‹ François CoillardChapitre 74 sur 282 · TRAVAUX MATÉRIELS · texte numérisé non relu

TRAVAUX MATÉRIELS

texte ou un portrait, Christina me dit : « Regarde ; n’est-ce pas que c’est bien? » L’ombre au tableau, ce sont les termites qui sont d’une activité irrésistible.

Les travaux matériels avancent, grâce àWaddell, Middleton et Kambourou; Coillard a engagé plusieurs ouvriers noirs, des bûcherons qui vont couper le bois à la forêt; il faut construire une maison d’école, un dépôt, une chambre d’étude, des chambres pour Waddell et Middleton, une cuisine, une laiterie, un atelier.

Tout cela, avec les écuries, c’est du travail pour toute l’année, avant que nous commencions notre vraie maison.

/ / mars 1887. — Ce manque de nouvelles de Séchéké nous remplissait d’une inquiétude toujours croissante. Nous en faisions un sujet de prières et, ce matin même, nous demandions au Seigneur de nous envoyer les nouvelles si ardemment désirées. L’après-midi arrivaient des gens de Séchéké. Ils apportaient des lettres. Les nouvelles de nos bien-aimés sont bonnes.

18 mars. — Depuis plusieurs jours, Christina ne va pas du tout bien. Même lorsqu’elle paraît mieux, elle est sans force. Son état m’inquiète vivement. Elle fait de grands efforts pour se mettre au travail : cc Si je te quitte, dit-elle souvent, je voudrais laisser tout en ordre. » Qui de nous partira le premier? Voilà ce que nous nous demandons, chaque jour et avec un calme qui l’a, elle-même, étonnée. Ça nous est naturel et habituel.

Léwanika arriva un soir (20 mars) pour faire une visite aux Coillard. Immédiatement, on dresse pour lui une tente.

La cloche appelant au dîner, je lui dis de mettre son habit noir pour venir à table. « Je n’en ai pas », répondit-il brus-

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quement; puis il s’affubla d’une guenille, pour couvrir une chemise d’une saleté remarquable. Il était de très mauvaise humeur. Il écoutait avec une singulière indifférence. Cette soirée m’a laissé une douloureuse impression qui m’a poursuivi et m’a donné cauchemar et insomnie tour à tour.

Le lendemain matin, Léwanika partait et laissait Coillard « excessivement triste et préoccupé ».

Dimanche 27 mars 1887. — Christina est très malade. Elle est d’une faiblesse que je ne lui ai jamais connue; elle ne peut que se traîner du lit au canapé et y rester assoupie sans faire le moindre mouvement. Combien de temps sa vie sera-t-elle épargnée? Elle vit au ciel, et il me semble parfois que je suis comme les fils de prophètes qui accompagnaient Elie. J’éprouve de violents combats. La vie semble peu de chose avec la perspective qui s’ouvre devant moi. Je vis pour le Seigneur, mais peut-être ai-je trop vécu pour elle. Elle a été mon ange gardien, le parfum de toutes jouissances et le rayon de soleil aux temps sombres. J’ai le cœur gros et c’est avec larmes que je répands mon cœur devant Dieu. Ne m’entendra-t-il pas?

J’ai passé l’après-midi avec ma pauvre malade qui payait cher l’effort qu’elle avait fait le matin pour venir jouer de l’harmonium, ce C’est le jour du Seigneur, me disait-elle, si je ne peux rien faire de plus, je jouerai. »

4 avril \ — Grande date pour la mission de Séfoula : ouverture de l’école avec dix élèves inscrits ! La chose s’est faite dans les règles. Au coup de la cloche, Litia1 2, ses amis

1 . Par erreur, dans une lettre impr. dans J. Ai. Iï., 1888, p. 66, Sur le Haut- Zambèze, p. 249, Coillard donne le 4 mars pour la fondation de l’école.

2. Litia, fils de Léwanika, prince héritier, était venu, sur le désir de sou père, s’établir à Séfoula, le 3i mars, pour être près du missionnaire.

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