‹ François de Bienville [microforme]Chapitre 27 sur 51 · CHAPITRE X NUIT TERRIBLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X NUIT TERRIBLE

Un peu avant l'heure où Bras-de-Fer faisait son apparition sur la plate-forme défendue par la batterie de Sainte-Hélène, Harthing, qui était attaché à l'expédition de terre, se présentait devant le major Whalley, son commandant. |

Ce dernier avait établi son camp à peu près à un mille en deçà de l’endroiït où ses troupes étaient débarquées, et à un demi-iuille au nord de la rivière Saint-Charles. Afin de pouvoir surveiller les mouvements de la flotte et d’assurer au besoin sa retraite, le major avait fait placer, durant la nuit, un

de

ler gn d'o

des da- l si ve

être de-I Or tolér

sous trodr endr( par s:

Aus

Fer faie défen- 16, Harition de Vhalley,

D à peu t où ses mi-snille Afin de s de la raite, le nuit, un

berne PRES FRANÇOIS DE BIEN VILLE 257 es

sms

— Non, monsieur, répondit l’autre. Mais si vous voulez me donner congé ce soir, peut-

être réussirai-je mieux aujourd’hui que Dentde-Loup hier.

tolérer la présence du sauvage sur la flotte, Sous prétexte que ce fidèle allié offrait à s’in-

découvrir un Par surprise,

Aussi lui avait-il d’abord été facile de ren-

og EE,

dre plausibles aux yeux de ses chefs, la première reconnaissance de Dent-de-Loup et l'expédition de la veille, où celui-ci avait donné à Boiïisdon la lettre remise par ce dernier à Louis d’Orsy.

Mais, comme on le peut bien croire, ces démarches n'ayant pas beaucoup profité à l’utilité générale des assiégeants, vu que Harting ne donnait sur ces deux tentatives que d’évasives réponses, les chefs de l’expédition retirèrent aussitôt leur confiance à ces vaines sorties nocturnes. Aussi Whalley répondit-il froidement à son lieutenant:

—D'’après le résultat de vos premières tentatives, il est difficile, monsieur, d’augurer mieux d’une nouvelle. Cependant je veux bien vous laisser libre de faire un dernier effort ; mais si la réussite ne vient pas cette fois à votre aide, il me faudra vous empêcher d'exposer inutilement votre vie.

—Aussi est-ce bien mon intention, monsieur, de vous demander congé seulement pour ce soir. Maïs, vous plairait-il de me donner le mot de passe, afin de ne pas être retardé par nos sentinelles ?

—Le mot d'ordre est : ‘ Prenez garde,” dit Whalley qui regarda froidement Harthing.

ns

la presoup et 1 avait ce der-

, ces dé- 3 à l’uti- Harting e d'éva- [on reti-

vaines ondit-il

res tenaugurer Je veux dernier as cette npêcher

1, MON- 1lement de me Jas être

de,” dit hing.

Celui-ci ne put su quisiteur, et après il sortit.

À peine eut-i] franchi le seuil et refermé Ja porte de l'habitation. qu'un homme surgit devant lui : C'était Dent-de- Loup,

Le lieutenant s'attendait à cette apparition, car il dit au Sauvage :

—C’est bien ! Suis-moi.

L'autre, qui portait un petit baril

SOUS son bras gauche, emboîta le pas derrière Harthing.

Pborter ce coup d'œil in-

avoir salué profondément,

Ils Mmarchèrent ainsi

d'heure, sans rien dire autre chose qu'une

tourte réponse au dui-vive des sentinelles.

Lorsqu'ils eurent laissé derrière eux le der. hier factionnaire, placé en enfant perdu à duelque distance du camp, Dent-de-Loun prit le premier la parole,

—Mon frère pâle ne se SOuvient plus, dit-il à Harthing, que nous avons fumé tous deux le calumet du conseil dans son Ouigouam du sand village des blancs, *

—Et Pourquoi ne -je pas ?

A À * Boston.

pendant un quart

m'en SOuviendrais

— Parce qu’il semble au chef qu'il est plutôt l’esclave que l’allié de son frère au visage pâle.

Harthing se mordit les lèvres. Bien que ce fût la première fois que Dent-de Loup se plaignît du rôle passif que son allié lui avait fait jouer jusqu'alors, il importait beaucoup aux projets du lieutenant que le chef ne se révoltât point au moment où l’Anglais croyait prévoir le succès de ses intrigues. Aussi, maîtrisant l'inquiétude que la brusque sortie de l’Agnier suscitait en lui, répliqua-t-il d’une voix calme:

—Mon frère croit-il, par hasard, que je veuille le tromper ?

Le Chat-Rusé ne répondit pas.

— Alors, fit Harthing en s’arrêtant, le chef

est libre d’abandonner un ami, s’il est le jouet d’un tel soupçon.

—Les hommes blancs sont prompts comme la balle de leurs mousquets, dit le sauvage.

Non, le désir du chef n’est pas de trahir un frère avec lequel il a fumé le calumet du conseil. Mais il voudrait bien savoir s'il pourra travailler bientôt à l’accomplissement de ses propres projets ; ce dont son frère blanc a su le détourner jusqu’à ce jour.

tt

pluage

e ce p se

avait

coup ne se oyait maitie de d’une

ue je

e chef est le

omme vage.

ir un et du ir sil ement blanc

Harthing, craignant de se fermer tout accès dans la ville, avait en effet défendu jusqu'alors à Dent-de-Loup de donner cours à ses idées de vengeance.

—S$i j'ai jusqu’à présent agi de la sorte, répondit Harthing refoulant en lui toute la mauvaise humeur que lui causaient les trop justes plaintes de l’Iroquois, c’est que j'ai voulu rendre plus sûre la vengeance que nous désirons exercer tous deux sur nos ennemis.

—Le pauvre homme des bois ne saurait comprendre ces belles paroles.

—Eh bien! que mon frère écoute et il se convaincra de ma sincérité à son égard.

N'est-ce pas bien commencer à se venger des Français que d’enlever la jeune fille pâle ?

N'y a-t-il pas deux hommes qui pleureront des larmes de sang lorsque la jeune fille aura disparu ? Sans compter qu’elle-même...….

Dent-de-Loup sembla convenir tacitement de cette assertion ; car il se rapprocha du lieutenant et parut attendre avec le plus vif intérêt ce que celui-ci allait ajouter.

—Mais pour faire réussir ce premier plan, continua l’Anglais satisfait d’un tel avantage, il faut retarder un peu l’exécution des autres.

Car si tu avais tué d’abord quelques Français, nous ne pourrions maintenant nous introduire dans la place ; et pour un ou deux ennemis que tu aurais occis, au grand risque de ta propre vie, il nous devenait impossible d'empoisonner les jours de ceux qui vont bientôt ressentir les effets de notre colère. Or ces derniers souffriront plus et pendant plus longtemps de la catastrophe qui les va frapper par notre main, que les quelques malheureux que tu aurais massacrés et dont la peine se serait terminée avec la mort.

—Le manitou de la vengeance parle par ta bouche, repartit l’Agnier convaincu.

—Mais une fois la jeune fille enlevée, dit Harthing en terminant, je jure à mon frère, sur les mânes sacrés de mes aïeux, que, loin d'arrêter le couteau du chef sur le cœur d’un ennemi, je l’aiderai moi-même à l’y enfoncer plus profondément encore !

Le serment fait par Harthing et que les sauvages ont toujours regardé comme inviolable, rendit toute confiance à Dent-de Loup. Il tendit à l’Anglais sa main et dit :

—Le cœur du visage pâle est franc comme

ses paroles et ces dernières sont une douce

'ran- LS indeux isque ssible vont ‘e. Or , plus fraplheupeine

par ta

ce, dit frère, , loin d’un oncer

e les nvio- ;oup.

mme louce

musique aux oreilles du chef. Mais allons, et réparons le temps perdu.

Harthing ne demandait pas mieux et il s'efforça de suivre de près le sauvage, qui se dirigeait déjà d’un pas rapide vers la grève de la rivière Saint-Charles. Les épais mocassins qui chaussaient leurs pieds étouffaient le bruit de leurs pas et diminuaient de beaucoup le danger où ils étaient d’être entendus de quelque rôdeur ennemi.

Ils atteignirent la rivière en dix minutes de marche.

Là, Dent-de-Loup s’orienta et se mit à ramper comme un reptile vers un rocher situé à cinquante pas de distance. Il fut satisfait de cette exploration, car il revint bientôt vers Harthing et lui fit signe de le suivre.

Quand ils arrivèrent au rocher, l'Anglais vit un canot d’écorce que le sauvage avait ‘aché dans une anfractuosité du roc. Ils prirent alors sur leur dos la légère pirogue et marchèrent vers l’eau du Saint-Charles, que la marée montante refoulait depuis deux heures dans l'embouchure de la rivière. Mais ils avançaient lentement, car leurs pieds s’enfonçaient à chaque pas dans le terrain mou-

Ur es

a a Re ET oO Tree is mn

vant et vaseux que la marée détrempe deux fois le jour.

Enfin la pirogue est mise à flot, et armés chacun d’un aviron, Harthing et Dent-de- Loup rament vigoureusement vers Québec.

Bientôt ils abordent sur une plage de sable que les hautes marées recouvraient alors jusqu’à l’endroit que les nombreux piétons de la rue Saint-Pierre foulent maintenant de leurs pas affairés.

Ils se glissent ensuite en tapinois au pied du cap, après avoir mis leur canot hors des atteintes de la marée. Mais ils n’ont pas fait trente pas, que Dent-de-Loup saisit son compagnon par le poignet et le force à s’arrêter.

C’est qu’on avait opéré des changements depuis le dernier passage de l’Iroquois en cet endroit; car M. de Frontenac avait fait établir une barricade à l'entrée de la rue Sault-au-Matelot, afin de prévenir une descente des ennemis sur ce point. Les trente hommes qui gardaient ce poste avaient converti en corps de garde une maison avoisinante; et, tandis que les autres reposaient, un factionnaire veillait sur la barricade.

—Par les cinq cent mille diables! se dit

eux

rmés t-deébec.

sable s jusns de it de

| pied rs des as fait | COMrrêter.

ments is en t fait a rue à desrente

con-

oisihient,

e dit

mere

Harthing, tous les obstacles vont donc surgir devant moi au moment même où le succès paraissait me sourire! Est-ce un dernier avertissement que m'envoie le ciel? Oh ! qu’importe alors! car si je risque tout, l’enjeu en vaut la peine.

—La tanière des loups est difficile à approcher, murmura le Chat-Rusé à son oreille.

—N'y a-t-il pas quelque moyen de passer ?

—Un seul; mais j'ai bien peur qu'il ne nous soit funeste, si les bons manitous nous sont contraires.

—Peste soit de tous les manitous passés, présents et futurs! pensa le lieuténant. Et s'adressant au sauvage :

—Je suis prêt, dit-il ; tentons le destin !

—Que mon frère me suive, alors, lui répondit l’Iroquois.

Et il rétrograda d’une vingtaine de pas, puis grimpant sur le flanc du cap, ilfit un détour afin de passer au-dessus de la barricade.

La pente du roc en cet endroit est très rapide ; aussi se figurera-t-on le danger que couraient les deux aventuriers. Harthing suivait intrépidement Dent-de-Loup, s’accro-

ot mn

a ———————— nt

chant comme lui à toute saillie de rocher qui se rencontrait sous sa main, se cramponnant aux arbustes et aux racines, qui sembluient quelquefois céder sous la pesanteur du poids de ceux qu’ils retenaient suspendus à vingt-cinq pieds au-dessus de la rue,

Deux fois l’Iroquois, qui ne perdait pas de vue la sentinelle, crut remarquer que le bruissement des feuilles sèches foulées par ses genoux et par ceux du lieutenant, et le craquement des racines sous leurs nerveuses étreintes, attiraient l’attention du factionnaire.

Mais, soit que ce dernier fût inattentif ou que ces bruit vagues se perdissent dans la forte brise qui se jouait sur les feuilles et les branches mortes, soit même que Dent-de-Loup se fût trompé, Harthing et lui tournèrent ce dangereux obstacle, sans que leur passage eût été remarqué.

Lorsqu'ils redescendirent dans la rue, à cent pas en deçà de la barricade, Harthing s'arrêta un moment pour respirer, et, s’adressant à son compagnon :

—Eh bien! que pense le chef de son frère au visage pâle ? Croit-il que je puisse marcher avec un peau-rouge dans le sentier de la guerre ?

ocher npon- | semanteur rendus

pas de bruisses gesraqueétreinnnaire.

ou que la forte s branou p $e rent ce passage

rue, à arthing s’adres-

on frère se marrdela

— Le visage pâle est en effet brave et agile ; mais qu’il me dise donc comment il s’y serait pris pour apporter jusqu'ici ce baril et ces liens.

Harthing ne put retenir une légère exclamation de surprise. Car, outre un paquet de cordes que Dent-de-Loup avait apporté de son canot, il ne s'était pas un moment départi du barillet que nous lui avons vu sous le bras à son départ du camp des Anglais. Et pourtant il n'avait fallu rien moins que l’audace et l’indomptable force de caractère et de muscles du lieutenant pour escalader, avec ses mains libres, les flancs escarpés du cap.

—Mais comment ferons-nous pour amener l'autre avec nous? demanda-t-il à Dent-de- Loup.

—Ce fardeau sera doux et léger aux épaules du chef.

—Avançons donc.

Vingt pas les rapprochèrent de l'endroit par où nous avons déjà vu le sauvage escalader le cap et entrer dans la ville; c'est-àdire au-dessous des édifices de l'évêché. L'’ascension du roc se fit sans obstacle; après quoi, les deux hommes se glissèrent comme

Page 1