‹ François CoillardChapitre 90 sur 282 · Lettre à M. E. Iacheiet, Séfoula, 24 août · texte numérisé non relu

Lettre à M. E. Iacheiet, Séfoula, 24 août

DÉPART DE LÉV1 ET d’aAROX

Le départ de ces deux évangélistes fut un coup très dur pour Coillard.

« Nous sommes-nous donc trompés 1 ? Nos théories, si belles et si séduisantes, n’étaient-elles qu’un rêve que nous voyons s’évanouir aujourd’hui? Non. L’esprit de Dieu souffleparmi les églises du Lessouto, et, nous le savons, là comme en France et partout, l’esprit de vie c’est l’esprit apostolique. Le jour viendra, il n’est peut-être pas loin, où les Bassoutos chrétiens sentiront qu’ils ont envers ces peuplades du Zambèze, qui parlent leur langue après avoir subi leur joug, une dette que personne ne peut payer pour eux. En attendant qui fera l’œuvre?

<c Nous avons l’occasion, unique peut-être, de prendre possession du pays. Tous les chefs, à peu d’exceptions près, paraissent bien disposés, le roi manifeste un grand désir de s’instruire et de faire instruire les tribus qu’il gouverne ou, pour parler plus juste, la tribu des Barotsis ellemême. Jusqu’à quand ces bonnes dispositions durerontelles ? J’ai, devant moi, une liste de vingt postes d’évangélisation que nous devrions occuper au plus tôt. »

Enfin, avec Aaron, M. Gov partait pour une absence prolongée au Lessouto, où il allait épouser M le Mathilde Keck.

(( Nous voici donc seuls. Il y a toujours quelque chose de douloureux et d’émouvant dans la séparation2, dans cette dernière prière que l’on fait en commun pour se recommander mutuellement à la grâce de Dieu. Nous avons fait avec calme les préparatifs du voyage d’Aaron. Nous lui

1. Lettre à Alfred Boeçjner, Séfoula, 5 août 1888, impr. dans 1889,

p. 62 et suiv.; — Sur le Haut-Zambèze , p. 274 et suiv.

2. Lettre au même, Séfoula, i4 décembre 1888, impr. dans J. M. E., 1889, p. 370 et suiv.; — Sur le Haut-Zambèze , p. 297.

F. COILLARD — MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

avons conduit les enfants de son école pour lui chanter un cantique d’adieu et recevoir la bénédiction du maître qui les quittait. Pauvre Aaron ! il ne fit pas de longs discours : cc Mes enfants... je vous laisse avec mon père et ma mère; ils ne sont plus jeunes, rendez-leur la tâche facile. » Il avait le cœur trop gros pour bénir cette école qu’il aimait tant. Nous avons eu aussi notre communion d’adieu. Et cependant, jusqu’au dernier moment, je caressais le vague espoir de voir survenir quelque chose d’extraordinaire pour retenir nos aides. Illusion ! Le fil d’araignée s’est brisé, rien d’extraordinaire n’est survenu, le samedi ier décembre, nous nous étions définitivement dit adieu et donné rendezvous au ciel. Nos amis avaient déjà fait leur première étape et notre effrayante solitude était une réalité. C’est là, pour le moment, la plus dure de nos épreuves, la plus difficile à accepter avec soumission. »

Heureusement l’infatigable Waddell restait encore à Séfoula, il travaillait avec zèle aux bâtisses, au temple en particulier.

L’école, qui se tenait encore en plein air, était un grand sujet d’encouragement : elle devenait de plus en plus intéressante.

2^ décembre 1888. — Je me sens heureux dans mon âme. Oh î si seulement nous voyions des conversions ! Litia est singulièrement attiré à nous. Il ne me quitte guère. Il travaille au jardin avec moi, il est toujours prêt à rendre service. Je crois que, comme son père, il n’est pas loin du royaume de Dieu.

Tout à coup, la maladie fond sur les habitants de Séfoula. Coillard est amené par la fièvre aux portes du tombeau.

23 janvier 18 8g. — Appuyé sur un bâton, affublé de ma

Page 1