‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 129 sur 141 · Brantôme, ôdit. L. Ul., t. VI, p · texte numérisé non relu

Brantôme, ôdit. L. Ul., t. VI, p

% Aubaïs, Pièces fugitives, t. II, p. 47, note 8.

3. Nous laissons à P. de l'Estoile la responsabilité du récit suivant qu*il a consigné dans son journal (édil. de 1875, t. V, p. 148) : « En cest an 1591, peu après » la réduction de Chartres, M. de Chastillon, colonel-général de Tinfanterie fran- » çoise, Ûls aisné du seigneur de Chastillon, 'amiral de France, qui fut tué à I^ris » le jour de Saint-Barthélémy 1572, mourut en sa maison de Chastillon d'une lieb\re » procédante, à ce qu'on disoit, d'ennui et de mélancolie. Quand le roy reçut les » nouvelles de la mort de ce jeune seigneur, qui égaloit en conseil et valeur les » plus grands capitaines de TEurope, et qui lui avoit fait de très-grands services, » mesmes en la prise de Chartres, l'affection et le desplaisir qu'il en eust tirërent » les larmes des yeux de Sa Majesté (chose qu'on a veu advenir au roi rarement}, » demandant à un gentilhomme que c'est qu'il avoit eu à mourir j auquel il res- » pondit qu'il estoit mort d'une fiehvre. « Voire mais, dit le roy, quelle estoit Toc- >' casion de cette flebvre ?» Et comme l'autre ne luy respondait rien, le roy commença » à le presser et à lui dire qu'il parlast hardiment, et qu'il désiroit en sçavoir la )) vérité, car le commun bruit de sa cour estoit qu'il estoit mort de fascherie. Alors » le gentilhomme dit au roy : « Sire, puisqu'il vous plaist m'en faire le comman- » dément, la vérité est que sa maladie ne luy est provenue que de fascherie et de » mélancolie. — Et quel subject en avolt-il? dit le roy; dites-le moi librement. — » 11 lui sembloit. Sire, que depuis quelque temps son service ne vous estoit poiot » bien agréable, et qu'il n'estoit pas employé selon le désir qu'il avoit tousjours

Partageant, en véritable ami, le deuil de la famille désormais privée de son chef, Ph. de Mornay écrivit à M""** de Laval, le 8 novembre 1591 * :

• « Madame, l'affliction qui vous est particulière pour la

» proximité est commune à tous les gens de bien pour la

» vertu de feu M. de Chastiilon, vostre cousin, mais plus

» sensible à ceux qui sçavent considérer que la retraite

» do telles personnes au ciel est une marque évidente de

» l'ire de Dieu sur la terre, à moi autant qu'à aucun autre

» de ceux-là, qui connoissois de plus près ce que Dieu

» avoit mis en lui, et estois asseuré de l'honneur de son

» amitié. Les consolations contre telles pertes jie se trouvent

» point es raisons humaines, pour vostre regard; car nature

» est plus forte à les sentir que la raison à les amortir; et '

» aussi peu pour le nostre, en la fragilité des choses de ce

» monde, puisque nous y voyons de l'extraordinaire mesme

» en ce que les coups nous redoublent si près à près. Il les

» faut chercher en Dieu, qui régit tout justement et ne fait

» rien à l'adventure ; qui fait le bien de ceux qu'il aime en

» les retirant, et de ceux qui les aiment, tout ensemble, en

» les advertissant par là de s'amender et convertir à lui.

» Vous verres, au reste, madame, s'il y a moïen de faire

» chose qui apporte quelque soulagement à ce qu^il a laissé,

» et si mon peu de pouvoir y peut faire chose qui revienne

» au bien de la maison pour laquelle je ne serai jamais las

» d'emploier mon service en toute affection. »

» monstre de vons bien servir; et mesme, la dernière fois qu'il eust cest heur de » baiser les mains de Vostre Majesté, vous ne lui voulustes jamais rien commander, n combien que par deux fois il se feust présenté devant vous pour cest effect; ains >• s'en retourna comme il estoit venu. — Si est-ce que je l'aimois tant, va dire le ». roi, il me le devoil dire ou faire dire : j'y eusse donné ordre et l'eusse contenté. «^ » C'est ainsi, ajoute P. de l'Estoile, que les rois en font : ils regrettent ordinal- » rement la mort de leurs serviteurs desquels ils n'ont pu souffrir la vie. » i. Mém, de D. -Mornay, édit. in-4o, t. U, p. 129.

380 FRANÇOIS DE GHASTILLON.

Quel chrétien, quel Français pouvait, mieux que Ph. de Mornay, rendre hommage à la mémoire de ce pieux et héroïque François de Chastillon qui, jusqu'à son dernier soupir, était demeuré fidèle à sa noble devise : Dieu et patrie!

Lettre de Philippe II à Catherine de Médicit. il septembre 1572.

^ A la Reina Ckf^ mi madré y Senora.

« M. de San Goard me dio la carta de V. M<i y me refirio particularmento » lo que ayia passado en el justo castigo que por orden del Ghr°><> rey my » herm°^ y de V. M<i se dio al Almirante y a los de su secta y parcialidad, » que por aver sido un hecho de tanto valor y prudencia y de tanto servicio, » gloria y honnra de Dios, y universal beneficio de la christiandad y partiw colar del rey my herm"® y de sus cosas, fue para mi la major y mas ale- » gra nueva que al présente me pudiera venir, y por me la aver scripto 9 Y. M<1 le beso muchas vezes las manos, que aviendo estimado lo uno y lo n otro en lo que es razon, quedo despachando el marques de Ayamonte para » que lo vaya a representar à V. M^ y a visitar la y alegrarse de mi parte con » V. M<1 y con el rey mi herm"° deste tan glorioso successo, como lo hara « entretanto don Diego de Zuniga mi embass^^'. Y remitiendome a el, dire » solamente que en fin h. bien mostrado al mundo Y. M'*" lo que tenian en • su Christian© pecho, y que beso à V. M* las manos, cuya chr™» persona » N. S' guarde como yo desseo.

» De Madrid, a 17 de Sei^ 1572.

» Buen hijo y Herm"® de Y. M*. »

Lettre de Grantrye h Catherine de Médicis. 12 septembre 1572. (Bibl. nat., mss. Y« Golbert, vol. 427, fo 150.)

« Madame, ceulx de Zurich ont reçu lettres de Gencfve, de Berne, de Basle n et SchafTouze, toutes presque d^une mesme substance et accordance, rem- » plies de beaucoup dUmpostures, de quoy je ne feray redicte en mes lettres,

382 FRANÇOIS DE CHASTILLOW.

» en ayant adverty les Grisons, de façon qu'ils ont osé me venir combattre « de cesditcs nouvelles-là, avec tout le scandale du monde. Us ont eu au^ * ceux de Zurich, un de leurs bourgeois, qui fait grand traficq, qui leur a » escrit l'emprisonnement fait par le gouverneur de Lyon des marchands » grisons, de Saint-Gall, de Basle ; et encore en sont venus advis aux Grisons

> qui y envoyent avec toutes les furies du monde, et ont commandé à letir- » dit ambassadeur d'aller jusques à Voz Majestez où ils recherchoient d'aydes, » d'importunitez et niaiseries ; mais je lay empesché, et asseure qu*il n'y » aura occasion de passer Lyon, en ayant escript bien amplement au sieor » de Passy Mandelot J'en escripts à Voz Majest«z, comme est le debvoir

> d*un trôs-fidôle et très-obéissant serviteur et subject, laissant la moitié de » Taigreur qu*on en dit. Ils en sont logez si avant, madame, gue tous les » cantons protestans, et alliances, Hz font une diète à Arau, etc.

Lettre de DelaFontaine-Gaiidard et de Grangier au roi. 17 septembre 1572. (Bibl. nat., mss, V» Colbcrt, vol. 427, f« 132.)

tt II viendrait bien mal à propos que Vostre Majesté demandast maini> tenant aucune levée, veu le désespoir auquel sont entrés les cantons prt>- » tcstans, ayant entendu ce qui s'est passé en France, et il est à craindre 0 que faisant quelque alliance avec les princes protestans d'Allemagne, ils » se ruent sur le païs des cantons catholiques qui leur sont inférieurs en n nombre d'hommes, ou pour empescher les levées de Vostre Majesté et » révoquer celles qui leur auroient été accordées, ou bien pour essayer de » les ruiner du tout, estant chose toute commune et certaine, que lesdits » cantons protestans sont plus abattus et estonnés qu'ils se soient point u veuz, au dire de chacun, depuis leur changement de religion, ne prenans )) que ce qui sert à nourrir leur passion de tout ce que nous leur avons sceu » dire, escrire et remonstrer sur les causes de ce qui est nouvellement » advenu en vostre roïaume, et la bonne volonté que Vostre Majesté a de » conserver tous ses sujets en paix et repos, etc.

Lettre de Grantrye à Catherine de Médicis. 19 septembre 1572. (Bibl, nat., mas. V« Colbcrt, vol. 427, fo 154.)

tt Madame, j'ai receu, le 18 de ce mois, la dépesche de Voz Majestez avec » l'extrait qu'il leur a pieu m'envoyer, où est de plus déclaré et mieux narré » l'accident et descouverte de la malheureuse, et faut dire, exécrable entre- » prise des méchans qui avoient conspiré contre le roy, vous, madame«

» messeigneurs vos enfans, et le roy de Navarre, auxquels* s'il eust été » possible leur donner mille fois la mort, Ton ne les eust suffisamment sceu » pugnir. En quoy, comme est le debvoir d'un ûdèle serviteur, je n'oublierai » rien à en faire remonstrance, pour le besoin que je sçay qu'il en est, et le » diray de telle façon que, au lieu où il a pieu à Voz Majestez me constituer, » un autre ne fera mieux.

» Mais, madame, j'ai bien voulu faire ceste dépesche de ma propre main

» seulement à Vostre Majesté, pour vous remonstrer, en toute humilité, les

M deux contjirariétez où Voz Majestez nous ont pu mettre par leur dépesche

» du 24 du passé et celle de maintenant. Alors sçaiche Vostre Majesté qu'il

» vint nouvelles, de toutes parts, à tous les cantons protestans d'une vesper-

a tine donnée à tous les huguenots par tout le roïaume, et que mesme l'on

» n'avoit pas pardonné aux femmes et enfans, criant si haut et avec tant

» d'exécrations, que je ne l'oseray jamais escrire. Brief, madame, s'il faut,

» comme très-humble, à la vie et à la mort, vostre subject et serviteur, ilz

» disoient : Que c'estoit une délibération et résolution que Vostre Majesté,

9 monseigneur, avec messire de Guise, avoient machinée, il y a longtemps,

A exceptant le roi de cela ; et que Vostre Majesté avoit establi les noces du

» roy de Navarre avec Madame, pour mieux attrapper ceux-là ; que l'on voit

» bien, en un mesme temps, ce que le sieur Stresse a faict à La Rochelle,

» feignant aller aux Indes; ce qui s'est exécuté à Orléans, à Metz, à Lyon et

^ autres lieux que, pour éviter prolixité, je tairai. Ceci, madame, arriva encore

« plus tost que la dépesche du roy du 24. Je cognus bien soudain qu'il n'estoit

» pas. le service de Voz Majestez de le publier ainsy, car encore aux Grisons

» qui sont delà les monts, Engadine, Valteline, val de Berguille, ils avoient

)) nouvelles par lettres escrites du conte Jehan DangueroUes, et de Milau

• autrement.

» Voilà en quoy, madame, je me trouve doubter. Je rendray bon compte, » et en brief, comme je y auray procédé, car j'envoie le truchement de Voz « Majestez, et autres fidèles serviteurs, par les communes, faire bien entendre 0 cecy, avec l'honneur et réputation de Voz Majestez, que meschans et poul- » trons prédicans blasment, appelant tout haut Vosdites Majestez manqueurs t et infracteurs de vostre édict et foy promise, et pis ; qui me donneroit « cent morts, madame, ne me feroit plus de mal, oyant cela.

« Au reste, je supplie très humblement Voz Majestez, encore que je soye » des moindres et plus incapables de vos serviteurs, subjects et ministres, » croire qu'il ne seroit hors de propos faire imprimer une apologie où tout 0 le succès de tout cecy fût bien discouru ; faire mention de quelques-uns de la 0 religion qui auroient ouy ces malheureux conseils, avec aussi les confes- » siens de ces secrétaires du feu admirai et autres prisonniers que Voz » Majestez tiennent, pour cela estre publié par toute l'Allemagne, icy et » aultre part, où vos prudens ministres ne doivent rien oublier.

» Ce malheureux admirai et sa suite (je supplie Vostre Majesté me par- » donner si ainsi je parle] avoit tant de moyens et pratiques par toute l'Aile- » magne, les Suisses et protestans, que rien plus. Dieu, par sa sainte grâce, » a délivré Vosdites Majestez, messeigneura vos enfans, et le royaume, d'une

i> grande ordure et peste, dont tout bon chrestien doit faire prières et rendre » grâces à Dieu. Cependant aussy, comme j'ay escript à Vosdictes Majeslez » par ma dépesche du 12 de ce mois, ne seroit mauvais escrire à ceux-<j, )> oultre ce que je leur feray bien entendre, comme Voz Majestez n*ont jamais » entendu ny voulu rompre leur édict de paciflcation, ny aussy faire entr»- » tenir leurs marchands à Lyon, comme vostre gouverneur de Lyon a fait ; » que cela a esté sans vos intentions et yolontez; ledict gouTemeur, estant » galant homme, s^en saura bien purger, sur quelque autre raison qui l*aura » meu de ce faire, pour éviter qu*il en vtnt sédition.

M Je ne veulx oublier advertir Vostre Majesté comme il est arrivé une » infinité de Françoys à Basle et Strasbourg, qui ont publié une grande 0 partie de ces impostures. Pareillement j^ay advertissement comme le can- » ton de Berne est entré en grande picque avec le canton de Lucerne; aussi i. les cinq cantons s*en empliront. Je Tay descouvert par les lettres que i> ceux de Zurich en ont escript icy. Bricf, sçaiche Vostre Majesté qu*Ll ne N se remue icy rien que je ne descouvre, et es environs, car je n^y espargne » ny ma peine, ny ma bourse. »

La levée de six mille Suisses fut « accordée au roi de France par mes- » sieurs des cantons de son alliance. » Ces six mille hommes devant, pour se rendre à leur destination, traverser le territoire bernois, Tavoyer et le conseil de Borne écrivirent au syndic et au conseil de Genève, le 8 jan- » vier 1573 * : Tant à cause de la paix perpétuelle que des traités d^alliance » d^entre noz alliez et confédérés et nous, sommes contraints, ores que voul- • drions bien que ce fust à autre fin, de permuter et accorder le passage » des 6,000 hommes levés, à la condition toutefoys de leur honneste corn- » portement avec et envers les nostres, comme avons peu adviser estre pour •» le mieux à faire; de quoy avons bien voulu, de bonne part, vous advertir, » afin de tant mieux pouvoir adviser à vostre seureté, en cas que, de la part H de Sa Majesté, ce que toutefoys ne pouvons croire, il y eust quelque inlel-

n ligence ou entreprinse contre vous et vostre Estât, lequel nostre bon Dieu, » par sa grâce, veuille conserver. »

Le lendemain, 9 janvier, Tavoyer et le conseil de Berne écrivirent à Tambassadeur de France * : « Nous vous prions d^adviser derechef et admo- » nester bien les sieurs capitaines (des troupes levées) de leur charge, » qu*en suyvant nos amiables remonstrances par nous cy-devant sur plu- )) sieurs journées et autres pour mesme regard faites, ils ayent à se

i. Archives de Berne, Weltsche Missiven Buch, vol. E, fo 351.

2. Archives de Beme, Weltsche Missiven Buch, vol. E, f« 35. — Voir aussi une lettre de l'ambassadeur de France aux autorités bernoises^ du 20 mars 1573. (Ar- «hivet de Beme^ Frankr^h^ vol. 3.)

^ contenir et abstenir de lever ni emmener aulcuns de nos gens, ains les » laisser à leurs maisons, pour attendre sur nous et la patrie, en suivant nos o ordonnances et inhibitions sur ce faictes. >»

Lettre de Legresie aux autorités bernoises. 31 octobre 1572. (Archives de Berne, Frankreich^ vol. 3.)

A nobles, magnifiques et puissans seigneurs, messeigneurs les advoyers et conseil de la ville et canton de BeîTie, à Berne,

Messeigneurs,

« Ce n'est chose nouvelle de trouver, en la prospérité, faveur et cour- » toisie des hommes : mais c'est une fort rare et singulière vertu, quand » ceulx qui ne sont en rien tenus ny obligés aux autres, les recueillent, » consolent, favorisent et soulagent, defaictet deparollcs, au temps de leur » plus grande affliction et désolation : et me semble qu'entre toutes les » actions humaines il ne s'en peut imaginer aucune qui rende les hommes » plus approchans de la nature de Dieu, lequel incessamment desploye ses » dons et grâces sur les hommes, quelque indignes qu'ils soient. Ceste consi- » dération, messeigneurs, me commande vous recognoistre pour des plus )> vertueux et honorables seigneurs du monde, ayant si humainement et » volontairement reçu, traité et favorisé, en vostre ville, MM. de Chas- » tillon et de Laval, parmy leurs calamités et afflictions extrêmes ; ce que . » je porte tellement enraciné en ma mémoire et en mon cœur, qu'en » tous endroits et devant tous hommes j'en rendray, toute ma vie, bien )) ample et certain tesmoignage. De ma part, messeigneurs, n'ayant, pour » le présent, aus.tre moyen pour m'acquitter de mon devoir envers Vos » Excellences, je vous remercie très-humblement et très-affection nément de » tous vos bienfaits, vous suppliant croire qu'à jamais me trouverez prcst » à vous rendre tout le service et obéissance qu'il vous plaira requérir ») de moy et me commander, autant que ma petitesse le pourra porter. » Au surplus, il me semble, messeigneurs, que je ne dois aucunement » taire rhoneste et sage conduite de MM. de Bonseteten etd'Erlac, lesquels, )) avec l'aide de Dieu et moyennant leur grand soin et diligence, selon )> vostre intention et commandement, nous ont rendus, messieurs mes mais- 9 très et leur Compaignie, sains et saufs en ce lieu, auquel ils sont délibérez » ne faire plus long séjour que la nécessité des affaires qu'ils ont à négocier ») avec M™o d'Andelot le requerra, estant bien résol us en tout et partout se » conformer à vos très-bons avis et très-sages conseils, en la protection D et sauvegarde desquels ayant par vous une fois esté reçus, ils désirent

» et vous supplient très-humblement qu^il vous plaise les continuer el » maintenir, ne faisant difficulté quelconque de leur servir de cantios » envers Vos Excellences, pour les asseurer que jamais ne vous repentirez, » messeigneurs, d'avoir fait plaisir à tels jeunes seigneurs, issus de si » généreux et nobles parens, et affligez pour telle occasion : lesquels se » mettront eh tout devoir pour, à Tavonir, en faire autant de recognoissance ^ qu'ils en auront de moyen, par la grâce de Dieu, lequel je supplie c^o- 1) server et accroistre de plus en plus Vos Excellences et Seigneuries, 9 messeigneurs, en toute grandeur, pour Tavancemenl du règne de son )> fils et la défense de ses églises. De Basle, ce dernier jour d'octobre i57i.

» Votre très-humble et très-obéissant servit' ur à jamais,

Legresle.

Arrêt rendu contre l'amiral de Coligny. 27 oclobrc 1572. (Mém, de V estât de France soubs Charles /A', t. I, p. 748 et suiv.)

« Veu par la chambre ordonnée par le roy, en temps do vacations, les inforj mations faites à la requeste du procureur général du roy, suyvant Tarrest n donné par ledit seigneur roy, séant en son parlement, le 29<* jour d'aoust » dernier, à rencontre de feu Gaspard de Coligny, en son vivant amiral de » France, pour raison de la conspiration naguères par luy faite contre le roy a et son Estât, tranquillité et repos de ses sujets; interrogations, confes- » sions et dénégations d'aucuns prisonniers, es prisons de la conciergerie )) du palais, pour raison de ladite conspiration apportées au greffe de ladite » cour; rescriptïons, lettres, missives, mandemons, ordonnances, mémoires, » quittances et receptes dudlt feu de Coligny, datées du 28* jour d'aoust i571 » et autres jours et moys en suyvant jusqu'au 28 d'août ib72, dernier passé; » enquête faite d'office sur la vérification des écritures et seings dudit feu » de Coligny apposés ôs dites missives, rescriptions, mandemens, mémoires, » quittances et récépissez, et autres pièces mises par ledit procureur géné- » rai du roy pardevers deux conseillers de ladite cour commis par ladite « chambre pour l'instruction du procès criminel dudit Coligny, ses adhéa rens et complices; conclusions dudit procureur général; et tout veu et » considéré;

» Dit a esté que ladite chambre a déclaré et déclare ledit feu de Coligny ■ avoir esté crimineux de lèze-majesté, perturbateur et violateur de paix, d ennemy du repos, tranquillité et seureté publique, chef principal, auteur » et conducteur de ladite conspiration faite contre le roy et son Estât; a » damné et damne sa mémoire, supprimé et supprime son nom à perpé- » tuité : et pour réparation desdits crimes, a ordonné et ordonne que le

» corps dudit Goligny, si trouver se peut, sinon en flgure, sera pris par

1» Texôcuteur de la haute justice, mené, conduit et traîné sur une claye,

» depuis les prisons de la conciergerie du palais jusques en la place de

» Grève, et illec pendu à une potence qui, pour ce faire, sera dressée et éri-

i» gée devant l'hostel de ville, et y demeurera pendu Tespace de vingt-

» quatre heures ; ce fait, porté au gibet de Montfaucon et pendu en iceluy

:> au plus haut et éminent lieu ; seront les enseignes, armes et armoiries

» dudit feu de Coligny traînées à queues de chevaux, par les rues de ceste

A ville et autres villes, bourgs et bourgades où elles seront trouvées avoir

^ esté mises, à son honneur, et après rompues et brisées par l'exécuteur de

.> haute justice, en signe dMgnominie perpétuelle, en chacun lieu et carre-

» four où Ton a accoustumé de faire proclamations publiques. Toutes les

9 armoiries et pourtraitures dudit de (Joligny, soit en bosse, ou peinture et

* tableaux, ou autres pourtraits, en quelque lieu que soyent, seront cassez,

* razés, rompus et lacérez : et est enjoint à tous juges royaux faire exécuter ^ le présent arrest, en ce regard, et chacun en son endroit, et à tous les » sergents do ce ressort delTenses d*en garder ou retenir aucun. A déclaré »> et déclare tous les biens féodaux qui furent audit feu de Coligny, tenus et » mouvans immédiatement de la couronne, remis, retournez et incorporez » au domaine d'icelle : et les autres fîefs et biens, tant meubles qu'imj> meubles acquis et confisquez au roy;

* A déclaré et déclare les enfans dudit feu de Coligny ignobles, vilains, » roturiers, intestables, indignes et incapables de tenir estaz, offices, digni- » tez et biens en ce royaume; lesquels biens, si aucuns en ont, ladite cham- 3> bre a déclaré et déclare acquis au roy;

i> Et, en outre, a. ordonné et ordonne que la maison, seigneurie et chas- » tel de Chastiilon-sur-Loing, qui estoit habitation et principal domicile du- » dit de Coligny, ensemble la basse-cour et tout ce qui dépend du principal T manoir, seront démolis, rasez et abattus, et défenses de jamais y bastir » ny édifier, et que les arbres plantés es entours de ladite maison et chastel, » pour Tembellissement et décoration d'icelle, seront coupez par le milieu.

;) Aussi a ordonné et ordonne qu^en Taire dudit chastel sera dressé et » érigé un pilier de pierre de taille auquel sera mise et apposée une lame » de cuivre, en laquelle sera gravé et escrit le présent arrest; et que dores- » navant, par chacun an, le 24« d'aoust, jour et fête de Saint-Barthélémy, » seront faites prières publiques et processions générales en ceste ville de a Paris, pour rendre grâces à Dieu de la punition de ladite conspiration » faite contre le roy et son Estât.

» Prononcé et exécuté, Icsdites armoiries traînées à queues de chevaux » par les carrefours de cette ville et faubourgs de Paris, les 27° et 29^' jours » d'octobre, Tan 1572. — Collation faite.

» (Signé) ; Malon. »

388 FRANÇOIS DE GHASTILLON.

Arrêt rendu contre Briquemàut et Gavagncs le 97 octobre id72. {Mém. de Vetiai

de France soubs Charles /X, t. I, p. 752, 753.)

» Veu par la chambre ordonnée par le roy, au temps des vacations, le » procès criminel fait à la requeste du procureur général du roy, sujraat » Tarrest donné par le roy, séant en son parlement, le 26 d^aoust dernier. ). à rencontre de François Briquemàut et Armand de Gavagncs, prisonniers i. es prisons de la conciergerie du palais, à Paris, pour raison de la conspi- » ration faite par feu Gaspard de Goligny, lesdits Briquemàut ci Cavagnes » ot complices contre le roy et son Estât; les procès criminels faits à autres

* prisonniers, à Lyon, pour raison de ladite conspiration, apportez au greffe M de la cour, et tout ce qui a esté mis et produit pardevers ladite chambre

* par le procureur général du roy, avec ses conclusions : et ouys et inler- » rogez par ladite chambre iceux Briquemàut et Gavagnes, et les délits à eux ») imposez; et tout considéré;

u Dit a esté que ladite chambre a déclaré et déclare lesdits Brtquemaat ) et Gavagnes crimineux de lèze>majesté : pour réparation dudit crime, a » condamné et condamne ledit Briquemàut à estre exécuté, privé et dégradé » de tout honneur ; ce faict, lesdicts Briquemàut et Gavagnes estre menez et M traînez, chacun sur une claye, par Texécuteur de la haute justice, depuis » les prisons de la conciergerie du palais jusques à la, place de Grève, et i> illec pendus et estranglez en une potence croisée qui y sera dressée et érigée, » pour y demeurer l'espace de vingt-quatre heures, et après portez et pendus u au gibet de Montfaucon;

» A déclaré et déclare tous les biens féodaux desdits Briquemàut et Gava- )) gnes, tenus et mouvans immédiatement de la couronne, réunis, retournez « et incorporez à icelle, et tous leurs autres biens, tant meubles qu'immeubles, » féodaux que roturiers, acquis et confisquez au roy : et les enfans d'iceux M Briquemàut et Gavagnes ignobles, vilains, roturiers, infâmes, intestables, » indignes et incapables do tenir auscuns estats, offices et dignilez en ce )> royaume, et tous et chacuns leurs biens meubles et immeubles, si aucuns V) en ont, acquis au roy.

» Prononcé auxdits Briquemàut et Gavagnes et exécuté, le 27* jour d*oc- » tobre 1572.

n Gollation faite, ainsi signé : Malon. *

Exécation des arrêts fendus contre Goligny, Briqucmaut et Gavagnes, le 27 octobre 1572. (Mém. de festat de France soubs Charles IX, i. l, p* 748 et suiv.)

« En moins de rien Brlquemaut et Cavagnes, condamnés par jugement

n couvert du sacré nom de justice à estre pendus, furent menez en Tune des

^ plus grandes et notables places de la ville, suyvis de plusieurs milliers

» d'hommes. La royne mère amena à ce spectacle le roy et ses autres fils,

» ensemble le roy de Navarre, son gendre : les courtisans estimans qu'à ce

») dernier exploit, cela viendrait fort à propos si Briquemaut, en la présence

» de tout le peuple, demandoit pardon au roy, luy envoyent gens pour Tad-

» vertir qu'il pourroit aisément sauver sa vie; que le roy cstoit bénin et

» miséricordieux, de sa nature, qu'il auroit sa grâce facilement, s'il la deman-

» dait, en confessant le crime dont il estoit chargé. Briqucmaut respond

*» franchement et d'un grand courage, que ce n'estoit pas à luy à faire, mais

o au roy de demander pardon à Dieu d'un tel forfait; qu'il ne prieroit jamais

» qu'on luy pardonnastun crime dont il n'estoit aucunement coupable, mais

» du tout innocent, dont il appeloit Dieu à tesmoin, le suppliant cependant

.) de pardonner au roy une telle desloyauté. Gela dit ces deux excellens per-

» son nages furent attachés par le bourreau, puis pendus et cstranglez.

» On pendit avec eux un homme de foin, ayant la figure de l'amiral, en '> renversant par telle exécution toute forme de jugement, veu que l'amiral a a?oit esté tué auparavant, et après sa mort, on lui faisoit son procès. »

Lettre de Jacqueline d'Entremonts au duc de Savoie. 15 septembre 4572.

(Archivio générale del regno. Torino.)

« Monseigneur, Vostro Altèze aura esté avertie de la mort de feu monsieur ) Tamiral, qui me gardera de vous en faire le discours, lequel aussi m'est

• d'autant plus ennuieux que selon l'aparanssc des hommes, il commansoit » à avoir les moiens pour faire preuve à Votre Altèze de sa volonté, qui

* estoit telle que j'avois asseuré à Vostrc Altèze, comme l'un des plus affec- ) tionnés très-humbles et obéissans sujets et serviteurs que Vostre Altèze » aura jamais ; mais, puisqu'il n'a pieu à Nostre-Seigneur qu'il ait fait preuve rt de la servitude qu'il avoit voué à Vostre Altèze, de quatre enfans, A comptant celui que je porte, lesquels luy sont restés, les deux avoient esté » dédiés au service de Vostre Grandheur, lesquels je m'asseure, monseigneur,

» vous auFôs avec la mère tousjours sous vostre protection, et tretous prîe- » rons Nostre-Seigneur donner à Vostre Altèze, monseigneur, en toute per- » fection de grandheur et contantement, très heureuse, très-longue et très- 9 contante vie. De Châtillon, ce 15 de septembre 1572.

* Vostre à jamais très-humble et très-hobéissante sujette et servante,

A Jaqueline Dantremonz. »

Lettre de Charles IX h Damville. i l décembre 1572. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,245. f» 11.)

c. J'avois délibéré d'emploier le président Bellicvre à la légation de

3 Suisse, estimant qu'il n*estoit pas, pour le présent, beaucoup nécessaire en » vostre gouvernement * ; mais aïant entendu de vous le contraire, je trouve « bon et luyescripts qu'il n'ait à se bouger, ains continue auprès de vous le * bon debvoir qu'il a jusques icy rendu au bien do mon service. »

Lettre de Charles IX à Damville. 2 janvier 1573. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,245, fo 23.)

« J'escripts présentement au président de Bellièvre do donner tel ordre à A ses affaires, que dans dix ou douze jours après la réception do la lettre que » je luy escripts, il puisse partir pour s'acheminer en Suisse, où il m'est « très-nécessaire, pour les occasions qui s'y présentent pour mon service, » encore que je sçache bien qu'il me fût beaucoup utile auprès de vous, dont » je vous ai bien voulu advertir. »

Charles IX à Damville. 12 janvier 1573. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,245, fo 27.)

c Je vous prie aussi permettre que le sieur de Bellièvre, suyvant ce

» que je vous en ay escript par ma dernière, parte pour aller en Suisse où à il est fort nécessaire et attendu en grande dévotion pour mon service, p

1. D'une lettre de Charles IX à Damville, du 0 octobre 1572 (bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,183, fo 49), ressort la preuve que, dès celte époque, le président de Bellièvre était employé, en Languedoc, auprès de Damville.

Extraits d'une harangue de Pomponne de BcUièvre. 7 (8) décembre 1572. (Bibl. nat., mss. collect. Dupuy, vol. 5G9, p. 79 et suiv.)

Remonstrances faites par le sieur de Bellièvre^ conseiller au conseil d'Estal cl privé du roy aux ambassadeurs de messieurs les treize cantons des anciennes Ligues des haultes Allonagnes, en la journée assignée à Baden en Argonne, le 8® jour de décembre 1572, où il est traité des causes qui ont meu le roy de faire pro» céder à la punition de l'admirai de Chastillon et de ses complices,

« Magniûques et puissans seigneurs,

» Le seigneur roy, mon maître, qui trop volontiers vous feroit par-

» ticipant des félicités qu*il plaira à Dieu de lui envoier, vous a souvent » avertis de ses aiTaires, et comme rejeté en vostre sein partie de ses dou- ■» leurs, estant très asseuré que vous l'aimez de cœur, que, sans aucune A simulation vous contristez de son mal, et que vous lui assisteriez, ainsi ^ que vous avez tousjours fait, de vos moiens, forces et bonnes volontez.

» Sa Majesté estoit résolue de racheter la paix et le repos de son

« roïaume, encore que ce fust avec beaucoup d'incom méditez qui sont bien » difficiles à supporter à un prince de la grandeur et générosité que Dieu » luy a donnée; et vous puis dire que, si le feu admirai de Chastillon, par n une trop grande présomption de ses forces et asseurance d'impunité qu'il a avoit prise, n'cust hasté la punition que Dieu luy a envoiéo, il est à pré- » sumer qu'il eust longuement retenu l'autorité qu'il avoit usurpée dedans » le roïaume de France, auquel y ayant esté establi par l'ordonnance de a Dieu et selon la succession naturelle un très-bon roy, prince très-vertueux "t et très-digne de ce grand commandement, il y avoit néantmoins introduit » une dangereuse tyrannie, mêlée de quelque forme de république et disso- « lution populaire ; et comme ainsi soit que la punition d'un si dangereux d subject, qui se présumoit compagnon de son maistre, fust tellement » nécessaire que, qui eust différé à l'exécuter, la ruine et totale éversion de » ce beau roïaume de France n'eust tardé à s'en ensuyvre, le malheur a esté » tel, que le peuple, que l'on a esté contraint de faire armer, en un si grand » et éminent péril qui lors se présentoit, a usé insolemment des armes qu'on » lui avoit mises en mains, à l'endroit de plusieurs pauvres subjectz de » Sa Majesté qui faisoient profession de la religion nouvelle, dont avec la » nouvelle de l'exécution faite dudit amiral et de quelque nombre de gen- » tilshommes, ses complices, seroit advenu, ainsy que Sa Majesté a esté

» advertie qu*aucuns potentaz, ses voisins, sont entrés en opinion que ladite » exécution faicte en France s^étendoit à tous ceux qui sont de la me>nk

• religion, ce que ledit seigneur roy prie ung chacun, tant d'une religion que » d'autre, de ne vouloir croire et de n'adjouster si souvent foy aux parolles » de certains rebelles, soutenus de la plus malheureuse et détestable conspi- » ration qui, de nostro temps, ait esté faite.

» Aucun des voisins de Sa Majesté ne se pouvoit esmouvoir deoe

» qui est advenu à Tadmiral et à ses complices, ni pareillement de ce qu« » les articles de la paix dernière ne soient à présent observés en France. Ce » n'est pas le roy qui en est la cause; c'est Tinquiétude, Taudace et le

• malheur qui ont toujours accompagné ledit admirai jusques à une fin si » honteuse, que son péché lui avoit de longtemps préparée.

» Si quelques-uns me demandent pourquoy est-ce que le roy lui faisoit » tant de faveurs, puisque de longtemps il Tavoit cogneu et le cognoissoit

• pour meschant et desloyal subject, je serai contraint de confesser que c*esl i» la plainte commune des bons subjectz de Sa Majesté, et vous dirai que les » plus favoris dudit admirai s'esbahissoient comme il estoit possible qu'on

• supportast tant de lui comme on faisoit. Aussi le roi, qui est doué d'un ï> très-benin et très-excellent naturel, disoit, pour toute réponse, qu'il estoit » meilleur d'octroyer audit admirai tant de choses que par importunité il » lui accordoit, que de revoir, dans son roïaume, une guerre civile dont ledit » admirai le menaçoit en plein conseil, pour peu que Sa Majesté se rendist

• difficile à lui accorder ses demandes, tout injustes et déraisonnables » qu'elles fussent; et que le rov ne voulut, à son appétit, rompre la paix au Y) roi d'Espagne, pour lui faire la guerre en Flandre, il n'eut point honte de » lui dire, en plein conseil et avec une incroyable arrogance, que, si Sa » Majesté ne consentoit de faire la guerre en Flandre, elle se pouvoit assurer i» de l'avoir bientost, en France, entre ses subjectz.

» Il n'y a pas deux mois que, se ressouvenant Sa Majesté d'une telle » arrogance, disoit à aucuns siens serviteurs, entre lesquels j'estoîs, que » quand il s'ouit ainsy menacer, les cheveux lui dressoient à la teste. Je ne y parle point par rapport d'au truy seulement; je l'ay veu, je Tay sceu, je l'ay » ouï, j'ay esté présent; j'en ay eu plusieurs fois horreur.

n On raconteroit infînies réponses dudit admirai pleines d'audace, de témé- » rite et de rébellion. Il scroit infini et trop long à raconter combien de » choses il a entreprises contre le roy et son autorité, pendant les deux » années que la paix dernière a duré; en quoy, pour éviter à plus grands 0 maux, il a esté supporté avec une incroïablc patience.

> Enfin, estant venue son heure digne de lui et très-malheureuse à tous 0 ceux qui le suivoient, comme il est nécessaire que celuy qui met beaucoup « de gens en crainte et en danger soit pareillement mis en crainte et en

• danger, retournant du chasteau du Louvre pour aller en son logis, le 22 du ït mois d'aoust dernier, environ les onze heures du matin, il fut tiré, par une » fenestre, d'un coup d'arquebuse et atteint au bras droit, tellement que, » pour ce jour-là, il fut tenu en quelque danger de mort.

» Le roy, la roy ne sa mère, nos seigneurs les ducs d'Anjou et

» d^Alençon, frères de Sa Majesté, furent visiter ledit admirai, le jour môme T» de sa blessure, pour le consoler et lui offrir tout plaisir et faveur. Sadite a Majesté, sachant la malveillance que le peuple lui portoit, lui fit offrir, ') pour sa seureté, un bon logis dans le chasteau du Louvre, ce qu'il refusa, -> estimant qu'il estoit assez asseuré des forces d'un si grand nombre de ses » adhérens qui se trouvoient lors dans Paris. Sadite Majesté, non contente » de rhonnestcté dont elle avoit desjà usé à l'endroit dudit admirai, craignant d toujours que mal ne luy.en advînt, lui fit de rechef offrir et conseiller qu'il

a eust à se retirer dans son cliâteau du bois de Yincennes

» Ledit admirai, se confiant es grandes forces qu'il avoit lors dans Paris, « plein de dépit et de vengeance, ne voulant perdre Toccasion qui lui sem- A bloit se présenter de se faire maistre des affaires dans le roïaume de » France, reçut cet office, non ainsi qu'il devoit, et comme venant de son « roy, son bon et gracieux seigneur, mais on desdain ; et luy et Téligny, son à gendre, et autres ses adhérens, firent réponse que tout ce qu'on luy présen- » toit estoit contre toute apparence de raison ; que ce seroit faire payer » l'amende au battu, si tant estoit qu'il sortist de la ville de Paris ; qu'il » falloit requérir le roy de faire sortir M. le duc de Guise, qu'ils soupçon- » noient estre cause et autheur dudit excès.

» Or, n'y avoit-il charge contre ledit seigneur duc. Tout le plus fort » qu'on alléguoit contre lui estoit que le coup avoit esté tiré de la maison » où habitoit un gentilhomme, personnage ecclésiastique, qui autrefois avoit » esté à son service, et lequel maintenant ne se trouvoit pour lors dedans a Paris.

x> Par l'opinion de plusieurs et de tous ceux raesmement de ladite religion, * ce coup fut imputé avoir esté fait par le sieur de Morevel, dont toutefois, ;> do ma part, je ne le veulx charger ni descharger. C'est un gentilhomme » qui a bien de quoy ; et n'est à croire que, pour espérance de profit, il se » mist à faire de telles entreprises. Il est cogneu pour personnage horri- « blemeiit résolu, hault et hardi à ia main. C'est celuy qui tua le sieur do j> Mouy, parmi toutes ses troupes. Ce gentilhomme, depuis la paix dernière, » a esté tousjours estrangement poursuivi et en sa vie et en son honneur » par ledit feu admirai, lequel, comme chacun sçait, avoit tousjours plus « de meurtriers entretenus à sa suite et à son ' commandement, qu'il n'en A dcmeuroit en tout le reste du roïaume. Or, estant ledit Morevel ainsi per- » sécuté et recherché par ledit admirai, et en son honneur et en sa vie, et » par procez qu'il lui avoit suscitez, on l'a par plusieurs foys ouy dire qu'il » cognoissoit bien de n'avoir les épaules assez fortes pour soustenir lon- » guement la dépense qu'il lui falloit faire pour se sauver des entreprises de » 1 admirai, mais qu'il estoit gentilhomme, homme de cœur, et se résolvoit » de luy vendre bien cher sa vie. A un personnage de cette résolution et » réduit à un si grand désespoir il n estoit besoin ni des conseils de M. de » Guise, ni d'autres pour le persuader d'entreprendre ceste vengeance, aïant » baillé suffisante preuve de ce qu'il portoit en l'estomac, en un si audacieux » acte qu'il fit contre ledit feu sieur de Mouy.

» L'admirai n'estima pas avoir besoin d'attendre la justice que le roi

394 FRANÇOIS DE GHASTILLON.

» estoit bien délibéré de faire faire; mais, le samedi, jour suivant de sa » blessure, aïant esté jugé par tous les chirurgiens que le coup n^^tôit » point mortel, il se fit lever du lit pour s'essayer s*il avoit assez de forcis » où il adviendroit qu'il print résolution de faire faire quelque exécution.

> Le jour mesme, fut tenu conseil en son logis et résolu qu'il falloit, poor » avoir leur vengeance, aller dans le cbasteau du Louvre tuer mondit sieur » de Guise, fût-il aux pieds du roy. Ils tindrent plusieurs mauvais propos dt M la roine, mère de Sa Majesté, et de M^ le duc d'Anjou.

» La roine, comme elle vouloit aller, à son esbat accoustumé, aux Tui- 0 leries, fut advertie par de très notables personnages, de la sincérité des- » quels elle ne pouvoit douter, ni de Taffection et bonne volonté qu^îL» » portoient à ceux de ladite religion, que si Sa Majesté et pareil Icaient » M*'' le duc d'Anjou sortoient hors les portes de la ville, de ce jour-iâ, » ils se mettroient en bien grand danger de leurs vies. Les advis d'une si

> dangereuse conspiration venoient au roy, d'heure à autre.

9 Enfin, comme on hastoit la certitude de l'entreprise qu'ils a voient faite » d'entrer en armes dans le Louvre et y tuer M. de Guise, et des menaces » que l'on faisoit contre la royne, mère du roy, et audit seigneur le duc » d'Anjou, Sa Majesté, se voyant pressée d'un si grand et évident péril de » perdre sa couronne, sa vie et celles des personnes qu'elle avoit et devoit » avoir les plus chères en ce monde, ne put avoir lors autre recours, après » Dieu, qu'un bon et sage conseil et assistance de plusieurs grands princes » et principaux officiers de sa couronne et seigneurs de son roïaume, qui se » trouvoient lors en sa cour ; lesquels tous, d'un commun accord et comme » d'une voix, après avoir considt^ré le danger où le roy et son roïaume se » trouvoient, remonstrèrent très-humblement à Sa Majesté que, pour son » service et pour le bien de la paix, ils auroient supporté de l'admirai tout j» ce que gens de bien peuvent endurer; qu'ils n'avoient pas moins d'affec- » tion d'obéir, en toutes choses, aux bons vouloirs et commandemens de » Sa Majesté qu'oncques ils aient eu, soit qu'il faille supporter en patience » l'insolence dudit admirai, ou qu'il faille reprendre les armes pour le corn- » battre en la canipaigne ; mais qu'il pleust à Sa Majesté de considérer la » grande perte de sa noblesse, de ses villes et de son peuple qu'il a déjà )> faite, à l'occasion d'un si malheureux homme, non homme, mais besle )) furieuse et irréconciliable, qui avoit perdu toute crainte de Dieu et des » hommes, mis sous les pieds toute la révérence que le sujet doibt à son » prince, la félonie duquel n'avoit pas esté domptée par la perte de quatre » grandes batailles qu'il avoit données à son maistre, avec une si grande n effusion de sang de ceux de son parti, que la mémoire seule en étoit hor- » rible et espouvantable à tous vrais et naturels François ; que luiiiéantmoins,

> qui n'avoit jamais eu que très-mauvaise réputation, et qui, du temps du » roy Henry, n'avoit oncques receu que honte, en charge qui luy eust esté . « commise, s'estoit tellement accoustumé au sang des subjectz de Sa Majesté, » à la ruine de son pays et éversion de la plus grande part de ses bennes

, » villes, qu'autre chose que la mort ne l'en pouvoit plus divertir; suppliant » très-humblement Sa Majesté, pour mettre Un à tant de malheurs dont le

e eatoit menacé et que l'on commençoil à toucher du doigt, qu'il o'iui pleust user de son aulhorlté et du glaire que Dieu lui avoit mis en > main, à la punition d'un si pernicieux subjcct.

1 II Tut advisâ que ce seroil chose fort exemplaire et qui serviroit gran- H dément à l'ndvcnir, qui le pourroit appréhender et en faire faire la justice.

» Mais considérei, magnifiques seigneurs, en quel malheur se trouvèrent a lora réduites les effaires de Sa Majesté I II n'y eut celuyqui ne trouvast le » conseil de le faire appréhender et punir par la voie ordinaire de la justicis

■ plus dangereux pour le roy qu'il n'eust esté pour ledit admirai.

» On considéra qu'il avoit dans Paris plus de huit cents gentilshommes, 0 grns accoustumés et nourris parmy les guerres civiles, et. qui estoient o venus en bon équipage, tous à son commandement ; que pour le moins y- » avoit dans ladito ville huit mille hommes qui estoient de sa religion et » prests à faire tout ce qu'il ordonncroit; qu'il avoit en la campagne trois » mille hommes, sous la charge de Villers Lesparre, que l'on disoit vouloir .> aller trouver le prince d'Orange. Outre ce, de tous costez de la France on

■ entendoit qu'il faiaoit levées de gens de guerre et estoit trop plus prest à * à donner une bataille que ne pouvoit estre le roy, qui jusques alors n'avoit n pensé à rien moins qu'à faire la guerre, et qui n'avoit plus qu'un désir en . ce monde, que de jouir du bien de la paix. On voioit que sitost que l'admirai . entrepren droit de mettre en avant son entreprise, qu'il ne seroit plus u possible è Sa Majesté d'empescher l'exùcution de sa mauvaise volonté, » de laquelle ne pouvant plus douter, le conseil fut pris d'armer le peupla » et faire souffrir audit admirai et à ses complices ce qu'ils préparoîent aux n autres.

0 J'ay veu Sa Majesté souffrir, à cette occasion, une merveilleuse peine; ■> mais quoil un public animé, ulcéré d'injures si fréquentes et si griefves 11 qu'il avoit souffertes, poussé d'un esprit de vengeance, acharna de la » cupidité et grandeur du pillage qu'il se voioit entre les mains, ne sceu se n modérer.

» Nous fusmes contraints d'endurer, à nostre grand regret, beaucoup de n choses indignes de la clémence et débonnairelé du roy; Eo cheval avoit i> pris le mords entre les dents et ne faisoit plus de compte de chose que » sçust dire ou faire son maïstro.

1) Si a-t-on appaisé ceste fureur. Le roy, M*' te duc d'Anjou, son lieute- » nant général. M" le duc d'Alençon, frères de Sa Majesté, et semblable- « ment tous les princes de son sang et grands seigneurs du royaume s'y " sont vivement et vertueusement emploiez; la roine, mËre de Sadite Ma- « jesté, y a pris une peine indicible et qui surmonte toutes celles qu'on lui » a veu si souvent et si courageusement supporter, pour le soustenement, B seurelê, repos et tranquillité de la couronne de F"""-

» Si l'on me demande où sont les preuves des c n récitées contre ledit admirai, je répondrai que j a dons pourront assez servir pour toutes preuves 1 rement congneu.

H Je n'ignore point qu'il n'attirast à soy les esl

» tion de probité, de prud'hommie et de justice, n'estant toutefois en w » que nialico, rapine, cruauté, avarice et injustice. Mesme il les g'aignof^ » pour leur faire journollement entendre que c'estoyt luy seul qui romport le? » entreprises qui se faisoient contre eux, les remplissant, à toutes heures » de vaines peurs et terreurs qu'il avoit inventées luy-mesme ; en quoy il » s'est montré Tun des plus ingénieux et artificieux menteurs que Ton ai^ » veus, de nostre mémoire. Il retcnoit à sa dévotion et subjectîon les Frao- ') Qois, ou par société de meschanceté, de rébellion et félonie contre lear » prince ; ou si, parmi sa troupe se trouvoit quelqu'un qui eust la conscieoe: » plus craintive et moins corrompue, par ses ruses, malices et subtilité/: il » le contraignoit néantmoins de persévérer en sa cordelle par une erainU » qu'il lui mettoit devant les yeux du grand nombre de meurtriers qui! » avoit à son commandement, dont il se savoit servir si à propos, quM » tenoit les pauvres gens qu'il avoit une fois mis en ses filets, comme enfer- » mes dans un chasteau enchanté.

» ... Je ne me puis assez esmerveiller, je ne sçay si jediray de la malice, '> témérité, présomption ou ignorance d'un tas d'infidèles et malheureux 0 subjectz du roy qui vont partout semant la peste et le venin de leurs can lomnies où Ton leur veut prcster l'oreille, et preschent l'admirai comme 1) innocent de leurdite conspiration, homme vaillant et utile en ce roîaume » de France, comme si on ne l'avoit jamais veu depuis treize ans en çà ne î> s'occuper que de menées et conspirations, si on ne l'avoit toujours coj^neu •) un fuyard à la guerre, et, en temps de paix, guerrier très-cruel et très- » sanguinolent, qui a tousjours esté en toutes choses si malheureux, que » qui cust voulu perdre un sien ennemi, il ne falloit sinon trouver le moyen » de le faire entrer en société et intelligence avec luy.

» Je demanderai volontiers à ces semeurs de faussetés et de calomnies » s'ils nous estiment si hébétez, s'ils présument tant de leur beau parler, » que d'estimer de pouvoir faire croire au monde que, si l'admirai et ses ») adhérons eussent entrepris de faire tuer M. de (iuise, grand maistre de la » maison du roy, es pieds de Sa Majesté, qu'ils n'eussent par mesme moïen 1) pris résolution, ou de tuer ledit seigneur roy, ou détenir prisonnier et en » faire à leur volonté. Faut-il douter qu'ils n'eussent pris la mesme résolu- ») tion contre la roine, mère de Sa Majesté, M"" le duc d'Anjou, M^** le duc » d'Alençon, princes si vertueux et do si grande espérance, et contre tout )) le noble sang roïal ?

)) Est-ce chose que le roy, pour débonnaire et pationt qu'il soit, ait pu ou ») dû souffrir, attendre et se remettre à leur sage discrétion ?

» Certainement, magnifiques seigneurs, je suis contraint de dire derechef » que je m'étonne de l'impudence de ces gens. H est force que je die que » Dieu les a aveuglez, que leur conscience les a mis en sens réprouvé. Il me » déplaist entrer en ces aigreurs de paroles ; mais, magnifiques seigneurs, » puisque ces malheureux ont pu trouver assez de personnes qui aient pa- )) tiemment ouy leurs impostures mentionnées et calomnies qu'ils ont puu bliôes contre leur patrie, contre leur roy et leurs ministres, j'estime et me ') tiens pour tout asseuré que vous, qui estes les bons et principaux amis de

» Sa Majesté, m'écoutez très-volontiers répondant aux calomnies. desdits » imposteurs, et disant la vérité de la vie et déportemens dudit admirai, du- )> quel on ne sçauroit dire s'il a esté et doit estre tenu plus infâme, ou pour » les honteuses fuites et ordinaires qu'on lui a veu faire en la guerre, ou » pour tant d'opprobres et ignominieuses condamnations qu'il a souffertes, » en justice.

w ... Le temps me deffaudroit si je voulois m'arrester à raconter les 0 crimes, les meschancetez et infidélitez commises par ledit admirai et ceux n qui participaient à sa faction. Il me sufût d'en avoir déjà tant dit, qu'au- « cun qui n'ait le jugement corrompu de passion ne pourra plus douter que )) Sa Majesté n'ait fait procéder à ladite punition, contraint et forcé par la » violence et trop grand pouvoir dudit admirai, etc., etc. »

Réfutation de la harangue de Bellièvrc.

(Mém. de V estât de France soubs Charles /À', t, II, p. 120 et suiv.)

Le recueil de pièces intitulé Mémoires de testât de France soubs Charles IX contient, au tome II, pages 129 et suivantes, un écrit d'une verve incisive et remarquable par la solidité de l'argumentation, dont nous ne saurions assez recommander la lecture. On y trouvera la réfutation péremptoire de la harangue de Bellièvre.

Cet écrit a pour titre : Réponse de Wolffgang Prisbachius, Polonois^ à une harangue soustenanl les massacres et brigandages commis en France^ prononcée en r Assemblée des Ligues, imprimée et publiée en langue allemande. En voici le début :

« Au mois d'aoust dernier, en peu de jours, on a massacré, en France, >) trente mille personnes. Ce n'a point esté en bataille rangée, ains en ploine » paix. Hz n'estoient armez ni prests à combattre, mais nuds et endormis, » ou à genoux et demandant pardon à ceux qui les massacroyent. Hz n'es- » toicnt point amassez ensemble, ains retirez chascun en sa ville et en sa 0 maison. Cela n'a point esté par ordre de justice ni par connoissance de » cause, mais par la rage et impétuosité d'un peuple furieux et outrageuse- > ment desbordé. En ces meurtres ont esté enveloppez plusieurs pauvres ) malades, impotens de vieillesse, beaucoup d'honorables dames et filles » honnestes et de bonne maison, des femmes enceintes, des jeunes hommes ») et petits enfans, bon nombre de gens doctes et lesquels n'estoient aucune- A ment propres à porter les armes; plusieurs milliers d'hommes effrayez de » ces meurtres comme d'une tempeste et foudre estrange, ayant quitté de » peur femmes et enfans, se sont sauvés de vitesse en Angleterre, en Alle- » magne et en Suisse,

» Les magnifiques et puissans seigneurs des Ligues, et leurs sujets, sa- » vent'Ces choses estre vrayes.

» Si les loix divines et humaines ont condamné, de tout temps, celuyqui » espandoit le sang innocent, il faut dire que l'occasion de tant de mas^i> cres est merveilleusement atroce, ou que les auteurs d*ic6ux soyent estin mez meschans et malheureux jusques au bout

)> Ce nonobstant, depuis quelques jours en çà, un certain mesdisant, qui » se dit orateur et ambassadeur du roy de France, a bien osé dire, en pleine » assemblée des Ligues, que cest horrible massacre a esté fait par le coin- •) mandement du roy, et que la cause d'un tel courroux est procédée de ce »> que Tamiral (qui a esté le premier tué, comme celuy à qui on en vouloit » plus qu'à nul autre), avec quelques gentilshommes, avoit conspiré de tu€r » le duc de Guise; adjoustant à cela quelques mois de la royno mère, et da » duc d'Anjou, frère du roy, comme si ceste conspiration eust esté auss » aucunement dressée à rencontre d'eux.

)) Voilà presque le sommaire de ceste outrageuse harangue, à laquelle ) nous respondrons premièrement en peu de mots; puis nous viendrons à » examiner chaque point de l'accusation ou plustost libelle fameux, farej > d'injures, de niesdisances et calomnies. En quoy ce mesdisant se monstre •> merveilleusement inique, de maudire impudemment celuy lequel ii flattait, '» n'y a pas longtemps^ quand il vivait et estait en crédit. »

Ne pouvant reproduire ici les développements dans lesquels entre Fauteur de la réfutation, nous nous bornerons à une citation qui donnera du moins une idée de la justesse et de la vigueur de son argumentation.

« Le cinquiesme outrage, dit-il, est que l'amiral estoit souvent accom- » pagné de brigands et meurtriers à gages.

» Cy-devant nous avons dit qu'il faut juger d'une chose par les effets, » et non par paroles. L'amiral a porté les armes, en France, Tespace de ) plusieurs années, avec les princes de Condé, père et fils, et finalement )) avec le roy de Navarre, accompagnez de gentilshommes do marque, et, » pour le dire en un mot, avec la fleur de la noblesse françoise. 11 y a eu six » batailles contre les ennemis, et, comme les événemens de la guerre sont •» douteux, quelquefois il a esté mis en roule, parfois il a donné la chasse » aux ennemis; et, s'ils oui obtenu quelque victoire, ils l'ont toujours achetée n bien chèrement.

» Si nostre mesdisant appelle brigands ces princes, seigneurs et gentils- » hommes-là et dit qu'ils sont exercez à massacrer les hommes, preniièrement » il outrage à tort les plus vaillans et nobles du royaume, et se fait grand n deshonneur do mcsdire ainsi dos niorls qu'il a flattez en leur vivant,

» Davanta}?e, il fait grand tort au roy mesme, qui, en tous ses traictés e4 ') édits de pacification, dérlaire que tous ceux qui ont porté les armes avec » l'amiral les ont prinses pour le bien de son service, qu'il les tient tous » pour fidèles sujets, et qu'il sait bien que ce qu'ils ont fait a été pour )) maintenir la religion; non point pour faire la guerre au roy.

» Mais que dirons-nous des illustres princes de l'Allemagne? Cinq dos » principaux d'entr'eux, à savoir l'électeur palatin, lé landgrave de Hesse, » le duc de Wurtemberg, le duc des Deux-Ponts et le marquis de Bade » envoyèrent des rcîstres à l'amiral, aux premiers troubles. Aux seconds.

)> vint en personne le très-illustre duc Casimir, et, aux troisièmes, le duc » des Deux-Ponts, avec bonnes troupes. Cest espion oscroit-il bien appeller » brigands ces princes d'Allemagne?

» Aux premiers troubles, leis magnifiques seigneurs de Berne envoyèrent )> quelques milliers de Suisses au secours du prince de Condé et de Tamiral. » Etoit-ce pour brigandercn France, comme ce mesdisant Ta bien osé dire? )> au contraire, ils sont venus pour maintenir la couronne et la religion, » que ceux de Guise vouloient renverser.

» Brief, aux premiers troubles, le prince envoya deux ambassadeurs aux » estais de Tempire, à Francfort, où l'empereur Ferdinand présidoit : et ») Tcmpereur régnant aujourd'huy, alors esleu roy des Romains, y assis- » toit. En ceste assemblée furent produites et leues les lettres escrites de » la propre main de la royne mère au prince de Condé, par lesquelles elle » le prioit afTeclueusement de s'opposer à ceux qui troubloient la paix » publique et le repos du royaume estably par Tédit de janvier ; qu'il secourût » la mère et les enfans, c'est-à-dire elle et le roy : et finalement qu'il eût » le salut du royaume en recommandation.

» Et ne faut oublier ce que nostre espion a prononcé en un endroit de

n sa barangue : car, en outrageant, à tout rompre, le défunt amiral, il s'est

» demandé à soy-mesme comment cela se pourroit prouver : et tout soudain

» respond, que la vie passée de Tamiral rend suffisant tesmoignage de cela.

» Nous acceptons ceste condition, impudent calomniateur que vous estes,

» et vous prions de nous respondre aussi, qui a esté cause que le pape

» hayssoit si estrangement l'amiral? Étoit-ce pas la religion? Pourquoi

» a-t-il esté tant esloigné de la bonne grâce de la royne mère et des hommes

» de la cour, sinon à cause de la religion ? Qui a osé faire requeste pour les

« nostres, lorsque les feux estoient allumez, dans lesquels on les brusloit

» tout vifs, sinon l'amiral? A-ce pas esté lui qui a fait rapport de leurs

I) déportemens au privé conseil, et lorsque personne n'osoit ouvrir la bouche .

» pour en parler? Qui a esté protecteur des ministres et pasteurs des églises,

» et au conseil et secours de qui se sont-ils retirez, sinon vers l'amiral?

» Est-ce pas lui qui a le premier retiré la noblesse françoise des ordures

» de la cour pour la ramener à la connoissance et crainte de Dieu? De qui

M est-ce que les seigneurs et gentilshommes françois ont apprins à honorer

» Dieu, à réformer leurs familles, à dresser des églises, à faire les prières

» en leurs maisons, à chanter les louanges de Dieu et bannir toutes chan-

» sons lascives? Du seul amiral. Brief, depuis quinze ans en çà, nul n'a

A fait profession de la pure religion en France qui n'eust en admiration la

» sainteté, piété, modestie, intégrité et justice de l'amiral, et qui ne le pri-

» sast et honnorast pour ces vertus-là.

» A qui donc croira-t-on plustost, ou à ce mesdisant effronté, qui, n'y a )) pas longtemps^ fîattoU Camiral qui estait en crédit, ou à cent mille hommes, « gens de bien, qui ont chère et précieuse la mémoire de celuy qu'ils hono- » roient grandement tandis qu'il a vescu?

)) Voilà une suffisante responce à vostre injure atroce des brigandages » qu'imposez à l'amiral.

o On appelle brigands ceux qui pillent, despoui lient et meurtrissent en » cachette ceux qui n'y pensent point, comme on a fait à Paris, et qui mens- » trent beau visage à ceux desquels ils machinent la mort en leurs coeurs. » Le but des brigands est de piller et saccageur. Mais tous les efforts, fascbe- » ries, conseils et travaux de Tamiral ont visé à ce seul but, de procurer » que l'exercice de la religion demeurast en son entier en France.

» Partant, ce ne sera point par vos paroles, ains par les faits de Tami- » rai, que nostre siècle et la postérité jugeront de lui. Mais tous, amba>- » sadeur, quelle opinion pensez-vous laisser de vous? d*un sénateur et con- » seiller du roy? Un sénateur et un calomniateur sont deux choses » directement contraires, mais principalement en un point : c'est que, si le » sénateur voit quelqu'un porter dommage à Testât public, eslre mal afîéo- » tienne envers le roy et envers le royaume, il Taccuse hardiment envers )> le roy; et s'il le voit eslcvé en honneurs et richesses, tant plus soigneu- )) sèment avertit-il le roy de s'en donner garde. Le calomniateur au contraire » flatte, suit et accompagne celuy qu'il voit estre en la bonne grâce du » prince, ployé à tous ses désirs; mais, si le vent tourne, lors il Paccuse, » outrage et maudit, et, après sa mort, diffame sa mémoire par toutes sortes )) d'injures. »

L'écrit, remarquable à plus d'un titre, dont nous nous occupons se termine par ces énergiques paroles :

)> Quant à vous, calomniateurs, compagnons de nostre mesdisant, sachez » que l'ignominie de mort ne consiste pas au genre de mort, ni aux tour- >) mens des bourreaux : l'infamie gist en la cause do la mort, non pas au » supplice. La mort est un soulagement de misères aux gens de bien; ce » leur est un commencement de vie bienheureuse et immortelle. Quelquefois 0 les géhennes des bourreaux, comme quelqu'un a sagement dit, ne sont »> pas si griefvcs que les tourmens des maladies. Les prophètes ont souffert » beaucoup, Christ a esté tourmenté et attaché au gibet, supplice ignominieux ') entre tous autres, si l'ignominie qui est en la cause de mort estoit en la » mort mesme. Mais l'ancien dicton est vray : qu'une mort honteuse ne peut » advenir à un homme vertueux: et celuy qui se confie en la miséricorde de 1) de Dieu ne meurt jamais i:^isérablement ni mal à point : car, comme rÉcri- 4 ture en parle, la mort des justes est précieuse devant les yeux du Seigneur.

Danielis Tossani, S. thcologiu^ in Acadcmià Heidebergensi professons, orationum de varii» rébus gravissimis habitarum volume n unum. — Ambergaj, typis Michafilis Forsleri, anno MDXCV.

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