Bulletin de la Soc. de Chtst. du prot. fr., t. I, p
JRAINÇOIS DE CHASYlLLON. - 19
» à la court ny à la suitle d'aulcun seigneur. Surtout je
)) prie et ordonne à celuy ou ceulx qui en auront la charge, » de ne leur laisser jamais hanter maulvaise ny vicieuse » compagnie, car nous sommes trop enclins de nostre » nature mesme au mal ; et veulx que cest article leur soit » souvent ramentu, pour leur déclarer que telle est mon » intention, comme je la leur ay par plusieurs foys déclaré » moi-mesme, et que j'ay bien intention de continuer, tant » que Dieu m'en donnera le moïen,
» Je désire bien aussy que mes nepveux et eulx soient >) nourris et eslevés ensemble, suyvant la charge que feu » monsieur d'Andelot, mon frère, m'en a laissé par son tes- » tament et qu'ils preignent exemple , les uns et les aultres, i) à la bonne et fraternelle amitié et intelligence qu'il y a ♦) toujours eu entre mondit frère et moy. »
»... Je veulx que mon fils aisné (François) porte le nom )) de Chastillon, Gaspard*, mon second fils, dAndelot^ et » Charles , le troisième , de la Bretesche. »
Après avoir parlé de ses filles, dont il s'attache à assurer l'avenir par des conseils empreints d'une exquise délica* tesse, et qu'il confie aux tendres soins de M*"® d'Andelot , sa belle-sœur, le testateur ajoute :
« Pour accomplir les choses susdites, je supplie mon* » sieur le cardinal de Ghastillon , mon frère , monsieur dç j> La Rochefoucault , mon nepveu , messieurs de Lanoue et » de Sarragosse, estre exécuteurs de ceste mienne dernière » volonté. Surtout je les prie d'avoir en singulière recom- » mandation l'instruction et nourriture de mes enffans, » lesquels je dédie et consacre à Dieu, luy suppliant les )) vouloir toujours guider et conduire par son saint Esperit, » et faire qu'ils employent, durant leurs vies , toutes leurs
i. Ainsi s'appeiait Odet depuis la mort de son frère Gaspard.
» actions à ravancement de sa gloire , au bien et repos de » ce royaulme. Je luy supplie aussy qu'il veuille avoir pour » aggréable la bénédiction que je leur donne pour passer. » en luy servant , heureusement leurs jours ; et , quant à » moy, que luy offrant le mérite de Jésus-Christ pour satis- » faction et abolition de mes péchés, il veuille recepvoir » mon âme pour la faire participante de la vie bienheureuse » et éternelle qu'il a promise à tous ses esleus et enffans , » attendant la dernière résurrection, que les corps et âmes » seront réunis en incorruption et immortalité.
» Pour conclusion, je supplie aux susdits sieurs cardinal, D de La Rochefoucault , de Lanoue et de Sarragosse , estre » tuteurs et curateurs de mesdits enffans. »
Plusieurs mois s'étaient écoulés durant lesquels Coligny, depuis son séjour à Archiac, avait traversé maintes circonstances ardues et dangereuses. En dernier lieu, alors que l'armée ennemie s'arrêtait à entreprendre le siège de Saint-Joan-d'Angoly, il se préparait à exécuter un vaste dessein, qu'avait pu seul concevoir, dans la fécondité de ses ressources, un grand esprit tel que le sien, auquel s'alliaient toujours les inspirations d'un noble cœur. Il s'agissait pour lui, après avoir mis La Rochelle en état de défier toutes les menaces et assuré la défense d'Angoulême par l'établissement d'une forte garnison dans ses murs, de sortir do la Saintonge, de se rendre en Guyenne, en Gascogne, en Languedoc, d'y rallier les forces disséminées dans ces provinces, d'en faire surgir de nouvelles, de se rabattre, i\ la tèto d'une armée sérieusement reconstituée, sur le centre do la France, de vaincre l'armée catholique, de marcher sur Paris, et de dicter à l'ennemi les conditions d'une paix l^ivorable aux réformés.
L'amiral no voulait pas quitter le voisinage de La Rochelle, où se trouvaient toujours , sous la protection de M^^ d'An-
delot et de Legresle , ses enfants et ceux de son frère , sans faire parvenir aux uns et aux autres un nouveau témoignage de sa sollicitude. Il leur écrivit donc, de Saintes, le 16 octobre 1569 * :
« J'eusse bien désiré de vous dire ces choses, en présence » et de vous voir ; mais, puisque la commodité m'en est » maintenant ostée, j'ay pensé de vous exhorter d'avoir la » piété et crainte de Dieu toujours devant les yeux ; veu » principalement que l'usage et Texpérience vous ont » desjà pu apprendre qu'il ne faut pas nous asseurer sur ce » qu'on appelle biens, mais plustost mettre nostre espé- » rance ailleurs qu'en la terre , et acquérir d'autres moyens » que ceux qui se voyent des yeux et se touchent des » mains ; ce qui n'estant pas en nostre pouvoir, il faut » humblement supplier Dieu qu'il luy plaise de nous con- » duire jusqu'au bout dans le bon et seur chemin , lequel » ne faut pas espérer doux et plaisant , ny accompagné de » toutes prospérités temporelles ; il nous faut suivre Jésus- » Christ, nostre chef, qui a marché devant nous. Les » hommes nous ont ravi ce qu'ils pouvoient, et, si telle est » toujours la volonté de Dieu, nous serons heureux, et nos- » tre condition bonne, veu que cette perte ne nous est » arrivée par aucune injure que nous eussions faite à ceux » qui nous l'ont apportée , mais par la seule haine qu'on me )> veut de ce qu'il a pieu à Dieu de se servir de moy pour » assister son Eglise. Et pourtant, si pour ce sujet nous » souffrons des pertes et incommoditez, nous sommes )) bienheureux et recevrons un salaire sur lequel les hommes » n'auront point de pouvoir. J'aurois plusieurs autres » choses à vous escrire, si le loisir me le permettoit. Pour le » présent, il me suffira de vous admonester et conjurer, au
' 1. Uotman, Vie de Coligny, trad. de 1665, p. 105 à 108.
» nom de Dieu, de persévérer courageusement en Testude de » la vertu , et de témoigner par vos actions et paroles , et » en toute vostre vie, combien vous avez en horreur toutes » sortes de vices. Obéissez à vostre maistre et à vos supé- » rieurs, afin que, si je jouy plus rarement de vostre )) présence et de vostre veue, j'entende pour le moins, )) souventes fois, que vous estes de bonnes et honnestes î) mœurs. Pour la fin, si c'est la volonté de Dieu que nous » endurions , ou en nos personnes, ou en nos biens quelque » dommage pour la religion de laquelle il veut estre servj% » nous devons nous en réputer bien heureux. Et certes je » le supplie qu'il luy plaise vous estre en ayde et tenir en » sa protection, et de vous conserver en vos jeunes ans. » Adieu. »
En moins de dix mois , Coligny, dominant à force d'énergie et d'habileté une situation des plus difficiles, atteignit le but qu'il s'était proposé et amena ses adversaires à signer, en août 1570, un traité de paix, dont l'une des clauses mettait à la disposition des réformés quatre places de sûreté, La Rochelle, Montauban, Cognac, et La Charité.
Ayant confié au marquis do Kenel le soin de conduire les reistres à la frontière, l'amiral se rendit a Chùtillon-sur^ Loing.
Quelque désir qu'il eût, après une longue séparation, de rejoindre ses enfants à La Rochelle, il dut, pour leur assurer la conservation du château qui les avait vu naître, s'arrêter, pondant plusieurs jours, dans cette demeure dévastée*, afin d'y prendre, en père de famille vigilant, les mesures que lui imposaient les circonstances, h la suite des
1. Une lettre adressée d'Escars, le 16 juin io69, par un ami de Coligny à " M''o (Je Villemongis, au logis de M™* d'Andelot, à La Hochelle, » contient divers détails sur le pillage du chàleau de Chàtillon, et énonce « qu'il n'est rien demeuré, >» audit chasteau, qu'une retraite pour les chahuans. « (Hibl. nat., mss. f. fr., vol. 15,549, fo 288.) - Voir aussi Hotman, Vie de Coligny, Irad. de 1665, p. lOi.
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ravages subis par ses propriétés du Gâtitiais , et surtout par la plus importante d'entre elles.
Le fidèle ministre Malot, que, six semaines auparavant, il avait chargé de visiter Renée de France, àMontargis*, revint alors de cette ville à Ghâtillon. Il était porteur d'une lettre de la duchesse, à laquelle l'amiral répondit, le 20 septembre , avec l'effusion de la vraie gratitude : il se montrait extrêmement sensible à la sympathie dont Renée de France l'entourait, dans son isolement*.
Son intention, quand il quitta Ghâtillon pour se rendre à La Rochelle , où il se proposait de résider, plus ou moins longtemps, avec les principaux représentants du parti réformé, était « de laisser rasseoir les émotions des catho- »*liques, de subvenir à ce qui seroit requis et nécessaire » pour pourvoir aux quatre villes baillées en garde par le » roy, et d'aviser en commun (avec ses amis) aux choses i> dont il faudroit donner avertissement pour Tentretenement » de l'édit de pacification ', »
Retardé dans sa marche par diverses mesures à prendre pour répondre soit aux besoins généraux de la cause des réformés , soit aux besoins particuliers de quelques-unes des contrées qu'il traversait , il ne parvint que le 25 octobre au terme de son voyage, en compagnie des princes de Navarre- et de Gondé, de Téligny, qui, aimé de lui comme un fils, l'avait suivi partout, et du comte Ludovic de Nassau.
11 eut enfin la joie de serrer dans ses bras, après une longue séparation, ses enfants bien-aimés, et de revoir à ses côtés leur maternelle protectrice , sa belle-sœur, les
1. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,133, f® 48. —Voir également une lettre écrite de Neufvy à Renée de France par l'amiral, le 4 août 1570. (Bibi. nat., mss. f. fr., vol. 3,133, I» 55.)