Archives nationales de France
2. Un brevet daté du 25 octobre 1590 porte : « Aujourd'huy le roy estant en » son camp et armée, à Gisors, en considération des longs, signalez, agréables et » recommandables services faits à Sa Majesté par le sieur de Chastillon, et le
Il ne suffisait pcis à Henri IV, après avoir, dès le débat de Tannée 1591, donné rendez-vous, entre Senlis et Saint- Denis, à tous ses capitaines de Picardie, de Champagne, de Brie et de l'Ile-de-France, de guerroyer, aux environs de la capitale, dans laquelle il avait en vain tenté, le 19 janvier 1591, de pénétrer par surprise; il avait, en outre, à s'opposer aux progrès que Tennemi pouvait faire dans le Berri, TOrléanais et les contrées voisines. De là, une mission spéciale qu'il conCa à Ghastillon, pour la défense de cette notable partie du territoire de la France, en la précisant dans une commission du 28 jcuivier, qui en fait ressortir toute rimportance. Voici la teneur de cette commission^ :
« Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Na- » varre, à nostre cher et amé conseiller en notre conseil » d^Estat, admirai de Guyenne, et capitaine de cinquante » hommes d'armes de nos ordonnances, François de Ghas- » tillon, salut I
» Comme nous soyons advertis que La Ghastre, voyant )) nostre très-cher et très-amé cousin le prince de Conty )) advajicé en nostre pays de Poitou, avec l'armée de laquelle » nous luy avons donné la charge et conduite, et nos pro- )> vinces de Berry, Orléans, Vendosmois, Hurepoix et Auxer- » rois dénuées d'autres gens de guerre que des garnisons » ordinaires, iceluy La Ghastre ait fait assemblée de troupes 1 » à pied et à cheval, pour faire entreprise, comme il a desjà » commencé, sur aucunes places des susdites provinces; et
n yonlant honorer des qaalitez condignes à ses vertus et mérites, Sadite Majesté » luy accorde Testât et charge de conseiller en ses conseils d*Estat et privé, pour » en jouir et user en la mesme façon, forme et manière que font les antres pourveo» » de ladite charge et qualité; et de ce m*a commandé expédier toutes lettres néces- » saircs, et cependant le présent brevet qu'il a, pour ce, signé de sa main et voolo » estre contre-signe par moy, son conseiller et secrétaire d'Estat (Signé) Hebïrt.'- » RuzÊ. » (Du Bonchet, Uiat. de la maison de Coligny^ p. 673.) i. Du Boucbet, ioc, ciL^ p. 073, 674.
FRANÇOTS DE GHASTILLON. 369
» il seroit besoing s'opposer à ses mauvais desseins, et, pour » ce faire, tirer desdites garnisons et mettre ensemble à la » compagnie partie des gens de guerre qui y sont pour w nostre service, ensemble faire lever d'autre plus grand » nombre, si besoin est, mener nostre artillerie, et faire » corps d'armée, selon les occasions qui s'en offriront; et » que, pour commander et exploiter lesdites troupes et » armée, dans les provinces cy-dessus, eji l'absence de )i nostredit très-cher et très-amé cousin, il soit besoin de » faire élection de quelque bon, vaillant, expérimenté et » notable capitaine, à nous bien fidèle et affectionné au » bien de nostre service, et que nous ne puissions faire » meilleure élection que de vostre personne, pour les preuves » que vous avez cy-devant rendues de vostre vaillance et » mérite ;
» Nous, à ces causes, et autres bonnes et grandes con- » sidérations à ce nous mouvant, vous avons donné et » donnons plein pouvoir et autorité, en l'absence de nostre- » dit cousin le prince de Conty, de commander aux gens de » guerre que nous ferons assembler es dites provinces de » Berry, Orléans, Vendosmois, Hurepoix et TAuxerrois, soit » de cheval ou de pied, assembler, pour cet effet, les com- » pagnies de nos ordonnances, noblesse desdites provinces, » tirer ce que jugerez estre à propos de gens de guerre des » garnisons, faire corps d'armée, les employer et exploiter » ensemblement ou séparément, tant pour la conservation » des places desdites provinces qu'autrement, pour en- » dommager nos sujets rebelles, selon que les occasions » s'en offriront et sera à faire pour nostre service; faire » vivre en bon ordre, police et justice nosdits gens de guerre, » tant de cheval que de pied, sans souffrir qu'ils, fassent » aucune extorsion, outrages, pilleries ny molestes sur » nostre pauvre peuple, leur faisant bailler et administrer
» vivres, en payant le prix ou taxe qu'aurez mises ou fait » mettre par ceux qui à ce seront commis et députez, ou » bien les faire distribuer aux soldats sur et tant moins de » leurs soldes, estais et appointements, en la manière accous- » tumée, ou en don, selon que la nécessité le requerra ; faire » entretenir nos ordonnances de la gendarmerie et autres » gens de guerre, en faire faire les monstres, revues et » payemens, et des chevaux de Tartillerie et mulets des » vivres, quand mestier sera, leur commander ce qu'ils » auront à faire pour nostre service et bien de nos affaires ; » faire sommer, de par nous, tout ce qu'il appartiendra, de » nous rendre les service et obéissance qu'ils nous doivent » naturellement, traiter avec les gouverneurs, capitaines et » autres des villes rebelles, et, à faute de ce faire, les » investir, assiéger et battre à toute outrance, ensemble tous M chasteaux, maisons et forteresses et autres places distraites » de nostre obéissance, y donner assauts, et prendre par » force, composition ou autrement, ainsi que verrez estre » pour le mieux pour nostre service ; et, à cest effet, vous » aider de l'artillerie et munitions qui seront nécessaires, et » les prendre en quelques lieux desdites provinces qu'elles » se trouveront, etc.
» Donné, au camp de Senlis, le 28* jour de janvier, Tan » de grâce 1591, et de nostre règne le deuxiesme.
» (Signé) : Henry. »
Chastillon se mit promptement à l'œuvre, et répondit aux vues de son souverain par des succès obtenus ' notamment
i. A une date qui coïncide à peu près avec celle de ces succès le roi énonçait; dans un acte de donation du 18 mars 1591, qull « désirait gratifier son très-cher » cousin, le sieur de Chastillon, en considération des bons et agréables services » qu'il recevoit Journellement de luy. » (Du Bouchet, Hist. de la maison de Coligny, p. 675, 676.)
dans le Berry. Il y contraignit Lachastre à lever le siège d'Aubigny, le poursuivit avec vigueur et lui infligea une défaite complète.
Dans le combat qui précéda cette défaite, Chastillon fiit blessé.
Une lettre écrite de Sedan, le 25 février 1591, par le duc de Luxembourg à son fils, contient, sur ces divers points, les détails suivants * : « Il a esté donné advys au roy par un )) gentilhomme qui arriva mardi au soir près Sa Majesté, » que M. de Lachastre avait assiégé Aubigny avec deux ré- » gimens de lansquenetz et quelques compagnies françoi- » ses, faisant le nombre de cinq ou six mil hommes, et huit » ou neuf cents chevaulx. 11 a esté contraint par M. de » Chastillon de lever le siège dudit Aubigny, après avoir » esté repoussé en deux assaultz qu'il y avoit faict donner ; » et, comme il se retiroit du siège, ledit sieur de Chas- » tillon, avec quelques troupes que M"* de Nevers lui avoit » envoyées des siennes, estant accompagné des sieurs de » Chazeron, du Fort, Montigny le jeune, et aultres sieur^, i> Tavoit suivi de si près, qu'il avoit esté contraint de tour- » ner teste et venir aux mains, de sorte que Tarmée dudit » sieur de Lachastre a esté deffaicte et taillée en pièces, luy » mort ou fort blessé, et son artillerie, qui estoit de quatre » canons et deux coulevrines, prinse. Mais en ce conflict, u ledit sieur de Chastillon y a esté blessé, ainsi que ce gen- » tilhomme, qui estoit au combat, a rapporté au roy et en » a asseuré Sa Majesté. »
Chastillon, tout blessé qu'il était, n'en continuait pas moins le cours de ses succès, dans l'exercice du grand commandement dont l'avait investi la confiance royale, quand il reçut tout à coup de Henri IV l'ordre de quitter le Berry