A M. Ch. Schrœder, Séchéké, 3o avril
(( NOUS SOMMES A SEFOULA »' 169
naissants î La maison de pieux et de roseaux, que nos hommes ont construite, a deux chambres, séparées par un corridor dont on a coupé un bout pour faire une petite paneterie et une véranda qui est comme une seconde maison. Le toit en est terminé et on a commencé à la crépir, mais le temps est si humide que les murs ne sèchent pas. Et comme il faut encore deux couches, nous ne pourrons pas l’occuper de sitôt. En attendant, il faut se contenter du wagon comme chambre à coucher et d’une tente comme salle à manger. Ce sera une grande joie si nous pouvons occuper notre maison pour l’anniversaire de notre mariage.
23 janvier 1887. — Nous sommes, Christina et moi, depuis notre arrivée ici, sous l’empire d’une indicible fatigue. Nous n’avons jamais, à ma souvenance, éprouvé rien de pareil. Nous pourrions dormir douze heures. Nous soupirons après un coin où nous puissions étendre nos membres fatigués et être chez nous. Impossible! car, depuis notre arrivée, nous sommes assiégés par des foules de visiteurs, tous plus bruyants les uns que les autres. De 7 heures du matin jusqu’au coucher du soleil, nous ne sommes jamais seuls. Le wagon, qui est une étuve, n’est pas une retraite, la chaleur le rend intenable. Et pourtant nous aurions tort de nous plaindre ! Les bontés de Dieu sont infinies. En nous couchant, nous n’avons plus le cauchemar d’un départ nocturne, d’un sommeil interrompu à chaque heure par le sentiment de la responsabilité. Chaque matin, en nous réveillant, nous nous disons : Et nous sommes à Séfouia ! S’il pleut, nous nous mettons à l’abri, et nous répétons avec reconnaissance : «Nous sommes à Séfouia!»