Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,133, f
, 3. Mém, de V estât de France soubs Charles /X, t. I, p. 24.
enfants de d'Ândelot , Jeanne d'Albret, de La Rochefoueault, de Lanoue, et deux hommes associés depuis plusieurs années à sa vie de famille, Legresle et le ministre Merlin.
Goligny était résolu à ne pas quitter La Rochelle tant qu'il n'aurait pas obtenu, en faveur de ses coreligionnaires, une sérieuse exécution de l'édit de pacification promulgué en août 1570. De là, de sa part, l'exercice d'une vigilance, qui se traduisit souvent par d'énergiques représentations adressées au roi et à ses agents.
Du reste, chez l'amiral, les préoccupations de l'homme d'État et de l'homme de guerre n'empiétaient jamais sur la vigilance du père de famille. Aussi, dès son retour à La Rochelle, au milieu de ses enfants, avait-il repris la direction de leur éducation, et s'était-il attaché à les prémunir par ses conseils, que fortifiaient les pieuses habitudes maintenues dans sa maison, contre les agitations et les périls de la vie sociale, dont ils devaient prochainement affronter le contact.
Pour lui, rien de plus doux alors à contempler que le développement précoce, à tous égards, de Louise et de François, ces deux aînés des enfants qui lui restaient. Mieux encore que les plus jeunes, ils accomplissaient avec tendresse auprès de lui l'office de consolateurs, en le voyant douloureusement frappé dans ses affections intimes p*ar la mort de sa fille Renée, qui, récemment, à La Rochelle, avait succombé aux atteintes d'une grave maladie*. Louise était alors, au sortir de l'adolescence, une jeune fille d'une
1. Du Bouchet (llisi, de la maison de Coliyny, p. 677) mentionne la mort de RenOe, & La Uochelle, sans en indiquer d'ailleurs la date. Il y a lieu de considérer comme erronée, quant à la mort de celte jeune fille, la date de iUGS qu'on a prétendu tirer d'une pièce non sijçnée, ni datée, qui, sous le titre d'Awisi, se trouve annexée à une dépêche de l'ambassadeur toscan, Pelruccl, du 8 novembre i568. (Ârchiv. di Firenze, Lellere detjH amhasciatori, vol. 4,597, f» 231, 232.) L'inexactitude de la date de 1568 ressort de ce foit décisif que, dans son testament du 5 juin 1569, Tamiral parle de sa fille Renée comme existant encore à ce moment.
complète distinction morale et intellectuelle. Moins âgé que sa sœur, François, sans pouvoir encore, il est vrai, l'égaler, se rapprochait cependant d'elle par la pureté de ses sentiments, la vivacité de son intelligence et l'aménité de son caractère. Tous deux connaissaient l'étendue de l'amour paternel dont ils étaient l'objet, et se sentaient heureux.
A leurs précieuses et "douces relations avec leur père s'ajoutaient des relations d'une autre nature , dont ils jouissaient également. En effet, une étroite amitié unissait les uns aux autres les enfants de l'amiral et ceux de d'Andelot. De plus , tous étaient , à des degrés divers , en raison de la disparité des âges , attachés de cœur au jeune prince de Condé qui, dans ses rapports journaliers, se mettait avec une grâce charmante au niveau de chacun d'eux. Aussi modeste que bon et que brave, il revêtait à leurs yeux une sorte de prestige, car il portait l'épée, et déjà il avait affronté la mort sur les champs de bataille.
Le fils et la fille de Jeanne d'Albret étaient aussi les bienvenus au milieu des enfants de l'amiral et de ceux de d'Andelot. Empreinte, dès son origine, d'une confiante familiarité, l'affection particulière de François et de Louise de Goligny pour Henri et Catherine de Navarre s'affermit, de jour en jour, pendant la durée de leur résidence commune à La Rochelle*. Elle inspira, plus tard, au frère et à la sœur, pour la cause de Henri devenu roi, et pour les intérêts , plus d'une fois méconnus , de Catherine , une sympathie et un dévouement dont l'un et l'autre reçurent des témoignages multipliés, p
Cependant le séjour à La Rochelle se prolongeait ; la
1. Le témoignage de Henri de Navarre sur ce point est précis. Il écrivait au comte de Nassau, le 26 avril 1589 : « La fille de feu M. Tamlral de Chastillon a » eslé, dans le commencement de son âge, nourrie avec la feue royne, ma mère, ■ aussi chèrement que ma sœur et moy, qui estions tous ensemble. » (Lettres missives de Henri I V, t. IX, p. 660.)
tournure des affaires publiques semblait devoir accorder une sorte de relâche à l'amiral , dans le cours de ses nombreux soucis ; ce fut alors que se produisirent pour lui deux événements de famille destinés à raviver son foyer domestique, qu'un grand deuil laissait, depuis trois ans, dépourvu d'animation.
Frappé au cœur par la mort de Charlotte de Laval, en 1568, Goligny n'avait jamais songé à se créer un nouvel intérieur. L'idée de conclure une seconde union lui fut occasionnellement suggérée par d'intimes amis, sans la pressante intervention desquels il eût persisté dans son veuvage. Nous avons exposé ailleurs* les circonstances exceptionnelles qui le déterminèrent à en sortir. Il est certain qu'il ne se décida à épouser Jacqueline d'Entremonts qu'après avoir acquis la conviction que ses enfants trouveraient en elle une seconde mère : titre que, depuis lors, elle justifia si bien.
Le mariage de Louise avec Téligny, qu'avait bienveillament préparé l'amiral , suivit de près la seconde union de celui-ci.
A quelque temps de là, Goligny, vivement pressé par le roi de venir le trouver, jugea qu'il ne pouvait se dispenser de répondre a l'appel do son souverain. Toutefois, dans sa juste sollicitude pour madame l'amirale , il ne voulut pas qu'elle vînt à la cour, tant qu'il ne serait pas fixé, par l'accueil qu'il y aurait reçu, sur celui qu'elle y trouverait ellemême. 11 prit donc lo sage parti de la laisser provisoirement à La Rochollo avec ses enfants ; et il confia le soin de veiller sur elle ot sur eux à son petit neveu, Condé, dont l'affoolucMix dévouement offrait, au point de vue de leur sûn^lé personnelle, la plus efficace des garanties.
i. Voir Gaspard de Coligny^ amiral de France, t. 111, p. 289 et suiv.
Ce jeune prince , sérieux de cœur et de pensée , alliait déjà à une piété fervente une maturité d'esprit et une fermeté de caractère telles, que Tamiral n'hésita pas à le constituer, en même temps, son propre représentant quant au manieitient d'intérêts religieux et politiques dans les régions de l'Ouest, spécialement à La Rochelle ; mission à l'accomplissement de laquelle Condé s'attacha avec une ardeur et une ponctualité , dont on saisit la trace dans la correspondance qu'il entretint, à cette époque, avec son grand-oncle.
En se séparant de sa femme , de ses enfants et de toute une population dont.la vénération et la reconnaissance lui étaient acquises, l'amiral, accompagné de Téligny, s'était dirigé vers Blois. Dans le cours de son voyage, qui dura plusieurs jours, il expédia à La Rochelle diverses lettres qui y furent accueillies avec une vive émotion par sa femme , par ses enfants et par Condé. Leur anxiété était d'ailleurs toujours la même qu'au moment de son départ, à la pensée des dangers auxquels il allait être exposé à la cour ; car ils savaient que nombre de ses ennemis s'y trouvaient encore, et que tout était à redouter de leur part.
Fidèle à la mission qui lui avait été confiée, Condé adressa, le 8 septembre 1571*, à son père adoptif ces lignes empreintes d'une touchante affection :
(( Mon oncle, j'ay esté bien aise de cognoistre par voz » lettres que vous n'avez aucune chose qui vous ayt pu » retarder vostre voïage de la cour. Je prie à Dieu, qu'il » sçayt que je le désire... Je vous supplie prendre garde à » vous. Je sçay bien que vous avez beaucoup d'amis et ser- » viteurs pardelà : pour cela, mon oncle, vous ne délais- » serez à pourveoir, comme vous sçaurez bien faire, aux
l. Bibl. de Berne, Epistolamm foliertio olùn Bongarlii^ vol. 141.
» advertissemens que vous en recevrez ; car il ne se peult » nullement doubler que vous ayés encore là un grand » nombre d'ennemys. Quant à moy, je ne fauldray de vous » advertir tousjours, sitost que j'entendray que l'on en ») veult tant à vous que à d'aultres , et mesme quand il sera » question de la cause générale , je vous rendre certain de » tout... Au demeurant, j'entretiens ma bonne tante paisi- )) blement, ma cousine et mes petits cousins, et n'est » guères de soirs que nous ne facions une belle vie , à vostre » gré , en nous esbatant tous ensemble joieusement pour » tascher à passer nos mélancoliques heures. Je vous prie, » tout ainsi que je vous escrys de mes nouvelles , comme je » vous prometz que je feray à toutes les occasions, escripvez- » moi aussy des vostres , car assurez-vous que je prends a » grand plaisir en entendre. »
Vers le 15 octobre, Coligny, que sa femme avait, peu auparavant, rejoint à Blois, quitta avec elle la cour et, arrivant à Ghâtillon où François et les autres enfants l'avaient précédé, y reprit avec bonheur la vie de famille.
Téligny et Louise ne tardèrent pas à y venir. Merlin et Legrcsle s'y trouvaient, continuant leur pieux ministère.
Le retour de Tamiral dans sa demeure fut salué avec joie par les habitants de Ghâtillon, par ceux de ses amis qui résidaient dans le voisinage, et surtout par Renée de France, étendant désormais à Jacqueline d'Entremonts l'afTection qu'elle portait, do longue date, à son mari, et dont se ressentaient, pour leur propre part, les enfants de ce dernier.
Deux d'entre eux venaient de recevoir de la vénérable duchesse une lettre dans laquelle elle leur exprimait tout l'intérêt qu'elle prenait à leur développement moral et intel« lectuel, et les encourageait avec une bonté maternelle à s'affermir dans la voie du bien et dans l'habitude du travail. A cette lettre, François et Odet, âgés alors l'un de
quatorze ans, l'autre de onze, répondirent dans les termes suivants, qui prouvent sous quelle direction salutaire ils étaient élevés :
« Madame, écrivait l'aîné de ces jeunes garçons \ la lettre » de laquelle il vous a pieu nous honorer est un gage très- » seur de la souvenance et du soin qu'il vous plaist avoir » de nous, bien que nous n'ayons encores moyen quelconque » de vous faire le service lequel nous vous devons et desi- » rons faire. Vray est que, pour l'affection qu'il vous plaist » nous témoigner, du bien lequel nous souhaités, j'estime » que ce vous sera assez, pour le présent, si nous mettons » peine et diligence à bien cognoistre Dieu, l'aimer et l'ho- » norerj par le moyen de l'avancement que pourrons faire » aux bonnes lettres et sciences, comme de vostre grâce » et bonté singulière il vous plaist nous y exhorter : à » quoy nous espérons faire si bon devoir que, à l'avenir, » cognoistrés vostre exhortation n'avoir esté vaine, moyen- » nant l'assistance de-nostre Dieu, lequel nous supplions » vous donner, madame, en toute félicité, très-longue vie, » pour l'avancement du règne de son fils. De Chastillon, ce » 21® d'octobre 1571, vostre très-humble et très-obéissant » serviteur, François de Coligny. »
« Madame, disait de son côté le plus jeune des deux » frères *, ce qu'il a pieu à Vostre Excellence et Grandeur » s'abaisser de tant que de nous honorer de vos lettres plei- » nés d'une très-ample démonstration de la bonne volonté, » laquelle avés de vostre grâce et bonté toujours continué à » nostre famille, nous redouble et augmente si fort le cou- » rage à vostre service, que pouvés vous asseurer, madame, » qu'avec l'aage nous ferons paroistre combien nous nous )) sentons obligés à vostre service, aidant Dieu, lequel nous