PHOT. PRISE EN
UN DIMANCHE A LEALOUYI 1 55
rais fait! Tristes débuts à Séfoula! Tout est sombre autour de moi. Ghristina pourra-t-elle arriver avant l’inondation? Aurons-nous un abri?
« J’ai été passer le dimanche (24 octobre) à la capitale1. Bien que je chevauchasse tout seul, seul dans la plaine, et que je me fusse égaré souvent, j’ai beaucoup joui de ma course. La solitude est un temps de communion et de rafraîchissement. Le roi m’a reçu dans sa propre maison; il prenait ses repas avec moi et nous avons eu l’occasion d’avoir de sérieux entretiens. Je lui ai demandé raison de tous les massacres d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont eu lieu dernièrement. Je l’ai conjuré d’y mettre fin, une fois pour toutes, et d’abolir aussi la sorcellerie avec toutes les atrocités qu’elle entraîne. Léwanika écoute les conseils, mais les suivre c’est autre chose. Il faudra souvent revenir à la charge et la vérité, comme une goutte de pluie, finira par s’infiltrer dans son cœur. A présent, ce pauvre cœur bouillonne de sentiments de vengeance implacable. Et il ne peut le cacher. Nous avons eu de bons auditoires, très attentifs. Mais quelle chaleur et pas la moindre ombre ! Le soir je me sentais épuisé.
« A Séfoula il me faut marchander une botte de paille pour le toit d’une chaumière, chercher des pieux dans les bois, drainer le terrain pour une plate-bande de salade, avec chance de ne rien avoir, acheter du poisson et une calebasse de blé et remplir, à l’égard de mes ouvriers, tous les offices d’une femme de ménage. »
Coillard trouve des ouvriers et on se met de suite à bâtir; les wagons laissés en arrière arrivent, on les décharge; il faut se
. A Georges Appia, Séfoula, 22 et 26 octobre 1886.
F. COILLARD
MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
IÔG
hâter, car les plans sont changés : les wagons repartent pour Séchéké (8 novembre). Goillard, auquel Léwanika fournira des canots, partira plus tard, et se rendra, lui aussi, à Séchéké pour aller chercher sa femme, car le voyage est trop difficile pour qu’elle le fasse seule ; Middleton et Waddell resteront à Séfoula pour terminer l’installation. Le roi est disposé à tout faciliter, mais il ne se presse pas.
Séfoula, 8 novembre 1886. — Léwanika est toujours aimable. Je sens naître en moi pour lui une grande affection. J’étais tout étonné du plaisir que son arrivée me causa hier. Un homme pour lequel je prie tous les jours, comment ne l’aimerais-je pas ? Il a une grande curiosité pour ce qui est nouveau. 11 fait une foule de questions sur tout. Il est candide sous ce rapport, mais jusqu’ici pas mendiant.
Les travaux vont bon train. J’ai déjà trois huttes finies et deux autres en contrat. Tout le bois de la maison et de la cuisine est là. Waddell et Middlelon travaillent avec courage.
i4 novembre . — Pas encore de bateaux pour aller à Séchéké. J’ai envoyé je ne sais combien de messages à Léwanika, mais c’est une montagne à remuer. Quelle épreuve de patience, mon Dieu! Je devrais être à Séchéké.
16 novembre . — Si Léwanika dirige les affaires de l’Etat comme il organise mon voyage, je ne m’étonne nullement qu’il y ait des révolutions au pays. Je ne sais combien de messages je lui ai envoyés et, chaque fois, sa réponse était celle-ci : « Louchanana, qui doit te conduire, viendra demain. » Et, le lendemain, c’était encore demain.
Le 16 novembre au soir, Louchanana vint annoncer que les canots étaient prêts. Le lendemain, de grand matin, Goillard, conduit en tombereau par Middleton, arrivait au gué où il devait trouver les canots.
VOYAGE DE Mrae CO ILLARD ' I 5 7
Quelle ne fut pas ma stupéfaction de découvrir qu’il n’y avait sur place qu’un seul des quatre bateaux ; un second ne devait suivre que plus tard, un troisième devait se trouver en route et le quatrième, celui du roi, « un grand, magnifique » bateau, le mien enfin, avait été laissé à un village, à 12 milles de là au moins, et il faudra le traîner sur terre, sur une assez grande distance, avant qu’on puisse le lancer à l’eau. J’ai beau me faire du mauvais sang, les gens ne comprennent pas que je sois pressé; pour eux, c’est tout bonnement de l’impatience, et me voici, moi, écolier à la tète dure, planté sur un petit îlot d’un sable éblouissant, sans même l’ombre d’un roseau, répétant, tout le jour et toute la nuit, I’a b c de la patience.
Enfin, le 18 novembre, Coillard put se mettre en route; il arriva à Séchéké le jeudi 2 décembre ; il trouva Mme Coillard, M. et Mme Jeanmairet en bonne santé. Mme Jeanmairet avait donné le jour à une petite fille, le 22 septembre.
Le i5 décembre, M. et Mme Coillard, laissant M. et Mm" Jeanmairet à l’œuvre à Séchéké, repartaient en wagon, au risque d’être surpris par l’inondation.
« Malgré les prévisions les plus sinistres1, nous avons fait un voyage heureux et rapide. Il a plu, c’est la saison, il a plu beaucoup, mais généralement pendant la nuit ou pendant les haltes, et le dimanche. La pluie ne nous a pas fait manquer une seule étape. »
L’expédition traversa facilement les rivières redoutées : le Njoko, le Motondo, le Rouyi.
5 janvier 1887. — C’est un beau voyage que le nôtre,
1. Lettre aux amis des Missions, Séfoula, i5 janvier 1887, impr. dans ./. M. E 1887, p. 3o3 et suiv. ; — Sur le Haut-Zambèze, p. 235 et suiv.
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un vrai voyage de noces d’argent. 11 y a bien des années que nous ne sommes pas seuls; aussi en jouissons-nous extrêmement. Tous les jours nous avons de nouveaux bouquets de fleurs et de fleurs nouvelles dans notre demeure ambulante. Mais ça me va au cœur d’entendre ma chérie dire quelquefois qu’elle est si fatiguée de cette vie errante. Hélas ! ça se comprend bien, car, depuis 1866, nous avons peu connu ce que c’est qu’une vie calme et sédentaire.
Peu auparavant, Coillard écrivait :
c( Nous ne sommes pas précisément faits pour la vie nomade et nous soupirons après un pied-à-terre que nous pourrions appeler notre home 1 . »
M. et Mme Coillard allaient enfin trouver ce home tant désiré :
« Le 10 janvier au matin, nous débouchions dans le riche et beau vallon où la Séfoula prend sa source. Il fallait voir la sensation que produisit notre apparition. On accourait de tous les villages, grands et petits, les femmes surtout, hors d’haleine. On prenait les devants, on nous barrait le chemin pour mieux voir « la dame blanche », un phénomène vivant qu’on n’avait jamais vu dans toute la contrée, et puis c’était un roulement de claquements de mains et une fusillade de Changoué ! Khosi ! loumèla ma roua ! « Salut, seigneur, bonjour, notre mère! » Ce fut au milieu d’une foule bruyante, qui grossissait à chaque pas, que nous arrivâmes à la station. »
Séfoula, 10 janvier 1887. — Arrivés à Séfoula à midi! Oh ! que Dieu est bon ! Que nous sommes heureux et recon-