Edition L. Lai., t VU, p
» et contredit tout ce qu'il put, jusques à leur faire de » grands affronts et reproches d'honneur, à ce que j'ay ouy » dire à ceux de leur party. Il se résolut de les laisser jouir » à pleine joye de leur composition et la solenniser par » beaux festins et carroux dans le camp du roy , et luy prend » quelques cent chevaux des siens, qu'il avoit menez du » Languedoc, et autant c^fiarquebusiersj et se met sur sa » retraite, et tire chemin sur îe passage de Loyre, et advise » gaigner d'où il estoit party, nonobstant qu'il fust pour- » suivi et couru à force, car on luy en vouloit à cause du » père. M. de Mandelot, gouverneur de Lyon, se trouve à » Tau-devant et l'assaut. M. de Chastillon le soutient et com- » bat si vaillamment, que la perte va plus grande du costé » de Mandelot que du sien, passe la rivière et se conduit là » où il vouloit, après avoir battu les fanges et combattu le » mauvais temps, l'espace de dix ou quinze jours. — Certes » j'ay ouy parler à de grandz capitaines que ceste retirade » est des plus signalées, et qu'il paroissoit bien qu'il avoit » étudié la vie de monsieur l'admirai, son père, lequel, en » tant de batailles qu'il a données, en nos guerres civiles, » et perdues quant à quant, en a fait ses retraites si belles » et si signalées. »
Ainsi est rapidement esquissé par Matthieu et Brantôme ^ le caractère général de la retraite opérée par Chastillon ;
1. On Ht dans les Mémoires de P. de VEstoile (édition de i87o, t. III, p. 82) : « Un seul, Chastillon, monstrant en cela une rare générosité et grandeur de cou- » rage, et laquelle le roy mesme admira et aiii^a, passa, en despit de tout ce qui » estoit bandé contre lui et toutes les forces de Mandelot et autres qui le guettoient » au passage, et parvinst sain et sauf en lieu de seureté, contre toute l'opinion de » ses amis qui ne luy représentoient autre chose que la mort, s'il hazardoit le » passage, n'aiant jamais voulu entrer en aucune capitulation d'accord ; non qu'il n ne se fiast, disoit-il, au roy qui lui faisoit de très belles offres pour l'arrester, et >* au duc d'Epernon, son cousin, mais qu'il craignoit qu'ils ne fussent assez forts » enfin pour le garantir des mains de ses ennemis, ausquelles plustost que de » tomber, il aimolt mieux mourir, avec son espée au poing, laquelle il ne leur » rendroit jamais que quand il ne la pourroit plus tenir. »
310 FRANÇOIS DE GHASTILLON.
suivons maintenant les principaux détaits de ce mémorable fait de guerre, en écoutant P. de Saint-Auban * :
« M. de Chastillon print congé de M. de Bouillon et de » nostre armée, voyant les chefs résolus de rendre leurs )) drapeaux au roy, et d'accepter ces honteuses capitulations » qui furent acceptées.
» Ayans séparé nos troupes, nous prismes encore le quar- » tier du mareschal de camp, qui nous fut donné à un vil- » lage nommé Saint-Laurens, ou nous arrivasmes et log-eas- » mes bien tard, et en partismes bien matin, afin de faire » bonne journée et laisser nostre armée derrière, de laquelle » estans séparez, et de ce mesme jour le toesain fut sonné » sur nous avec des cloches par les villages, et des oornek » sur les costaux, trouvant tout le pays on alarme, et tous- » jours suivis de costau en oostau par les paysans du pays, » conduits par quelques gendarmes et gentilshommes à » cheval, qui nous abayoient de loin.
» Nous passasmes cotte journée comme cela, sans autre » empeschement, et vinsmos coucher à un village en forests » nommé Furmigièros, duquel estans partis le lendemain, » nous nous trouvasmes, le matin, près de Fours, audit » pays, à nostro gauche six vingts chevaux en bataille, à » une harquebusade de nous, qui fut cause, qu'ayant prié » Dieu, nous mismes en ordre de combat, et voyant qu'ils » ne bransloient nullement, prinsmes nostre chemin (non » suivant nostre premier dessein, lequel M. de Chastillon » changea, sur la place, très à propos, avec un beau juge- » ment), mais à main gauche, pour nous retirer du costé » du Rhosne, par le droit chemin de Lyon en Vivarais ; et » cette troupe se contenta de nous voir prendre nostre che- » min, et s'en allèrent repaistre, nous laissant à dos quel-