VISITE AUX DEUX CAPITALES
fou depuis que j’ai commencé à apprendre à lire. Je suis tout seul, personne ne me seconde, le courage commence à me manquer. » — « Quand tu auras vraiment trouvé le Sauveur, lui répondis-je, tu ne seras pas seul et si Jésus est avec toi, tu verras comme tu seras fort. » — cc Vraiment? »
Litia, qui était à Séfoula, à l’école du missionnaire, avait accompagné Coillard chez son père ; Coillard eut avec lui un entretien des plus sérieux.
Je le pressai de ne pas se contenter de quitter l’Egypte sans être du peuple de Dieu. Je priai avec lui. Je crois vraiment que l’œuvre de la grâce se fait dans son cœur.
Sèfoula, ig mai . — L’œuvre de Dieu est une œuvre de foi et qui dit foi dit : difficultés, combats, ténèbres, désappointements, tristesses, mais victoire. Nous en sommes encore au premier stage, où tout est difficile et triste ; c’est un miracle que nous n’ayons jamais cédé au découragement.
L’échappée aux deux capitales n’avait pas été inutile et, peu à peu, l’école se remonta; en revanche les auditoires du dimanche n’étaient réunis qu’à grand’peine. Cependant la crise semblait conjurée.
Mais les soucis matériels renaissent : Coillard avait envoyé, les premiers jours d’avril, dix-huit bœufs à Séchéké, avec Kambourou et un autre noir, pour chercher des bagages; le 7 mai, il apprit qu’ils avaient été attaqués par des lions qui en avaient tué deux.
20 mai. — Pendant que nous étions à l’école, Kambourou est arrivé de Séchéké avec l’atterrante nouvelle que les trente-huit bœufs que j’y avais envoyés l’an passé, ceux du roi et les miens, sont morts. Et des dix-huit qu’ils ont pris avec eux à Séchéké, quatorze seulement sont arrivés et de ceux-là deux étaient malades. Donc point de wagons,
F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE
point de bagages, point de provisions! Tout cela, après tout, est de peu de chose en soi. C’est l’avenir même de la mission qui nous donne de l’anxiété. 11 est impossible de courir longtemps le risque de pareilles pertes. Ce nouveau coup de foudre nous a écrasés. Est-ce là la réponse à nos prières? Ah! pauvres gens que nous sommes! Nous étions tout prêts à faire le sacrifice de nos vies, mais, je l’avoue, nous ne l’étions pas à subir de si grandes pertes de bétail qui représentent les sacrifices de tant d’enfants de Dieu, les francs des riches et les sous des pauvres.
O mon Dieu! et pourtant... Non, tu ne peux ni nous abandonner, ni nous oublier, ce n’est pas possible. La délivrance viendra encore, et je l’attends.
22 mai. — Je suis calme et confiant. Dieu veillera sur son œuvre et ses intérêts. Nous portons l’arche ; comme nous sommes prêts à étendre les mains de la prudence humaine pour l’empêcher de tomber !
De nouveau, l’opposition païenne relevait la tête, et les enfants de Nalolo quittaient l’école de Séfoula; Litia, qui avait demandé à être reçu par Coillard dans sa maison, vexé du refus du missionnaire, allait fonder un village à quelque distance; le village de la station était presque désert; d’autres petits chefs s’apprêtaient à s’éloigner, on faisait le vide autour de Séfoula.
g juin i88g. — Nous allons donc rester tout seuls. Christina me disait que cette solitude l’épouvantait. Et je fais mes préparatifs pour la quitter pour plus de deux mois ! La perspective n’est pas réjouissante, surtout quand on a l’épée de Damoclès toujours suspendue sur la tête. Car Léwanika est faible et, s’il cède, notre expulsion est certaine. Mais nous avons foi en Dieu et foi dans notre mission. Les événements de l’Ouganda, l’expulsion de tous les mission-