‹ François CoillardChapitre 98 sur 282 · L’ANNÉE TERRIBLE · texte numérisé non relu

L’ANNÉE TERRIBLE

Nouvelle séparation. — A Séchéké. — A Kazoungoula. — Mlle Kiener. — Les bagagos. — La scierie. — Middleton. — Orages à la capitale. — Mort d’un cheval. — Défaillance. — Insécurité. — Dispersion de l’école. — L’église ébranlée. — Le champ de blé en feu. — Un serpent. — Le léopard. — Maladie de Mme Coillard. — Visite à Léalouyi. — Conversion de Litia. — Mokamba. — Derniers jours de M®*e Coillard. — Funérailles. — Seul ! — Entretien avec Léwanika. — Que veut-Il que je fasse?

« On ne s’habitue pas dans ce pays à ces longues absences, écrivait Coillard h L’an passé, je m’étais bien promis qu’une fois rentré chez moi, il faudrait, pour m’en arracher de nouveau, des raisons majeures et des circonstances plus qu’ordinaires. Me voilà pourtant en route, et mon absence de Séfoula va durer encore deux à trois mois. C’est que la mission se trouve dans une impasse, et, pour ma part, j’ai rarement eu autant de questions à résoudre. »

Goillard avait, en effet, reçu de très mauvaises nouvelles de la santé de M. Jeanmairet, et la situation était compliquée par les difficultés insurmontables que rencontrait le roulage entre Séchéké et Séfoula. Le jeudi 10 juillet, un an jour pour jour après

1. Au Comité, Sénanga, 1 3 juillet 1890, impr. dans ,/. /)/. E.y 1890, p. 421 et suiv. ; — Sur le Haut-Zambèze , p. 354 et suiv.

F. COILLARD MISSIONNAIRE AU ZAMBEZE

son dernier départ pour Séchéké, il repartait, par le fleuve, avec Litia et André; M. Adolphe Jalla prit la direction de la station.

12 juillet i8go. — En pensant à la maison, j’ai un grand fond de tristesse. La santé de Ghristina y est pour quelque chose. J’ai reçu un choc la semaine dernière quand je l’ai vue si mal. Et puis je suis préoccupé de nos fillettes. Je sens que nous ne sommes pas assez paternels avec elles. Cela me rend malheureux. Je voudrais pouvoir réparer le passé.

Le 22 juillet, Coillard arrivait à Séchéké qu’il trouvait désert, M. et Mme Jeanmairet en étaient déjà partis pour le Cap. Coillard prit en hâte le chemin de Kazoungoula, espérant les rejoindre chez M. et Mme Louis Jalla ; ils avaient quitté cette station depuis huit jours, lorsqu’il y arriva :

« Reviendront-ils1? Quand? Dieu le sait. En attendant nous passons par une terrible tourmente. Une compensation à mon amer désappointement c’est l’arrivée de Mlle Kiener2. »

« J’ai été frappé des voies admirables par lesquelles, sans que nous nous en doutions, Dieu a conduit Mlle Kiener au Zambèze. Elle vient, je n’en ai aucun doute, en réponse à bien des prières. Elle est l’expression vivante de votre sollicitude pour nous, comme de l’affection de ces enfants de Dieu que nous appelons nos amis. Elle sera donc certaine-

1. Lettre à Alfred Boegner, ier août 1890, impr. dans 1890, p.

et suiv. ; — Sur le Haut-Zambèze , p. 358 et suiv. — M. et Mme Jeanmairet n'ont pas pu revenir au Zambèze et sont, depuis 1891, missionnaires au Lessouto.

2. Mlle Elise Kiener, d'origine neuchàteloise, travaille encore au Zambèze comme institutrice.

A SÉCHÉKÉ

- ment pour nous une aide précieuse, une force dans la mission et une bénédiction. »

M1Ie Kiener était arrivée, le 12 juillet, à Kazoungoula, avec M. et Mme Goy qui, le 21 juillet, repartaient pour aller occuper la station de Séchéké.

Le dimanche 27 juillet, Coillard baptisait Anita, une fille des Louis Jalla, qui mourait le lendemain.

« 11 est impossible de compter tous nos petits tombeaux, sans se dire que le climat du Zambèze est cruel. »

Goillard retourne à Séchéké pour organiser les transports :

Séchéké , iS août i8go. — Dix-neuf canots, bien chargés, sont partis hier matin pour Séoma. Ils emportent ma scierie et des bagages. O mon Dieu, veille sur ces canots et sur ces précieuses charges. Escorte-les de tes anges pour les porter à travers les rapides! Quand je pense qu’un seul canot chavirant peut rendre ma scierie complètement inutile, quand je pense à ces rapides, mon cœur se fond en moi. Je crie à Dieu nuit et jour, ma confiance est toute en lui, en lui seul. Pourquoi alors ces soucis qui vont me ronger encore pendant deux semaines? Quelles contradictions entre ma foi et ces craintes !

Dimanche dernier, j’ai prêché à un bon auditoire sur le figuier stérile (Luc xvm) et j’ai tenu aux gens de Séchéké un langage sévère, leur parlant de tout ce qui s’est fait ici depuis douze ans, sans que nous voyions le moindre fruit. C’était solennel et jamais, remarquait M. Goy, on n’avait si bien écouté ; même Rataou, qui dort toujours, avait les yeux braqués sur moi. Quel effet cela produira-t-il?

A la fin d’août, MIle Kiener partait pour Séfoula en wagon avec

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Waddell qui était descendu pour aider au transport des bagages par voie de terre. Le 2 septembre, Coillard quittait à son tour Séchéké pour regagner en canot Séfoula, en compagnie d’un Anglais, M. Buckenham, méthodiste primitif, qui voulait fonder une mission chez les Machoukouloumboués. Le 5 septembre, il passait des rapides où plusieurs des canots qui le précédaient avaient chaviré.

C’est là qu’une pièce de la scierie et une caisse ont été perdues. Nous campâmes non loin, en amont, et j’essayai d’amener mon monde à l’endroit de l’accident. Je partis donc avec deux ou trois hommes, et Litia, avec deux autres, ne put faire autrement que de m’accompagner, cc C’est là, me dirent-ils, que les bateaux ont chaviré. » C’était peu fait pour me donner de l’espoir, car le courant était d’une rapidité extrême, l’eau bouillonnait à faire frémir. Mais j’avais prié et je me souvenais de la hache du fils du prophète. Nous cherchions depuis une heure environ, quand je vois deux hommes plonger en même temps, en poussant un cri de joie. Il avaient vu la pièce de fer et c’était à qui la toucherait le premier pour avoir droit à la récompense promise. Oh ! avec quels accents de reconnaissance j’élevai mon cœur à Dieu.

Samedi 6 septembre 18 go, — Malgré la récompense donnée et la promesse d’une semblable pour la caisse, mon monde n’était pas enthousiaste. La plupart chargèrent leurs bateaux et prirent les devants. Quatre canots se décidèrent pourtant à rester. Nous cherchâmes pendant une heure et le découragement commençait à gagner^mes gens. Moi, j’avais passé presque toute la nuit à prier pour cette caisse. Je me disais que si Dieu m’avait envoyé cette machine, ce n’était ni pour les crocodiles ni pour les hippopotames. Je m’attendais bien à la retrouver. Je donnai une autre direction au canot, car la caisse, en tombant, pouvait avoir roulé.

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