INCENDIE
Séfoula et prit le nom d’André : « Cérémonie simple et calme. » A cette grande joie devait succéder une grande délivrance :
Mercredi 2 juillet i8go. — Nous étions profondément endormis, quand nous fumes réveillés par un léger bruit. C’était un de nos garçons qui frappait au mur de notre chambre à coucher, car nous n’avons pas encore de porte, et qui, de sa petite voix doucereuse, disait : « Mon père, le toit de la cuisine a pris feu ! » Il fallut qu’il me le répétât deux fois avant que je comprisse. Christina comprit vite ; car, chez elle, la crainte d’un incendie est une idée fixe. En un clin d’œil, j’étais sur les lieux. André était déjà sur le toit de la cuisine avec un seau d’eau, essayant de maîtriser les flammes qui enveloppaient la cheminée; un épais nuage de fumée s’était abattu sur la maison.
Tous nos enfants, garçons et filles, furent vite sur pied et chacun rivalisa d’activité, courant à la rivière, cherchant par toute la maison où l’on pouvait trouver une goutte d’eau, passant les seaux à André qui luttait bravement sur le toit, malgré la chaleur qu’il disait insupportable. Quelques-uns des enfants de l’école, attirés par la curiosité, s’attroupèrent près de mon cabinet d’étude et quand je les envoyai à l’eau, tous se sauvèrent chez eux pour se mettre au chaud. Tous les autres gens du village, les hommes et les grands jeunes gens, étaient et restèrent au lit « vaincus par le sommeil », d’autres attroupés et affublés de leurs couvertures ricanaient, jouissaient de cet étrange spectacle et quand je les envoyai à l’eau, rentrèrent chez eux.
Suivant mes directions, André, secondé par Litia, se mit à défaire le toit enfumé. J’allai à l’intérieur pour voir si je 11e pouvais pas jeter de l’eau avec une pompe à main. A ce moment, André faisait une trouée et soudain, une flamme jaillit au milieu du toit jusqu’au faîte. Je perdis alors tout
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espoir. Impossible d’éteindre un toit de chaume en feu. Voilà deux mois que nous n’avons pas de pluie et le toit est constamment chauffé par la cuisine. « Allons, dis-je à M. Adolphe Jalla, c’est fini; sortons ce que nous pouvons; toute la maison, et tous les bâtiments vont y passer. » J’allai avertir Christina qui venait de retourner à sa chambre à coucher. Ma première pensée fut pour l’harmonium, car nous vivrons encore pour chanter et louer; les livres et le reste me touchaient peu. Je me demandais comment sauver nos lits, car nos vieux os ont besoin de repos. Christina se mit immédiatement à l’œuvre.
Je retournai au siège du sinistre et quelle ne fut pas ma surprise de voir que nos garçons, une fois encore, s’étaient rendus maîtres des Hammes, en découvrant le toit et en répandant autant d’eau qu’ils pouvaient. Le sang-froid et le courage d’André ont été les moyens dont Dieu s’est servi pour nous sauver. Pour moi, c’est un miracle de la bonté de Dieu que ce toit de chaume ait pu être éteint avec si peu de monde et si peu d’eau.
L’incendie avait commencé un peu avant minuit, à 3 heures et demie tout était fini et nous nous jetions à genoux pour rendre grâces à Dieu. La veille au soir, avant de nous séparer, nous avions lu le psaume iv et nous nous étions endormis sur ces belles paroles : « Je me coucherai et je dormirai en paix, car c’est Toi qui me fais habiter en sûreté, d J’ouvris maintenant ma Bible au psaume xc. Une fois encore, et plus que jamais, ces promesses nous parurent magnifiques et furent douces à nos cœurs.
OULA DEPENSf|, MAISON D’HABITATION AU FOND, LE CABINET D’ETUDE