‹ François CoppéeChapitre 6 sur 12 · ERCOLE BALBO · texte numérisé non relu

ERCOLE BALBO

Ainsi voilà vingt ans que le fait s'est passé?

KENZO RICCARDI

Vingt ans. Au point du jour Téchafaucl fut dressé,

Et Spinola — Florence, alors, venait de mettre

Sur Pise ce féroce et redoutable maître, —

Spinola, — qu'à jamais le reprenne l'enfer! —

Monté sur son cheval, et tout bardé de fer.

Était présent, gardé par les porteurs de lance.

11 se fit un profond et lugubre silence,

Lorsque les trois Pisans, col nu, les poings liés,

Apparurent en haut des affreux escaliers.

Près de l'exécuteur, appuyé sur sa hache.

L'un des trois, — j'étais là, bambino qui se cache

Dans la foule, — l'un d'eux, jeune homme de vingt ans,

Avait mis, par bravade, une fleur dans ses dents.

Il la jeta, lorsque le bourreau lui fit signe.

S'inclina du côté du peuple d'un air digne,

Tomba sur les genoux; et, cruelle douleurl

Sa jeune tête alla rouler près de la fleur.

Le deuxième, un hercule à la face rougeaude,

Mit son front dans le sang à la place encor chaude...

Oh! le long hurlement qu'il fit quand le bourreau

Ébrécha son outil sur ce cou de taureau 1

Il s*y prit à trois fois pour tuer cet athlète,

Et Ton vit, quand au peuple il présenta sa tête,

Que rhomme rouge avait affreusement pâli...

c'était le tour de Gian-Battista Torelli,

Du meilleur, du plus pur des citoyens de Pise.

Un murmure, pareil au souffle de la bise,

Sur le peuple assemblé longuement circula ;

Mais soudain, l'odieux Barnabo Spinola,

Comme si pour l'instant sa cruauté fût lasse.

Leva la main et dit : — « C'est assez... je fais grâce. »

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