‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 14 sur 141 · Bibl. nat., mss. t. !r., vol · texte numérisé non relu

Bibl. nat., mss. t. !r., vol

s'absentant pour quelques jours, il quitta la capitale, afin d'aller chasser en Brie, et autorisa Goligny à se rendre à Châtillon, où il savait que, comme d'habitude, son séjour au foyer domestique ne le distrairait point de Taccomplissement de ses devoirs d'homme d'Etat.

A peine l'amiral goûtait-il, sans pressentir que ce fût pour la dernière fois, le bonheur de se retrouver au sein de sa famille, que se firent entendre au loin, dans les régions de la cour, et se répercutèrent jusqu'à Châtillon les premiers grondements d'un orage qui allait l'arracher à sa retraite.

En effet, avertie par ses affidés des mâles conseils que Goligny donnait au roi et des préparatifs de guerre qui en avaient été la conséquence, Catherine était accourue pour circonvenir son fils, lui faire un crime de sa condescendance envers l'amiral, dénigrer ce dernier, l'accuser et sommer le débile monarque de couper court à l'exécution de projets belliqueux, qu'elle qualifiait de coupables et d'insensés ; sommation k laquelle, dans le premier moment, il avait été obtempéré.

Il suffît à l'amiral d'être informé de cette seule circonstance, que Catherine, quittant précipitamment la duchesse de Lorraine, sa fille, à la rencontre de laquelle elle s'était avancée en province, est venue trouver le roi, pour qu'il s'alarme. Il ne veut pas laisser le jeune souverain exposé, sans défense, à des obsessions redoutables, et il se décide à partir immédiatement de Châtillon. Ni les nombreux avis qu'il a reçus de divers côtés sur les dangers auxquels Texposera son retour dans la capitale, ni les conseils des amis qui l'entourent, ni l'anxiété des êtres chéris, femme et enfants, dont, sans s'en douter, il va se séparer pour toujours, n'ébranlent sa résolution.

Jacqueline d'Entremonts à qui, dans son état de grossesse,

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il désire épargner les fatigues d'un voyage, et qu'il veut surtout tenir éloignée d'un foyer d'agitations et de troubles, se résigne, sur ses vives instances, à rester au château avec les enfants. Louise seule, dont les ardentes supplications trouvent un écho dans le cœur de Téligny qui va partir avec l'amiral, obtient de son pore et de son mari l'assurance de pouvoir prochain^ement se rendre à Paris, auprès d'eux. Au moment des adieux, alors que Coligny va monter à cheval, une simple paysanne, accourant en toute hâte, « se jette à ses pieds, et lui embrassant les genoux par grande affection, s'écrie : « Ah ! nostre bon maistre, où vous allezvous perdre? Je ne vous reverrai jamais, si vous allez à Paris, car vom y mourrez, vous et tous ceux qui iront avec vous. Au moins, ajoute-t-elle en pleurant, si vous

> n'avez pitié de vous, ayez pitié de madame, de vos ) enfans et de tant de gens de bien qui y périront, à vostre ) occasion! » Et comme l'amiral, la reprenant, lui dit qu'elle

> n'est pas bien sage , cette pauvre femme va se jetter aux

> pieds de madame l'amirale et la prie de vouloir garder ) son mary d'y aller, parcequ'elle est bien assurée que, s'il f va une fois à Paris, il n'en reviendra jamais, et si sera la

> cause de la mort de plus de dix mille hommes après » lui \ »

Alors quel surcroît d'angoisses ! que de larmes versées par Jacqueline d'Entremonts, par les enfants, par tout leur entourage ! Rien toutefois ne saurait arrêter Coligny quand le devoir l'appelle; il part, non sans envisager les difficultés du présent et les sombres perspectives de l'avenir, mais ne désespérant pas du succès final de la cause au service de laquelle il est prêt à tout sacrifier, même sa vie.

i. p. de L*EstoiIe, en consignant ce récit dans son journal, sur l'année 1372, l'accompagne de cette mention, qui ne laisse aucun doute sur son authenticilé : « Kntendn de la bouche d'un qui Ta vrt et ouy. »

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Ici s'ouvre Tune des plus tragiques séries de faits qu'ait enregistrés l'histoire.

Qui ne sait quelles amères déceptions suivirent les dernières espérances de l'amiral, et quels furent ses généreux efforts dans une lutte suprême, où il apparut plus grand que jamais ? Qui ne sait aussi l'effroyable perversité d'une Catherine de Médicis, d'un d'Anjou et de leurs suppôts, stipendiant un vil assassin pour attenter aux jours de Coligny ; la consommation du crime , les mémorables paroles prononcées par le héros chrétien sur son lit de souffrances, la hideuse ardeur des conjurés de la cour à faire d'un roi leur complice, la frénésie de celui-ci , éclatant sous leurs perfides excitations , sa transformation subite en bourreau de ses sujets , et enfin l'épouvantable massacre de la Saint-Barthélémy, dont l'illustre amiral fut la première et la plus grande victime ?

Sans revenir ici sur ces lamentaJjles faits, que nous avons retracés ailleurs *, attachons-nous immédiatement à exposer ce que devinrent, depuis le 24 août 1572, d'une part, Louise de Coligny, qui se trouvait à Paris, et, de l'autre, ses frères et sa belle-mère, qui étaient restés à Châtillon.

i. Voir Gaspard de Coligny ^ amiral de France ^ t. UI.

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