Mémoires, loc, cit., p. 661 et suiv
» ques deux ou trois nobles de ce pays-là, à cheval, avec » cinquante ou soixante maraux de paysans après eux, ar- » mez d'arquebuses et armes d'aste, qui nous suivoient de » de loin, tousjours en queue, y estans affriandez parceque, » par manière de dire, presque de cent en cent pas, nous » leur laissions ou chevaux, ou mulets, ausquels nous don- » nions des coups d'espée aux jarrets ou dans les flancs, » afin qu'ils ne s'en prévalussent ; tant y a qu'il y en avoit » assez pour les eschauffer à la curée. M. de Mouy et moy, » qui estions commandez derrière, nous desrobasmes, une » fois, avec cinq chevaux derrière une métairie pour leur » faire une charge, où l'un de ces nobles fut tué par M. de w Bésignan, et un cheval noir pris, et cinq ou six pendars » tuez, et après cela nous reprismes la queue de nos trou- » pes qui faisoient tousjours chemin.
» Mais nous n'y fusmes longtemps sans revoir la cavalerie » du matin, non toute, selon nostre jugement, mais il y en » avoit quelques soixante armez, et des harquebusiers à » cheval environ vingt-cinq ou trente de quoy nous adver- » tismes soudain M. de Ghastillon, le suppliant de nous en- » voyer dix ou douze armez, pour leur faire une charge, et » de vouloir faire un peu halte, à quoy il ne vouloit enten- » dre, ains mandoit de marcher tousjours et gagner clie- » min; de sorte que tous nos messagers s'en reviudrent sans » pouvoir gagner autre chose; qui fust cause que M. de » Mouy s'en alla le trouver luy-mesme, et luy remonstra que » le vray moyen de gagner temps estoit de faire cette charge, » ce qui fut cause que M.* de Ghastillon vint à la queue, et )) le voyant venir je commençay la charge, à cause d'un que » j'avois commandé derrière,. lequel je voyois dévoré d'har- » quebusades. Elle nous fut si heureuse, que ne perdismes w qu'un harquebusier à cheval, et l'ennemy y perdit vingt » ou vingt-cinq armez ou harquebusiers à cheval, et con-
» traignismes M. de Mandelot, qui y estoit, de se retirer Itiy » quatriesme. On dit que son prévost de Lyon fut autheur » de nous chatouiller de si près, à quoy il ne gagna gnières, » car il y fut tué.
» Et de là nous allasmes coucher à un village appelé » Buerne, sur ledit grand chemin de Lyon en Auvergiie, )> duquel nous partismes suivant nostre coustume, dès la )) pointe du jour, et prismes nostre chemin au-dessous de » Revirieu et au pont de Parsigny.
» Cette journée-là, M. de Reboul suplia JVl. de Chastillon )) de retirer M. de Mouy à la teste avec luy, et qu'il vint à » la queue, pour Tenvie, disoit-il, qu'il avoit que, cette » journée, nous fussions ensemble^ et à la vérité il y servit » infiniment à faire diligente la queue à marcher, car j'estois » déjà fort las de la fatigue qu'il y faloit supporter. De sorte » que Dieu nous favorisa de tant, qu'eusmes gagné ledit » pont de Parsigny peut-être deux heures avant que Tennemy » y fust, dont bien nous en print, et de faire une petite » charge à cent harquebusiers qui s'advançoient, lesquels » sans doute eussent embarrassé partie de nostre bagage » qui n'avoit encore passé ledit pont. Je fis cette charge » avec M. de Reboul, contre son opinion, parce qu'il jugea » très bien que ces cent harquebusiers se sauveroient, sans » qu'eussions moyen de leur meffaire, mais d'autre costé, luy » accordant son dire, mon opinion estoit aussi , que les » devions charger, afin qu'ils ne gagnassent le pont, et qu'ils » ne vissent aucune froideur en nos affaires, et qu'il valoit » mieux les tenir reculez sans les endommager que de leur » laisser prendre pied à se jeter en lieu où ils nous peussent M fascher, à nostre passage. De sorte que par le moyen de » cette charge, tout nostre embarras passa fort paisiblement » sans confusion, et par conséquent eusmes moyen de gagner » chemin et sortir d'une grande fondrière que faisoit cette
» rivière, de laquelle estans sortis et gagné le haut du côsté » de deçà ladite rivière, tout à un coup, vismes en une » plaine, au delà de la rivière, au-dessous de Revirieu, les » troupes de M. de Mandelot qui venoient après nous, faisans » à la vérité un beau front de cavalerie et d'infanterie.
» Nous ne prismes autre appréhension de ces troupes, que » de doubler le pas, parce que, selon nostre jugement, nous » estimions avoir as3ez gagné d'avantage pour empescher )7 qu'elles ne nous attrapassentjusqu'àlanuit, et qu'eussions » ou pris logis ou marché, s'il eust esté nécessaire, à la » faveur de la nuit, de laquelle nous nous sentions assez «prochains, et leurs troupes, selon l'advis de M. de Chas- » tillon, qui vint derrière pour les voir et les mettre assez » esloignez de nous : de sorte que nous ne fismes autre » cérémonie que faire doubler le pas à nos troupes, et nous » en aller nostre chemin, à la même ordonnance qu'avions » accoustumé, fors que M. de Ghastillon, qui voulut demeurer » tout le dernier, désarmé sur son barbe avec demi-dou- » zaine de chevaux, me laissant tousjours à la queue des » troupes, et luy voulant voir la façon de l'ennemy, se tint » tousjours de costeau en costeau, à leur vue et à la nostre, )> d'où il ne revint que lorsqu'il jugea l'ennemi estre si près » de nous qu'il falloit, de nécessité, prendre un parti ou » autre ; ce qu'il me vint dès aussitôt dire, et là-dessus » assembla MM. de Mouy, de Lyramont, de Reboul et » quelques autres gentilshommes que nous estions, nous » proposant que l'ennemy estoit sur nos bras, et qu'il se » falloit promptement résoudre à ce qu'avions à faire ; qu'ils . » n'estoient pas à mille pas de nous, cavalerie et infanterie, » chose qui estoit comme incroyable qu'ils eussent tant dili- » genté. M. de Ghastillon nous dit, en outre, qu'ils estoient » extrêmement forts, et qu'ils n\oient plus de cent chevaux » coureurs, et leur troupe paroissoit de trois cents chevaux^
» et cinq on six cents harquebusiers à pied autant advancez » que leur cavalerie; si bien qu^il fut question de prendre » une prompte résolution sans long propos, n'ayant que » deux moyens proposez à tenir, ou de choisir les bons » chevaux et nous en aller, ou de combattre ; sur lesquels » fallut que, par un commandement, je disse mon opinion » le premier, quoy que nonobstant la nécessité présente, je » voulusse defférer aux autres. Tant y ^ que, sans y insister » avec longueur, tous me pressèrent de dire mon advis, qui » fut, que de choisir les bons chevaux et nous en aller, c'es- » toit autant que de nous perdre tous avec honte ; que nul » de nous ne se pouvoit vanter d'avoir un bon cheval, parce » qu'ils estoient tous sur les dents ; au pis aller, que faisans » de cette façon, nous n'estions pas une douzaine qui nous :; pourrions sauver, prenant un tel party; partant, qu'il » valoit mieux mourir tous ensemble avec honneur, que de » vivre avec reproche; que, souventes fois, aux combats, la » victoire n'avoit point esté donnée au grand nombre ; que )^ Dieu la donnoit à qui bon luy sembloit ; que nous avions » eu infinis témoignages de son assistance ; qu'il falloil » espérer en luy et combattre sous sa conduite.
» Tous unanimement répondirent qu'il falloit suivre mon » advis ; et, au mesme instant, nos troupes se trouvèrent » au-devant de nous, sur un pendant de colline, lieu qui » sembloit nous favoriser infiniment pour surprendre nos )» ennemis, qui nous avoient suivis de vue, deux grandes »^ lieues, eschauffez à la curée de nos meschans bagages, » desquels, comme a jà esté dit, de cent en cent pas, nous » leur laissions des pièces; do sorte que, sur nostre réso- » lution. Dieu nous envoya ce lieu du tout propre à faire ^) tourner nos gens a couvert, tous, l'espée à la main, k la » teste desquels se mit M. de Chastillon, qui me commanda » avec tous les armez ^ qui estoient au plus trente-cinq, de
» donner, ce que nous fismes avec si grande et merveilleuse » assistance de Dieu, qu'il ne nous cousta chose quelconque » de mettre en pièces et pleine vauderoute les cent premiers » coureurs ; après cela nous estans ralliez, et nous trouvans » portez à propos, donnasmes sur trente lances ralliées, » desquels eusmes aussy bon marché que des premiers; » après lesquelles deffailes, nous eusmes encore affaire à » autres trente lances, ne nous en pouvant desdire, et les » traitasmes comme leurs compagnons ; et nous mena cette » troisième charge au bord d'un bois où leur infanterie estoit » en bataille , laquelle aussi nous chargeasmes , parce » qu'aussy bien pour aller à eux ou pour nous retirer, il » nous falloit boire leurs harquebusades, et passasmes tout » à travers, sans, ou que de surprise ou d'effroy, ils nous » tirassent que trois harquebuzades.
» Par cette quatriesme charge avec les précédentes, ayani » eu affaire avec tant de gens, nous nous trouvasmes fort » escartez ; de sorte que partie de ces escartez, avec Tinso- » lence qu'amène avec soy une victoire tant inespérée, fit » qu'aucuns des nostros allèrent chatouiller M. de Mandelot, » qui estoit avec son gros sur un petit costeau à nostre main » gauche, sur lesquels il envoya un drapeau accompagné de » quatre-vingts chevaux, qui firent une petite charge et se » contentèrent de ramener à nostre gros ces escartez. Mais » Dieu voulut qu'ils ne recognurent pas l'advantage qu'ils » avoient acquis par cette charge, ayant coupé, entre nostre » gros et eux, M. de ChastiUon et une vingtame des meilleiiy^s » hommes qu'il eust ; mais cette charge fust faite comme sur » l'heure d'entre chien et loup, laquelle heure nous servit » de couverture pour prendre nostre party, qui fust bien » scabreux, comme il sera dit cy-après.
» Mais, avant que d'y venir, je diray que M. de ChastiUon » se trouva fort empesché pour nous rejoindre, car nous ne
» croyons pas qu'il fust derrière, tant y a, qu'avec Tassis- » tance du Tout-Puissant, qui bénit nostre résolution, il )> demeura des ennemis bien six vingts sur la place, et » des nostres trois ou quatre ; mais MM. de Lyramond, de » Reboul et le jeune ChameroUes furent prisonniers.
» M. de Ghastillon se trouvant entre deux, se retira, luy » cinquiesme, du costé du Rhône, et moy me retiray avec sept » de nos gens^ sans sçavoir rien les uns les autres \ et Dieu » voulut que je recouvray un guide, et prins mon chemin » vers Saint-Agrève, que je luy demandois, et, en iceluy » chemin, rencontray quelques gens de cheval qui, par bon » et heureux rencontre, se trouva la troupe de M. de Chas- » tillon, lequel avoit son cheval fort boiteux, accident qui » nous mettoit en grand accessoire.
» Nous arrivasmes à Saint-Pierre-de-Bœuf, où Thoste du » lieu nous fit repaistre et ferrer nos chevaux ; et prismes » pour guide, le lendemain, un maistre d'escoUe qui sçavoit » bien le pays, qui nous conduisit par chemins escartez. » Toutefois il fallut passer par deux villages où y avoit des »> troupes des ennemis, et, au dernier auquel nous passasmes, » nous trouvasmes des corps-de-garde avec des feux au i) milieu des rues, où n'y avoit que des valets ; les maistres, » parce que c'estoit cavalerie, estoient dans les logis, qui . » nous arraisonnèrent ; et leur demandasmes de quelles » troupes ils estoient, lesquels nous dirent qu'ils estoient à » M. de Tournon ; et, sans autre cérémonie tirasmes vers w Quintenas, et, après avoir gayé une rivière, trouvasmes » le chasteau de M. de Jarnieu, duquel sortirent, à un » meschant passage, une vingtaine d'harquebusiers com- » mandez par un hallebardier, qui vindrent avec grande » rumeur de : Qui va là? Arrestez-vous là. Lors, par le )) commandement de M. de Ghastillon je m'advançay, et )> cependant que je parlois à eux, nos gens passoient et
» filoient; et, comme nos gens eurent passé, ils me deman- » dèrent qui nous estions. Je leur dis que nous estions au » roy; de quoy ils se contentèrent; et allasmes à Quintenas, » où me fut commandé par M, de Chastillon de parler » tousjours comme maistre ; que tous diraient qu'ils estoient i> à moy, et, à cet effet, m'imposèrent le nom de M. de » Montréal, cousin de M. de Lenuyères, et que nous deman- » derions un guide pour aller à Aubenas.
» Estant ainsi résolu que tous parlassent comme cela et » que chacun tînt sa langue, nous vismes au-dessous dudit ») Quintenas des gens de guerre qui avoient Tespée à la M main, et en alarme, et qui gagnoient un temple au-devant » de nous, pour nous venir recognoistre. Là-dessus je m'ad- » vaneay tout seul, droit à ceux qui crioient : Qui va là? » qui vive? Je leur dis qu'un d'eux s'advançast seul, que je » le lui dirois; et un d'entr'eux se print à dire tout haut : » Celuy-là semble M. de Saint-Auban; sur quoy je deman- » day : Qui est celuy-là qui parle de Saint-Auban? Il me » respondit : C'est le capitaine Sparse, un capitaine de nos » troupes. Je luy demanday : Où sont les troupes? Tout est » icy, fors monsieur et vous; me demandant^ si je sçavois » nouvelles de monsieur? Je dis qu'ouy; qu'il estoit icy, en » bonne santé, Dieu mercy.
» Là-dessus nous vinsmes à nous joindre à nos troupes, » et n'y eut pas un de nous qui n'eust la larme à l'œil. Nous » recognusmes alors ceux qui nous défailloient, au moins » des principaux, et trouvasmes à dire MM. de Liramond, w de Reboul et le jeune Ghamerolles, et des soldats qui » ne s'estoient perdus au combat, ains par maladie avoient » demeuré derrière et avoient esté amenez à Annonav, vers » M, de Pelloux, qui leur usa de toute charité, les ayant » fait rafraischir, mesme par Billette^ et renvoyez à nos » troupes, lesquels, sans nostre arrivée, quoyque M. de
te
Mouy les encourageast tant qu'il pouvoit, avoient fait dessein, au moins la pluspart, d'attendre la nuit pour se mettre entièrement à vauderoute.
» Ghascun d'eux nous confessa avoir fait ce dessein ; et Dieu sçait comme il leur en eust prins; car nous fusmes encore quatre jours sans entrer en terre d'amis; toutefoys en pays montueux et advantageux pour nous. » Et, de fait, une heure après nostre jonction à nos troupes, sur le passage d'une meschante rivière, six- chevaux des ennemis, suivis de quelques harquebusiers, donnèrent sur nostre queue, où estoit M. de Mouy, et luy tuèrent un capitaine, d'un coup de pistolet. Je tournay sur eux et repassay la rivière, et en tuasmes cinq ou six: et prismes un logis où nous séjournasmes un jour et demy; et marchasmes, sans nulle rencontre, jusqu'à un château nommé Rouziers, duquel, quoiqu'occupé par les ennemis, nous ne reçusmes aucun empeschement. » Mais, de l'autre costé du château se trouvèrent, sur un petit costeau, quelques vingt-cinq gentilshommes à cheval, accompagnez de cent ou six vingts harquebusiers, qui nous suivirent jusques à un bois assez fascheux. Comme j'estois à la queue de nostre troupe, tout-à-coup ils voulurent donner, et ne sceus si bien sortir d'un valon où j'estois, que je n'eusse deux ou trois malostrus harquebusiers à cheval blessez par leur paresse; mais, tournant sur eux, ils furent soudain arrestez sur le cul, et ne nous suivirent ces gentilshommes, que le long d'un costeau pelé qui estoit à nostre main droite, y ayant un grand valon entre deux; et nous laissèrent leurs harquebusiers on queue dans le bois, qui nous venoient tousjours importuner d'harquebusades, jusqu'à ce que M. de Chastillon, venant derrière, se résolut de faire mettre pied à terre à MM. d'Oy ville et de La Legade, deux de ses mais-
» très de camp, lesquels retindrent avec eux tout autant » d'harquebusiers qu'avions pour rendre combat, qui n'es- » toient en nombre plus haut de cinquante à soixante à tout » rompre; et retint aussi M. de Chastillon avec soy tout » autant qu'estions d' armez, qui estions environ vingt-cinq, » et avec cela mondit sieur de Chastillon commanda a » MM. d'Oyville et de La Legade de charger ces cent har- » quebusiers, et.de les laisser venir si près, que nous eus- » sions moyen de nous mesler dedans eux; mais ces mes- » sieurs commencèrent la charge de trop loin, qui fust » cause que n'en peusmes attraper un seul : tant y a que » nous les poussasmes sur les bras de ces gentilshommes ; » et nous laissèrent le reste de la journée en repos.
» Et fust nostre retraite achevée, par la grâce de Dieu, » qui nous fist, ce soir-là, arriver à un fort que tenoit M. de » Ghambaud; de sorte que, delà en hors, nous ne vismes » aucuns ennemis.
» M. de Chastillon coucha dans le fort, et je couchay à » la mastre, avec les troupes.
» M. de Chambaud nous y vint trouver, le lendemain » matin, et nous receut en son gouvernement * avec tant » de faveurs, de courtoisies et de charité, qu'il est impos- » sible d'en ouïr parler de plus grandes.
» Ce matin-là, M. Bernardin, nostre ministre, à la mé- » moire duquel M. de Chastillon et tous ceux de ses troupes » doivent defférer beaucoup*, comme ayant servy infiniment
1. Gbamband commandait alors dans le Vivarais. — Voir, sur sa belle carrière militaire, La France protestante, 2" édit., t III, 2° partie, col. 1,017 et suiv.
2. L'unique mention qui soit faite, dans La France protestante {2« édit., t. Il, 1" partie, col. 383), d'un ministre Bernardin, ayant vécu au xvi° siècle, et qui paraisse s'appliquer au chrétien dévoué dont parle P. de Saint-Auban, est celle-ci : « Bernardin, ministre de Saint-André, de Lodôve (1590); à Montpellier (1595); à » Vais (1598). » On ne peut attribuer qu'à une inadvertance, sans doute fort involontaire, ce laconisme qui, dans un recueil aussi grave et aussi soigneusement Investigateur que l'est La France protestante^ surprend, de prime-abord,- quiconque se place en présence du juste et chaleureux hommage rendu par P. de Saint-Aub^n
» à iiostre retraite, par ses véhémentes et saintes prières, » dit un presche en ce fort; et rendismes grâces à Diea » de nostre retraite; et fust chanté, en ce presche, le » psaume cxxiv * .
» Ce voyage, soit pour l'aller ou le retour, fust honorable » à M. de Chastillon et à sa postérité; et m'asseure que les » historiens n'oublieront d'en faire un honorable récit *,
» M. de Ghambaud nous mena, au partir de ce meschant » lieu, à un lieu appelé Ghasteau-Neuf, où nous fusmes bien » logez; de ce chasteau à Privas, où nostre séjour et rafrai- » chissement, je dis d'un chacun, fut si grand qu'il voulust.
» De Privas en hors, M. de Chastillon print son chemin » vers Montpellier; et je prins le chemin de chez moy, » comme firent la plupart de nos troupes qui estoient de » ces quartiers. »
à la mémoire du pieux et fidèle Bernardin. Pour notre part, d'accord avec « Bl. d< » Chastillon et tous ceux de ses troupes, » nous entourons de notre vénération le nom de cet homme de foi, en qui nous sommes heureux de iracontrer, à trois siècles de distance, Fun des plus beaux types du véritable aumônier mililaire.
1. Rappelons ici les émouvantes paroles de ce psaume qui s'appliquaient si dliec tement aux dangereuses péripéties de la retraite de Chastillon et à la merveineuse délivrance que Dieu venait d'accorder à ce valeureux chef et à sa courageuse petite troupe : « 10 N'eût été rÉternel qui a été pour nous, dise maintenant Israël; — » 2° N'eût été l'Éternel qui a été pour nous, quand les hommes se sont élevés contre » nous; — 3» Ils nous eussent dés lors engloutis tout vifs, pendant que leur colère » était enflammée contre nous; — i" Dès lors les eaux se (tissent débordées sur » nous, un torrent eût passé sur notre âme; — 5o Dès lors les eaux enflées fussent » passées sur notre âmc; — 6<» Déni soit rÉternel qui ne nous a point livrés en » proie à leurs dents ; — 7° Notre àme est échappée, comme l'oiseau, du lacs des » oiseleurs; le lacs a été rompu, et nous sommes échappés. — 8« Notre aide soit » au nom de l'Éternel qui a fait les cieux et la terre. »
2. Ce fut une trop conflante assurance que celle du loyal lieutenant de Chastillon ; car, du xvi« siècle jusqu'à nos jours, les historiens se sont bornés à mentionner la mémorable retraite dont il s'agit, et à lui accorder transitoirement certains éloges, mais nul d'entre eux, que nous sachions, n*est allé jusqu'à en faire un ample et honorable récit. Seul P. de Saint- Aub<an, dégagé d'ailleurs de toute pré' tention historique s'est acquitté, à sa manière, de cette tâche en homme qui avait qualité pour l'entreprendre. Nous ne connaissons que par lui une série de faits empreints d'un irrécusable cachet d'authenticité; et certes, en parlant de ces faits, il eût pu dire d'eux, sans rien enlever à la gloire de son chef : Quorum pars magna fuU