‹ François CoillardChapitre 73 sur 282 · PLAINE VUE DU PIED DE LA COLLINE · texte numérisé non relu

PLAINE VUE DU PIED DE LA COLLINE

INSTALLATION A SEFOULÂ

de la peine à y croire. Nous sommes pénétrés de reconnaissance. Nous n’avons qu’une petite partie de nos bagages et de notre mobilier, et le peu que nous avons est dépareillé; mais Ghristina, avec ses doigts de fée, a mis partout l’empreinte de son bon goût. C’est comme si nous nous mettions pour la première fois en ménage. Nous nous disons quelquefois que nous sommes de grands enfants. Eh oui ! Pourquoi ne pas jouir, comme des enfants, des biens que Dieu nous donne, mais sans en faire la source de notre bonheur? « Possédant, comme ne possédant point. » Avoir meme une petite chaumière dans ce désert, après quatre mois, c’est merveilleux.

11 n’y a pas dans ce monde de roses sans épines, il y a quelques jours que nous les avons vivement senties ces épines.

En effet, Middleton voulait s’en aller; puis, sur les instances de M. et Mme Coillard, il y renonça.

Mais ce raccommodage-là me donne beaucoup à penser. Nous sentons combien ténus sont les liens qui attachent cet ami à nous et à notre œuvre.

Nous avons passablement éclairci notre taillis, et, maintenant, nous pouvons entrevoir la Vallée à plusieurs endroits. Cela change tout à fait l’aspect de notre station. Nous commençons à la trouver jolie.

Lundi 28 février 1887. ~ Nos dimanches deviennent intéressants. Nos plus proches voisins commencent à compter les jours et à connaître le jour du Seigneur. Nous avons eu i5o auditeurs, puis 100, puis 80 ou 90, tous gens qui se sont souvenus du culte et du « jour où l’on meurt ». Je crois que la grande attraction c’est le petit harmonium dont Christina joue. 11 faut voir comme on l’examine : le

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jeu des pieds et des mains, les soufflets et le clavier, rien n’échappe. Mais qu’il est difficile de captiver l’attention de ce monde remuant, en plein air, .au milieu des poules qui caquètent, des chiens qui aboient ou se battent, et de mille et une autres distractions ! On cause, on prise, on va et vient, on rit. Il faut, tout doucement, mettre ordre à cela. Cependant nos pauvres gens paraissent quelquefois comprendre et écouter avec intérêt la prédication.

Hier, je parlais sur le déluge et sur n Pierre ni. Je sentais bien que je tenais mon auditoire; tous les yeux étaient braqués sur moi, personne ne bougeait. Après avoir paraphrasé le récit de saint Pierre et représenté le monde en conflagration, je m’écriai : « Et où fuirez-vous alors? Où fuirezvous? Où? » — « Vers toi, » s’écria un individu. — « Et pourquoi serions-nous brûlés? fit un autre, quel crime avons-nous commis ?» — cc Ah ! mes amis, votre conscience, si vous l’écoutez bien, vous dira que vous avez offensé Dieu. Non, ce n’est pas vers moi qu’il vous faut fuir, car moi aussi je fuis comme vous. Venez avec moi, et je vous dirai où, et vers qui nous pouvons fuir ensemble. » L’attention était intense et, après le service, à l’ombre, les gens se répétaient mutuellement le récit.

Oh! qu’il me tarde de voir quelque âme s’ouvrir à l’influence de la grâce. Ngouana-Ngombé me donne quelquefois de l’espoir, mais il ne fait pas le pas décisif. Un matin, Christina l’a surpris priant dans le bois.

7 mars 1887. — La saison des pluies est en retard cette année, mais elle s’en venge. Il pleut tous les jours. Quelle reconnaissance remplit nos cœurs de ce que nous avons un toit sur la tête. Nous trouvons notre maison tous les jours plus jolie et plus confortable, malgré sa petitesse et l’impossibilité où nous sommes de trouver une place pour chaque chose. Que de fois en plaçant un petit vase, ou un

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