récalcitrants et constamment en grève, des hommes découragés, la saison qui passe, les pluies qui approchent, voilà notre situation. Et, par surcroît de souci, nos éclaireurs rapportent de visu que le Loumbi est deux fois plus large que

le Njoko, tout aussi rapide et que l’eau vient aux aisselles.

On déclare que le seul autre gué connu est encore plus

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