D'Aubigné, Uist, univ., t. III, Ilv. II, cb. xxn
Toutes les mesures étaient prises pour livrer assaut à Paris, le 2 août. Le 1" du même mois, Henri HI fut frappé par le couteau d'un assassin, et expira le lendemain entre deux et trois heures du matin.
Les lois fondamentales du royaume appelaient Henri de Bourbon, en sa qualité de premier prince du sang, au trône de France, que la mort du dernier des Valois laissait vacant ; mais avant de pouvoir occuper ce trône, que d'obstacles n'avait-il pas à surmonter! Les uns provenant des ligueurs, les autres suscités par plusieurs des hommes qui alors l'entouraient I
Sans nous arrêter à l'exposé de ces obstacles, non plus qu'à celui des moyens à l'aide desquels, concurremment avec les faits de guerre, il finit par en triompher, attachons-nous uniquement à suivre Chastillon, dans le cours des événements auxquels il se trouva mêlé depuis la mort de Henri HL
A dater du 2 août, de nombreuses défections, que Henri . de Bourbon ne pouvait empêcher, éclaircirent, de jour en jour, les rangs de son armée et lui enlevèrent la possibilité de prolonger utilement son séjour devant Paris. Ne prenant conseil que de lui-même, mais guidé par une sagacité militaire et politique dont les faits démontrèrent bientôt la justesse, il scinda hardiment son armée en trois corps distincts, envoya l'un en Champagne sous les ordres du maréchal d'Aumont, l'autre en Picardie, sous ceux du duc de Longueville, et à la tête du troisième, il se mit en marche, le 16 août, pour la Normandie, où il comptait, en s'appuyant à la mer, être rejoint par les troupes que la reine d'Angleterre lui avait promises.
D'Aumont et Longueville devaient provoquer, à l'appui . de leurs efforts, le concours de la noblesse appartenant à chacune des provinces dans lesquels ils se rendaient, et se tenir prêts, avec leurs troupes, à rallier au besoin, celles
que le roi commandait en Normandie. Henri ne disséminait donc, en apparence, ses forces, que pour les concentrer ensuite d'autant plus efficacement qu'elles se seraient rapidement accrues de divers contingents dans les provinces occupées par elles. Son plan était ainsi très judicieusement conçu, puisque la disjonction momentanée des éléments de son armée ne tendait, en réalité, qu'à leur accroissement, en vue d'une cohésion ultérieure dont il se prévaudrait en temps opportun.
En arrivant à Dieppe, il y fut chaleureusement accueilli ; s'assura des localités voisines, et se prépara à soutenir la lutte contre Mayenne qui s'avançait avec une armée trois fois plus forte, numériquement, que l'armée royale.
Le 21 septembre se livra la bataille d'Arqués. Le succès était vivement disputé de part et d'autre ; Chastillon le fixa à un moment décisif en faveur de l'armée royale, par le renfort qu'il lui apporta, en accourant de Dieppe avec cinq cents hommes tirés de la garnison du Pollet, et en écrasant, sous son attaque impétueuse, une partie des forces ennemies dans le retranchement qu'elle occupait *.
Il ne s'en tint pas là; car, lorsque Mayenne, battu à Arques, tenta, trois jours après, un dernier effort contre Le Pollet, il échoua devant' la résistance opiniâtre que lui opposa Chastillon ^
Quand, à quelque temps de là, le roi, arrivé sous les murs de Paris, voulut s'emparer des faubourgs de la rive gauche de la Seine, Chastillon enleva, de vive force, le faubourg Saint-Germain.
i. H M. de Chastillon, l'an des plus généreux capitaines de son temps, arriTa, » et ne voulant pas laisser passer cette journée sans y faire paroistre le soleil de » son cœur, accompagné de 600 arquebusiers, fut droit à la nialadrerie que les » ennemis avoient gagnée, l'attaque, la force et tue ou prend tout ce qui est » dedans..., de sorte que le champ de bataille nous demeure. » {Métn,^ ap. Âubals, Pièces fugitiyesy t. Il, p. 31)