ISOLEMENT
là. Ne vous étonnez pas si nous nous rouillons. Mais je m’en veux de barbouiller ma lettre de tant de noir.
« Voilà donc un an que nous sommes ici, nous les manœuvres, car ma femme est venue plus tard comme vous le savez. Cette année a été une année de grande activité. Notre chaumière de deux chambres, notre atelier et deux autres petits bâtiments sont des merveilles d’industrie que l’on visite et admire, comme nous Versailles. Rien n’étonne ces pauvres gens Comme nos humbles fenêtres. On a beau faire un peu la police, ce sont des attroupements continuels devant les vitres qu’ils ne comprennent pas. Des miroirs, voilà une merveille, mais 'des vitres qui sont des miroirs percés qui permettent de se voir et de voir à travers, voilà qui les dépasse. y>
(( La période que nous traversons maintenant n'a rien d’intéressant x. La meilleure partie de notre temps est prise par les bâtisses. Combien de temps dureront-elles ? Je me sens parfois très fatigué du métier de maçon. J’en ai eu ma grosse part depuis trente ans que je suis en Afrique. y>
« Les occupations matérielles 1 2 et les soucis sont une lourde croix que nous traînons souvent de mauvaise grâce. Le missionnaire que, malheureusement, sa position met en évidence, ne vit pas sur le piédestal où votre affection le place; ce ne sont que les statues qui y restent. Sa vie à lui n’est pas non plus la vie contemplative du moine, ni celle d’un amateur d’aventures héroïques et à grand éclat. Elle est d’un terre à terre qui vous étonnerait. C’est un tissu d’humbles devoirs et de petits détails qui émiettent son