‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 128 sur 141 · Du Bonchet, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Du Bonchet, loc. cit., p

» compagnie du sieur de Lumeau vers Blois. Estant sur le » point de monter à cheval pour les suivre, M. de Montigny » m'escrivit qu'il s'estoit deffait de ses troupes et les avoit )> envoyées à M. le prince de Gonty, Voyant ce changement » si soudain, et recevant à mesme temps des nouvelles, » comme M. d'O n' avoit point voulu donner d'assignation » pour le payement de ma compagnie, ne sçachant de quel » costé me tourner, pour ne voir nul moyen de l'entretenir, » je fus contraint de la congédier, n'en retenant qu'une » douzaine avec lesquels je faisois dessein d'aller faire un » tour jusques à La Rochelle, donner ordre à la charge » qu'il vous a pieu m'y donner,

» Sur cette résolution, M. de Montigny me pria d'aller » jusques à Ghastillon-sur-Loire où il se trouveroit, et y » estant arrivé avec M. du Faur, il m'envoya un des siens » me prier d'aller jusques à Aubigny pour donner ordre à *) quelque différend d'entre les capitaines et le gouverneur, » ce que je fis; et après y avoir pourvu et entendu Testât de » vos affaires en Berry, le peu de moyens d'y redresser vos- » tre armée et mettre vostre artillerie aux champs, point » d'espérance d'en retirer chose quelconque pour subvenir •) aux frais qu'il y faut faire, il fut résolu que je vous irois ?) trouver pour vous en faire entendre les particularités.

» Estant prest à monter à cheval, sur ce sujet, j'ay receu » des lettres de Vostre Majesté du 27 juin, par lesquelles » elle me commande d'assembler le plus de forces que je » pourrai pour me rendre à Moulins et remettre en son n obéissance la ville de Varenne et le chasteau de Laferté, » commandant pour cet effet que je prenne les pièces que » M"' de Nevers me baillera et les canons de Blois, m'or- )) donnant douze cent escus pour les frais qu'il faudra faire. >» Et pour ce, siro, que toutes les troupes sont escartées, » qu'il faut du temps pour les mettre ensemble, que M"* de

»> Nevers n'a qu'un canon qui n^est pas suffisant pour pren- » dre ces places, qu'il y a de la longueur à faire venir ceux » de Blois que M, de Montigny a laissés à Chartres, que je » sçay certainement que M. de Chazeron n'a point de pou- » dres ; et d'autre part, j'ay advis que cinq mille Suisses ont » passé par le Piedmont, les cantons vos alliés ne leur ayant » voulu donner passage pour se venir joindre a M. de Ne- » mours, j'ay dépesché cependant ce gentilhomme exprès » pour luy en donner advis.

» Il y a en ce pays le chasteau de La Bussière, que j'ay

» remis sous l'obéissance de Vostre Majesté, lorsque j'avois

» les canons de M. de Nevers, qui est très-fort et utile pour

» le service de Vostre Majesté, tant pour la lovée des tailles,

» qu'aussi pour serrer et incommoder les ennemis et aussi

)> pour la conservation de ses bons sujets et serviteurs des

» environs. Partant, est très-nécessaire, pour les raisons

» susdites, d'y entretenir une garnison de vingt soldats que

» j'y ay desjà ordonnez et establis, sous le bon plaisir de

» Vostre Majesté, et fait payer des deniers des tailles deues

» par les paroisses de Ghancevraye et La Bussière ; comme

» aussy une autre garnison de quinze soldats dans le chas-

» teau de Pifons, d'autant qu'estant fort logeable, je sçay

» asseurément qu'il est du tout envié par ceux de Sens,

» Villeneufve-le-Roy et Joigny, près desquels il est, et que,

» s'il estoit pris, comme tous les jours ils y font des entre-

» prises, il importeroit grandement au service de Vostre

» Majesté. Le maistre de la maison est frère de M. de

» Chappes, très-humble et affectionné serviteur de Vostre

» Majesté, laquelle il sert près de moy, et ne peut la garder,

» s'il ne plaist à Vostre Majesté luy aider de cette garnison,

» comme je la supplie très-humlilement, pour les raisons

» encores plus particulières que luy fera entendre ce gentil-

» homme, présent porteur.

376 FRANÇOIS DE CIIASTILLON:

w Le sieur baron de Prie a esté céans ayjourd'huy, qui » m'a dit qu'il espère se saisir de Toussi qui est à luy, dans » peu de jours, et m'a prié escrire à Vostre Majesté que, » s'il luy plaist establir un bureau pour la recepte des de- » niers des tailles, et luy ordonner cinquante arquebusiers » à pied, et cinquante à cheval, il s'asseure qu'il fera lever » lesdites tailles jusques aux portes, et, possible, de là ville '> mesme d'Auxerre et d'une infinité d'autres lieux fermez qui » sont aux environs, comme Crevan, Goulanges, Oveine, » Joigny, et bien environ dix-sept ou vingt autres petites » villes proches de Toussi, tenans pour la Ligue, desquelles » Vostredite Majesté n'en reçoit aucune * chose. Et outre la » commodité que cela apportera à vos affaires, il incommo- » dera bien autant lesdits ennemis.

» Il me semble, sire, que c'est chose qui ne luy doit estre w refusée : Vostre Majesté y advisera, et, si elle le trouve » bon, commandera, s'il luy plaist, que toutes dépesches et » sa commission luy soyent envoyées ; la suppliant très- » humblement me faire cet honneur me tenir pour,

» Sire,

» Vostre très-humble et très-obéissant sujet et serviteur,

» Ghastillon.

» A Ghastillon, le 17 jaillet 1891. »

. Le lieu duquel est datée cette lettre doit être ici particulièrement remarqué. En effet, du château de Châtillon-sur- Loing, pendant les mois d'août et de septembre 1591, paraît avoir rayonné, comme d'un centre déterminé par les circonstances du temps, l'activité que le fils de Coligny ne cessa de déployer au service de la patrie et du roi. C'est là ce qu'en l'absence de documents précis il est permis, du

moins, d'inférer de diverses lettres écrites, à cette époque, par deux hommes de guerre, Chazeron et Montigny *, qui toutes témoignent de la haute importance qu'on attachait, quant aux opérations militaires, à une direction supérieure émanant de Ghastillon, dans l'exercice du commandement dont il était investi.

Une seule citation sur ce point suffira. Le 21 septembre 1591, Montigny écrivait de Blois à Ghastillon' : a Vous me mandez que vous ne délibérez pas de venir que » M. de Guise ne soit party. Si vous estes en quelque doute » de vostre maison, ce ne peut estre que de la surprise, car, » de la force, vous serez tousjours si prest, qu'en vingt- » quatre heures vous y pourrez estre ; et quand vous y lairrez » une partie de vostre troupe, la garnison de Gien vous » conduira bien jusques à Gergeau, et celle de Gergeau » jusques à Boisgency; et si vous trouvez bon que M. de » Tonnerre demeure à Gien jusques au partement de mondit » sieur de Guise, pourvu qu'il se tienne prest, il sera en ») deux jours là où nous serons. G'est bien chose certaine » que M. de Guise s'en va; mais quand? Gela ne se sçait » point. Il ne peut rien mettre ensemble qui vous puisse )) divertir de ce que monseigneur le prince (de Conty) entre- » prendra. L'espérance que'vous avez donnée de vostre ve- » nue a tellement tout accroché que Ton ne veut rien âtta- » quer que vous ne soyez arrivé, encores que les canons et ») munitions de Mirebeau arrivent, sans faillir, mardy. Jugez, »> monsieur, combien le retardement est préjudiciable ; car, » outre que la saison y est très-propre et qu'elle se passe, » les ennemis se fortifieront d'hommes, ce qu'ils n'ont » encores fait. Pour Dieu, monsieur, venez-vous-en. Quand

1, Du Bouchet, loc. cU., p. 692 à 603, a reproduit ces lettres. SL Da Bottcbet» loc. cit», p. 696*

» VOUS n'amènerez point vos troupes et que vous les laîrrez » pour la seureté de vostre maison, elles seront tousjours )) à vous quand bon vous semblera ; nous avons plus besoin » de vostre présence qxie de tout le reste... Je tiens qu'en »> deux mois vous pouvez nettoyer tout le pays. »

Ce qu'on attendait de Chastillon ne put se réaliser, car lorsque lui parvint cette lettre, il touchait au terme de sa glorieuse existence.

« Le coup qu'il avait reçu au siège de Chartres lui » estoit demeuré si sourd et si dangereux, qu'au bout de » quelques jours le mal longtemps couvé vint à jouer » son jeu *. »

Ce fut vers le 8 octobre 1591 *, qu'après une courte maladie Chastillon succomba, dans son château, à l'âge de trente-quatre ans, cinq mois et quelques jours.

A sa mort coulèrent bien des larmes. Le roi lui-même pleura, car il sentit toute l'étendue de la perte qu'il faisait en la personne de l'un de ses plus fidèles serviteurs '.

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