‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 111 sur 141 · D'Aubigné, Hist. univ., t. III, liv. U, ch. xvi · texte numérisé non relu

D'Aubigné, Hist. univ., t. III, liv. U, ch. xvi

3. Du Bouchet, Preuves de Vhiii. de la maison de CoUgny, p. (^7, 608.

)>'nostre infanterie, parniy Idqicelîe désir ans remettre et re- » dresser les anciens ordres et la discipline militaire *; sçavoir » faisons que, considérans les bons, signalez et fidèles sep- » vices que nostredit cousin de Ghastillon nous a faits et »: rendus, à la conduite de ladite infanterie, le soin, le ira* » vail et la diligence qu'il a employés à l'entretenement et )) adresse d^celle, la preuve qu'il a donnée, en plusieurs » dignes, périlleuses et importantes occasions, de sa valeur, » capacité, expérience, intégrité, et de l'affection hêrédi^ » ditaire ' qu'il porte à la conservation de cet Estât et à » Jiostre particulier service, s'estant rendu digne et capable » d'estre recognu et gratifié par nous; icelluy nostredit » cousin de Ghastillon, comte de Colligny, pour ces causes, » et autres considérations à ce nous mouvans, avons fait, » créé, commis et estably, et, par ces présentes signées de » nostre propre main, faisons, créons, ordonnons et esta- » blissons seul colonnel et capitaine général de nostredite » infanterie, pour sur icelle commander, soit dans la cam- » pagne, ou dans les garnisons, les mener, employer et )) conduire selon et ainsi qu'il lui sera par nous ordonné, ^) avec mesmes honneurs, autoritezf prérogatives, préémi- » nences, pouvoirs, puissances, facultez, droits, privilèges.

1. Ces anciens ordres, en matière de discipline militaire, étaient rœuvre de Gaspard de Collgny, généralement connus, dans leur ensemble, sous le nom d'ordonnances de M. de Chastillon. Ces ordonnances, sanctionnées par deux décisions royales des 20 mars 1531 et 23 décembre 1553 (V. Fontanon, Recueil d'édits et ordonnances, t. III, p. 130 à 137), avaient eu pour but et pour effet, du vivant de Coligny, de remédier aux désordres commis, de longue date, par les gens de guerre. On peut se faire une idée de la nature et de retendue de ces désordres en consultant les diverses ordonnances que Fontanon (i^irf., t. III, p. 162 à 172) range sous c«tte rubrique signilicative : Des aventuriers pillards et mangeurs du peuple, et qui furent rendues les 2 novembre 1439, 25 septembre 1523, 26 mai 1537, 18 juin 1543, 20 janvier 1545 et 30 juin 15i6.

2. 11 y a dans ce seul mot, de la part du roi de Navarre, un juste hommage rendu tout à la fois à la mémoire de l'amiral de France, qui avait entouré d'une affection paternelle la jeunesse de Henri, et à l'inaltérable dévouement du digne |il3 de ce grand bomme à la personne et à la cause.de Henri devenu roi.

» estatz et appointemens attribuez et afTectez à la dignité de » ladite charge, et tout ainsi et en la mesme forme et ma- » nière qu'il est accoustumé et observé dans les armées » royales, tant pour la nomination des offices et estats par- » ticuliers de ladite infanterie, que punition 'des crimes et » délits, etc., etc. »

Maître de Maillezais, de Saint-Maixent, de Niort, de Loudun, de Thouars et de Châtellerault, le roi de Navarre s'avança jusqu'à proximité de Blois, où Henri III s'était retiré après la dissolution des états généraux. Il espérait attirer à lui ce dernier, une fois qu'il se serait convaincu de l'impossibilité de traiter avec Mayenne, insolemment proclamé par la Ligue lieutenant général de FEstat royal et royaume de France.

Henri de Bourbon, afin de frayer la voie à un rapprochement entre lui et Henri III, publia un manifeste dans lequel il protestait de son dévouement aux intérêts supérieurs de la France, de ses sentiments bienveillants pour le monarque à la souveraineté duquel attentaient des sujets factieux, et de son désir de voir prédominer, dans les esprits, des idées de pacification et de support mutuel.

Contraint de quitter Blois, où il ne se sentait plus en sûreté, Henri III se réfugia à Tours; mais il ne tarda pas à s'y voir pressé, d'un côté, par l'armée de Mayenne, prête à .envahir ce nouveau lieu de refuge, et, de l'autre, par l'armée du roi de Navarre, menaçant Saumur.

Son anxiété était'grande. Ce fut alors que, pour l'en délivrer, Henri de Bourbon lui tendit une main qui eût dû être immédiatement saisie avec gratitude, et qui pourtant ne fut, après des tergiversations, acceptée qu'avec froideur. En effet, là où un traité de paix et d'alliance eût seul dû sceller, dès le premier moment, la réconciliation des deux beauxfrères, Henri III ne voulut admettre qu'une trêve d'un an,

dont, le 3 avril, il signa les articles avec Dnplessis-Momay, envoyé de Henri de Bourbon *.

Aux termes de ces articles, le roi de Navarre s'engageait à n'employer ses armes qu'au service du roi de France, à lui remettre les villes, places et châteaux dont il s'emparerait pendant là guerre, et à ne pas entraver l'exercice de la religion catholique. En échange de ces engagements, il n'obtenait qu'une ville et im pont sur la Loire, Saumur. Quant à Henri Hl, il déclarait criminelles les entreprises des catholiques insurgés contre lui, et disait n'accepter la trêve que pour le soulagement de ses bons et fidèles sujets, auxquels seuls elle était applicable.

Depuis la signature de la trêve, Henri III, mal conseillé par ses courtisans, observait vis-à-vis de Henri de Bourbon une étrange réserve, qui était loin de faire présager une réconciliation, cependant très désirable, entre les deux beaux^frères.

Confidents des intentions conciliantes de leur chef, et cherchant à les seconder, quelques-uns des principaux officiers de l'armée du roi de Navarre se rendirent, à diverses reprises, auprès du roi de France, qui fut touché de leur attitude empreinte de déférence et attacha un intérêt réel à ses entretiens avec eux. Parmi ces officiers s'en trouvait un auquel il accordait une visible préférence et « dont il ne se las- » saitpointd'admirerles belles qualités': » c'était Chastillon.

Seules, l'abnégation et la grandeur d'âme du fils de Goligny motivaient sa présence à la cour de Henri. '

1. Henri UI écrivit de Tours, aa dac de Nevers, le i<»' mai 1589 (Bibl. nat, mss. f. fr.. vol. 3^363, f» 219) : « Mon œusin, la nécessité à laquelle la rage de mes » ennemis rebelles a réduict mes affaires, et le pen d'assistance que jusques icy » j'ay eu de plusieurs de mes serviteurs de qui justement je devois l'espérer, m\)nt » contrainct, pour assurer ma vie et ma couronne, et exempter mes bons subjects » du progrès des forces de mon beau-frére le roy de Navarre, de luy accorder une » trefve générale et k tous ceux de son party, etc. »

S. De Thou, UisL imsv., t VII, p. 450.

Que s'était-il donc passé?

Au moment où le roi de Navarre avait manifesté à ses confidents, parmi lesquels figurait Chastillon, l'intention de se rapprocher de son beau -frère et de le secourir, s'était posée devant le fils de Tamiral une question redoutable ; devait-il, pouvait-il, en conscience, et, sans arrièrepensée, se rallier à cette intention, dont la réalisation l'entraînerait, inévitablement, à la suite de Henri de Bourbon, au service et à la défense de Henri de Valois, ppur qui il n'éprouvait que dç la répulsion?

Il se sonda, sous le regard de Dieu, il pria, et du fond de son recueillement vint à jaillir pour lui la lumière.

En effet, alors que, comme fils, il n'envisageait dans l'ancien duc d'Anjou que l'instigateur et le complice des meurtriers de la grande victime de 1572, il lui avait semblé voir se dresser devant lui la noble image de son père, et entendre sortir de la bouche de ce père vénéré ces solennelles paroles : Que ta piété filiale, en présence de ma mort, ne s'égare point à la recherche d'une vengeance dont l'exercice n'appartient qu'à Dieu ! Dans cet homme qui, à titre de coupable, relève directement d'une justice suprême sur les droits de laquelle il ne t'est pas. permis d'empiéter, sache, alors surtout, qu'en chrétien, je le couvre de mon pardon, ne voir qu'un roi, aux destinées duquel, en ces jours de crise, se lient celles de la France, et demeuré convaincu qu'en aidant au maintien de sa couronne, tu serviras, avant tout, les véritables intérêts d'une patrie qui t'est chère, comme elle me l'a toujours été !

Obéir aux directions paternelles, telles que les lui représentaient les nobles intuitions de son cœur, était pour Chastillon un devoir sacré : et ce devoir, il vint le remplir, à Tours, avec une loyauté, à laquelle celui qui, à ses yeux, n'était plus désormais qu'un roi, se sentit pressé de rendre hommage.

Quant aux hommes qui cherchaient à détourner Chastillon de l'accomplissement de son nouveau devoir, ils recevaient de lui cette réponse : « Henri III est notre roi, coname le » vôtre; vous ne parlez pas en soldats, nous verrons, le )) jour venu, si vous avez autant de vaillance que de mau- » vaises paroles. »

Peu à peu Henri III en vint à sentir la nécessité de se réconcilier franchement avec Henry de Bourbon. En conséquence, il le convia à une entrevue, fixée au château de Plessis-lez-Tours .

Alors que, dans la matinée du 30 avril, le roi de Navarre s'y rendait, les murmures de quelques-uns des officiers de sa suite le forcèrent de s'arrêter et de tenir conseil pour rétablir l'accord entre ces* dissidents et les autres officiers. Les uns l'invitaient à ne pas reculer, les autres l'en dissuadaient en lui représentarit qu'il devait se souvenir de la Saint-Barthélémy; ils ajoutaient même entre eux, à voix basse, que les temps n'étaient pas changés, car, si l'on n'avait plus, il est vrai, devant soi, comme naguère, l'amiral de France et son gendre Téligny, on n'en avait pas moins, à l'heure présente, son fils et Duplessîs-Mornay, qui, tous deux, après s'être laissé leurrer par les caresses de la cour, étaient les premiers à mener leurs coreligionnaires à la boucherie. Chastillon, au contraire, secondé par Mornay, soutenait, qu'au point où étaient arrivées les choses, il n'était pas permis de soupçonner Henri III d'une duplicité qui dissimulât des desseins sanguinaires ^ Telle étant aussi la conviction du roi de Navarre, il coupa court aux contestations, continua sa marche et arriva au château de Plessis-lez-Tours, où se trouvait déjà son beau-frère. Là, après un échange de courtoisies et de démonstrations afl'ectueuses, eut lieu, entre

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