‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 113 sur 141 · D'Anbigné, llisl. un-v.. l. III, liv. II. ch. xviu · texte numérisé non relu

D'Anbigné, llisl. un-v.. l. III, liv. II. ch. xviu

» de Navarre n'avoit pu passer à Maillé le gros de » troupes; de plus, que les capitaines réformés, faisant de » grandes difficultez de se mesler parmi ceux qui avoieot » leurs épées rouillées de leur sang, qu'aux dangers, ils » auroient à Teschine, et au visage celles des ennemis, il » avoit fallu que le chef lui-même allast s'exposer pour » détruire ces langages.

» De cela bien advertis, les liguez (Mayenne à leur tête) » firent une traite d'onze lieues, si bien que les coureurs de » Tarmée furent, une heure après soleil levé, le 8 de mai » sur la queille du faubourg Saint-Symphorien où le roi se » promenoit, fort peu accompagné, et peut-être fort mal ; » car on Tavoit mené là si à point, que, sans un meusnier » qui lui monstra le loup, son retour lui alloitestre coupé.

» Luy donc ayant regagné la ville et disposé ses Suisses )) et autres forces, pour rassurer les habitans amis et » s'assurer des autres. Grillon (Grillon), maistre de camp » des gardes, suivi de Gersoi, alla recevoir les enfans » perdus, au bout du chemin creux qui descend au faubourg; » mais trouvant, à cotte teste, de mauvais garçons soustenus » du régiment de Ghastaignerois, qui ne marchanda point, » il fallut revenir à la barrière, qui ne fut guères gardée, » pour ce que les terriers des deux côtés furent aussitôt » saisis par Tharquebuserie des ennemis, qui leur eust » donné à Teschine. Il fallut donc se contenter de défendre » la porte du faubourg, en laquelle fermant. Grillon (Grillon) » se trouva tellement engagé, que, n'ayant encore que le » costo droit au dedans, il fut blessé au gauche, à coups » d'espéo ; et si, tout blessé, il n'eust poussé la porte d*au- » tant de force que de courage, elle estoit prise, parce qu'il » y demeura seul.

» Heureusement et bien à propos y arrivèrent La Tré- » mouille, Ghastillon, La Rochefouoaut et quelques dômes-

» tiques du roi de Navarre, peu en nombre ; mais ils appor- » tèrent une gayeté de cœur qui ne se trouvoit point aux » autres bandes^.

» Ceuoo-là donc, le costeau estant déjà tout saisi de Tavant- » garde, mille mousquets et six mille harquebusiers logez » sur le bord du rocher, la pluspart couverts de petites » murailles des jardins, faisoient un salve perpétuel et ren- » doient le faubourg périlleux; mais, plus que le faubourg, »> le pont, où il falloit faire près de trois cents pas, à juste » portée et à découvert; si bien, que plusieurs ont avoué » qu'ils eussent quitté le faubourg, sans le péril de ce )) passage. Ceux-là donc mesurèrent le pont, au 'petit pas, »> et vindrent prendre la place de Grillon (Grillon), qui s'est w tousjours depuis passionné pour les réformés.

» Bientost après, les régiments do Gharbonnières, La » Grand-Ville, Saint-Jean-de-Ligourre et de Lacroix arri- » vèrent, qui se trou voient beaux hommes, au jugement du » peuple effrayé. Geux-là passèrent le pont froidement, au » péril duquel s'estoient adjoustez sept canons qui balayent » les jambes du portail. Ges bandes arrivèrent sur ce point, » que toute Tarmée jointe, les liguez se laissoyent couler des » rochers sur les maisons, et ainsi contraignirent les royaux » à quitter et à se loger dans Tisle la plus proche des » ennemis.

« Là, les escharpes blanches désespérèrent, par leur veue » seulement, Tentreprise des liguez qui leur crioient, ceux ») de la ville le pouvant ouïr : Bt^aces huguenots^ gens d'hon- ^) neur, ce n'est pas à vous à qui fious en voulons; c'est à ce yy perfide, àce c...y qui vous a tant de fois trahis et qui vous

1. « Il y eut long et aspre conflit... Le roi ayant vu bien faire à beaucoup de )) ses serviteurs et entr'autres à M. de Ctiastillon, qu'il vit vaillamment combattre » en pourpoint, la pique à la main, si qu'il en admii*a et loua la générosité. » (p. de l'Estoile, Mémoires, édit. de 1875, t, 1|J, p. 286,) •

» trahira encores; parmi cela d'autres voix confuses d'op- » probres et d'infamie, outre le commun, nomniant des » noms ausquels les courtisans sourioient. Tout cela n'eut » response qu'harquebusades *.

)) Le duc (Mayenne) tint conseil et résolut sa retraite, » pour laquelle il fit les mesmes onze lieues qu'il avoit fait » en s 'avançant*. »

Telle fut l'issue de l'entreprise de Mayenne.

Le lendemain du combat auquel Grillon, Ghastillon et quelques autres chefs avaient pris une part si honorable, le roi de France, qui, dès le début de l'action s'était montré courageux et en avait suivi de près toutes les péripéties, dit, de manière à être parfaitement entendu des nombreux personnages qui l'entouraient, et particulièrement de Ghastillon, sur qui ses regards s'arrêtèrent avec une bienveillance manifeste : « Si tout le monde eût fait comme M. de » Ghastillon, le faubourg ne se fût pas perdu \ »

A cette déclaration s'ajouta un fait éminemment significatif : « Henri, spectateur de ses nouveaux soldats, pour » honorer leur valeur, prit l'écharpe blanche, ce qui fascha » plusieurs des siens, ne pouvant de bon cœur voir honorer » la marque contre laquelle ils avoient eu et avoient encores

1. p. de TEstoile {Mémoires, édit. de 1875, t. III, p. 289) dit, sur ce point : « II » est à noter que, lorsque les escharpes blanches parurent en Tisle pour le secours >» du roy, le duc de Maienne et ses troupes leur commencèrent à crier : « Retirez- » vous, escharpes blanches, retirez- vous, ChasUllonI Ce n'est pas à vous que noui B en voulons, c'est au meurtrier de vostre père, » voulant par là, donner à » entendre qu'ils ne visoient qu'au roy et non pas aux huguenots, et que la vena geance et l'attentat k la couronne estoient le vrai et seul subject de leurs armes. » Mais Ghastillon, entre les autres, leur respondit qu'ils estoient tous des prodUenrs » et traîtres à leur patrie, et qu'où il y alloit du service de son prince et de TEslat, » qu'il mettoit sous les pieds toute vengeance et intérêt particulier; ce qu'il pro- » nonça si haut que Sa Majesté mesme l'entendit, qui l'en loua et l'en aima. »

2. Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de ce récit celui de Pierre Matthieu (Hist, de France, 1631, in-f^ t. I, liv. VIU, p. 761, 762, 763), à raison des détails qu'il fournit sur quelques points particuliers. Voir k l'Appendice le n° 35.

3. Lettre de Ghastillon à Marguerite d'Ailly, du 25 mal 1589, qui sera reproduite ci-après. (Du Bouchet, loc. c//,, p. 688, 689,)

FRANÇOIS DE GHASTILLON. 343

» tant de passion. De ce rang furent d'O, Clermont d'En- » tragues, Ghasteauvieux et autres : mais le mareschal » d'Aumont, Montignî et Grillon (Grillon), et gens de cette » sorte, tenoient bien autres propos, et le mareschal ajou- » toit qu'il n'y avoit que les b... qui ne vouloient pas souf- » frir les huguenots *. »

Peu de jours après la retraite .de Mayenne, les deux rois quittèrent Tours. Ils se portèrent, Henri de Valois, dans la direction de Poitiers, menacé par les ligueurs, et Henri de Bourbon dans celle de Boisgency, où le duc d'Aumale se trouvait avec la majeure partie de ses troupes.

Ghastillon, qui cherchait quelque nouvelle occasion de se signaler, obtint du roi de Navarre l'autorisation de saisir celle qui s'offrirait à lui. Le roi le laissait, à cet égard, libre d'agir ainsi qu'il le jugerait à propos. Or, Ghastillon apprit que Sourdis avait perdu Ghartres ; et c'en fut assez pour que « ce cœur bouillant, qui troùvoit tout facile*, » résolut aussitôt de reprendre cette ville.

En marchant vers Ghartres, Ghastillon eut à soutenir contre l'intrépide ligueur Saveuse, un combat des plus vifs *. Atteint d'un coup de lance au visage, renversé de son cheval, tué sous lui, foulé aux pieds dans le tumulte de la mêlée, dégagé enfin, et se relevant pour faire face à Tennemi, l'indomptable défenseur du roi à Tours, quoique blessé, ne cessa de déployer une énergie et une habileté qui lui assurèrent la victoire *• Saveuse, qu'il avait fait prison-

i. D'Anbigné, UisL univ,, t III, liv. II, ch. xvm.

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