MALADIE
Nous avons cependant fait l’école toute la semaine, d’abord une heure, puis deux, puis deux et demie et en sortant nous nous jetions épuisés sur notre lit. J’avais si peur que nos enfants ne se décourageassent et ne se dispersassent. Le désœuvrement engendre toujours un mauvais esprit. Nous avons été bien récompensés. Toute la semaine, malgré nos absences, nous avons eu de soixante-dix à soixantequatorze élèves.
2^ février 188g. — Christina est d’une faiblesse excessive. Elle ne peut presque pas marcher et à peine se tenir debout. Elle se traîne jusqu’à l’école, mais, les derniers jours, elle n’a pas pu enseigner. Sa tête lui fait constamment mal.
La construction de notre tabernacle avance. Tous les roseaux sont mis, il s’agit maintenant de plâtrer tout cela ; c’est un grand travail.
27 février. — Hier, c’était le vingt-huitième anniversaire de notre mariage. Ces anniversaires font revivre le passé avec toutes ses bénédictions, ses épreuves, ses joies. Quelle vie nous avons eue: du village deMolapo à Magoana-Machouana1, de là à Natal, de Natal à Motilo, de Motito à Léribé, de Léribé chez les Banyaïs, au Matabéléland et au Zambèze, stage à Léchoma, à Séchéké, enfin sous la tente à Séfoula ! L’autre jour nous parlions de nos aventures, de notre vie de bohémiens sous la tente, en wagon, par la pluie. Toutefois Dieu est bon. Nous pouvons chanter sa fidélité.
g mars 188g. — « Rejette ton fardeau sur l’Ëternel... » <t Ne vous inquiétez de rien. » J’essaie de tenir la tète hors de l’eau, mais les vagues sont trop fortes, elles m’aveuglent de leur écume en se brisant contre moi et j’ai, par moments,
1. Second emplacement de la station de Léribé, voy. Éd. Favre, François Coillard missionnaire au Lessouto, p. 37.
200 F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
un sentiment horrible de complet isolement et de défaillance. Je suis écrasé de soucis et le diable me dit et me répète que Dieu ne veut pas du tout s’en charger. Et pourtant, je le sais, il n’est pas homme pour mentir, ni fils de l’homme pour se repentir. Mais alors pourquoi permet-il ces terribles pertes de bétail, cette accumulation de bagages et l’impossibilité d’en effectuer le transport ? Je suis dans l’angoisse ; mes prières sont des cris et des larmes. Je m’humilie d’avoir fait tant de commandes. A ces commandes s’ajoutent des envois de Paris, du Havre, de Glasgow, de Londres, les bagages de Léribé, les bagages restés à Mangouato il y a deux ans. Ghristina est découragée et moi je lutte en désespéré. N’est-il pas dit que celui qui met sa confiance en l’Éternel ne sera jamais confus ? Mon Dieu aie pitié de moi.
2 4 mars i88g. — Acheté six bœufs en un jour! voilà un exaucement à mes prières.
Les soucis matériels et de santé ne sont pas les seuls : la reine de Nalolo étant malade, les sorciers en profitent pour l’indisposer contre les missionnaires, elle retire tous ses enfants de l’école. Un parti entoure Léwanika et la reine qui désapprouve que leurs enfants soient confiés à Coillard pour leur éducation et qui demande l’expulsion des missionnaires.
Aussi l’école, qui marchait bien, se vide et Coillard donne trois semaines de congé à ceux qui restent, pour aller, lui-même, à Nalolo et à Léalouyi, s’expliquer franchement avec les souverains.
Léwanika, en dépit de son entourage, tient, un peu faiblement, le parti de Coillard. Un jour il dit à celui-ci :
« Je suis tout triste, car, depuis le départ d’Aaron, nous te voyons plus rarement. Mes femmes et mes serviteurs, qui apprenaient à lire et à chanter, se sont lassés. Maintenant ils se moquent de moi ; les Barotsis disent que je deviens