‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 16 sur 141 · Hotman, Vie do Colvjni/, Irad. de i60o, p. iG · texte numérisé non relu

Hotman, Vie do Colvjni/, Irad. de i60o, p. iG

a. C'est ce (|ui ressort d'une lettre de Jacqueline d'Eulreinonts à Charles IX, dn 22 octobre 1572. (Hibl. nat., mss. collecl. Dupuy, \ol. 19i, fo il), qui sera ci-après reproduite, et dans laquelle elle parle de l'envol qu'elle a dû faire de son iWs el de son neveu au roi.

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pauvres enfants au château tourna contre eux, et qu'en exé cution des ordres du roi ils furent enlevés à leur maternelle protectrice.

Seule désormais au foyer domestique, Jacqueline d'Entremonts aspirait, dans sa détresse, à faire respecter la demeure de son mari et à rester, fût-ce même au péril de sa vie, là où l'honneur et la fidélité conjugale lui faisaient un devoir de se maintenir résolument.

Tandis que la noble veuve se montrait pleine de dignité et d'énergie dans l'accomplissement de ce grand devoir, et que François, Odet et Guy de Laval, sous la conduite de Legresle et de Pontchartrin, traversaient la France en fugitifs, Charles IX, Catherine do Médieis et leur vil entourage étendaient à la plupart des provinces de France les abominables ravages exercés par eux dans la capitale, en alliant la calomnie, le mensonge et le cynisme aux derniers excès de la cruauté; en voici la preuve.

Le mardi 26 août, au milieu de la furie des massacres déchaînée dans Paris, depuis l'avant-veille, « leroy, accom- )) pagné de ses frères et des plus grands de sa cour, s'en alla » au palais, jadis la cour des pairs de France et le lit de » justice du roy. Là, séant en plein sénat, toutes les cham- » bres assemblées, il déclara tout haut, que ce qui estoit » avenu dans Paris avoit été faict non-seulement par son ^> consentement, ains par son commandement et de son » propre mouvement. Alors le premier président, au nom de » tout le sénat, en louant l'acte comme digne d'un si grand » roy, lui respondit que c'estoit bien faict, et qu'il l'avoit » justement peu faire; que qui no sçait bien dissimuler, ne » sçait pas régner * >» .

1. « Audità régis oratione, Christophorus Thuanas, prinius illius parlameuti >» praetor, liomo levilate sinml et cnidclitate insigiiis, amplissimis verbis régi gra- •> tulatus est, quod ininiicos suos, qiios bello atque armis vincere non potuerat,

Quelle bassesse, que celle d'un tel corps de magistrature, abdiquant ainsi, aux pieds d'un monarque en déaience, couvert du sang de ses sujets, tout sentiment d'honneur, toute notion de justice, alors que s'imposait aux membres de la cour souveraine le devoir d'exercer avec une inébranlable fermeté le droit de remontrance dont ils étaient investis par la loi ! Et à quel degré d'avilissement descendit, en cette circonstance, le chef de la (»our, le premier président Christophle de Thou ! Plus que tout autre, il eût dû protester contre le meurtre de Coligny et de ses coreligionnaires, lui qui. le 12 janvier 1553, avait eu, comme avocat, Thoniieur d'assister de son ministère, devant le parlement de Paris. l'amiral de France, à Toccasion de sa prestation de serment, et qui s'était fait un devoir d(» mettre en relief, dans une solennelle harangue, le grand caractère et les éminents services de son noble client '. Jamais homme, peuteln», ne se montra plus infidèle que Chrislophle de Thou h Hon propre passé et à ses intimes convictions; car il savait parfailenK^nt que l'amiral était demeuré, jusqu'à son dernier soupir, dévoué à sa patrie et au roi. 11 n'est pas de déchéance morale plus grande que celle que subit le (•(i»ur humain quand, désertant la haute sphère du devoir, il s'aflairtse sous la triple pression de la servilité, de la peur, (h l'injustice, et se rend, par une approbation dégradantes complice d'un forfait dont il encense l'auteur.

I/accueil que le parlement venait de faire à Charles IX était pour celui-ci un encouragement à persévérer dans la double voie des mensonges officiels et du meurtre. Aussi,

M (|(»lo at(iiU5 fiilliHiii siiiuîrassol : ^erissimiiniquo velus illud Luilovici Gallianini M rt'Kl'*. ^iJ'i^^ '*"^ \<'rl)urii osse iloruisset, qui hîinc unani se lalinani sentenUam -. Hrirt» (lltlllalial : (pil iioscll dissiniulare, noscit rogiiarc. >. {De fwonbus galiicis, iHlIl. de lOil, p. toi, iOi. — Le Hi^vciUc-matin des Français et de leurs voisins, part, i, p. 70. — Màm, de restai de France soufjs Charles /A', t. I, p, iil. \, Voir Gaspard de Coliytty, amiral de France, t. I. p, 118, il9.

le mercredi 27 août, « continua-t-il d'envoyer lettres en )) quelques endroits, faisant massacrer tous ceux que Ton » pourroit attraper * ».

« Le jeudi 28, fut célébré dans Paris un jubilé extraordi- » naire, avec la procession générale à laquelle le roy assista, » ayant premièrement sollicité, mais en vain, le roy de » Navarre par douces paroles, et le prince de Condé par me- » naces, de s'y trouver. — Le mesme jour, furent publiées » des lettres patentes du roy, par lesquelles ouvertement il » déclaroit qu'il ne vouloit plus user de paroles couvertes ny » de dissimulation ; que la tuerie des huguenots avoit esté » faite par son commandement, à cause d'une maudite con- » spiration faite par l'amiral contre luy, sa mère, ses frères, » et autres princes et grands seigneurs de la cour *. »

Bientôt, à la fureur qui avait décrété et propagé Teffusion du sang, puis cherché dans la calomnie et le mensonge une justification impossible, s'ajouta un hideux cynisme, dont Catherine de Médicis donna l'exemple.

Il ne suffisait pas à cette femme dépravée d'avoir, en présence de son fils, favorablement accueilli, au Louvre, le misérable sicaire qui y avait apporté la tête de l'amiral, et, après s'être saisie d'un tel trophée, de l'avoir, de concert avec le roi, envoyé à Rome^; il lui fallait plus encore : elle

1. Mém. de Vesial de France soubs Charles IX ^ t. I, p. 423. — La nouvelle des massacres de la Saint-Barthélémy fut accueillie à Rome avec une joie impie. (Voir, pour les détails, de Thou, HisL tmio,, t. IV, p. 632, 633.) —La joie de Philippe II ne fut pas moindre; elle éclata dans une lettre, qu'à titre de digne gendre de Catherine de Médicis, en fait de haine vouée à l'amiral, il écrivit, le 17 septembre 1572, à sa belle-mère. (Voir à V Appendice, n® 1, le texte de cette lettre.)

2. Le RéveU/e-matin des Français et de leurs voisins, part. I, p. 73.

3. « Un Italien de la garde du duc de Nevers coupa la teste à l'amiral, qui fut » portée au roy et à la royne mère, puis embaumée et envoyée à Rome, au pape » et au cardinal de Lorraine. » {Mém. de Vestat de France soubs Charles IX, t. L p. 392.)— De furoribus gaUicis, édit. de 16il, p. 39B.— 3fé/w. de Tauannes, chap. xxvn.

— DAubigné, Hist. untu., t. Il, Hv. I, chap. iv. — De Thou, HisL univ,, t. lY, p. 585.

— Relation de J. Studer, capitaine d'une compagnie de Saint-Gallois au service du roi de France (Ribl. de Zurich, mss.}. — On n'était pas sans inquiétude, à la

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aspirait à la sinistre satisfaction d'insulter, du reg-ard et du geste, le cadavre mutilé de Coligny ; aussi osa-t-elle, en mèro indigne de ce nom, entraîner ses enfants à Montfaucon, et là, au pied d'un gibet, les rendre témoins des excès de sa haine implacable \

Indigné des horribles scènes dont Montfaucon était , depuis quelques jours, le théâtre, le maréchal de Montmorency résolut de mettre un terme aux outrages subis par la dépouille mortelle du grand homme qui était son parent ol son ami. Il réussit à la faire enlever du gibet, pendant la nuit, et conduire à Chantilly, où une sépulture lui fut assurée dans son château *. Le maréchal y avait à sa disposition des forces suffisantes pour repousser toute agression qui eut tendu a lui ravir le dépôt sacré dont il venait de se constituer le gardien.

Si Ton n'osait pas aller attaquer François de Montmo-

œur (lo FraïKM», sur lo sort de l'envoi lait à celle de Rome, car. le 5 septembre i57i, lo (^r)ii\(;riMMir Mandelot wrivail de Lyon à Charles IX : «» J'ay receu la lettre qu'il •f a pieu à Vostn» Majeslé m'esiTire, par laquelle elle me mande avoir esté advertie .. qu'il y u unjr liomiue qui est party de pardelà avec la leste qu'il aurait priuse .. diidll admirai, après avoir esté lue, pour la porter à Rome, et de prendre gnrtie n (piand UnMi homme arrivera en ceste >ille, de le faire arreslcr et luy osier ladite " U'ste. A quoy j'ay incontinent dounê si bon ordre, cpie, s'il se présente, le coni- » mandement (lu'il plaist .'i Vostre dite Majeslé m'en fajre sera ensuivi. Et n'esl »' pasHé, ces jours icy, par ceste ville aultre i>ersonne, pour s'en aller du eosté de •' Home, (lu'un esciiyer de M. de (iuise, nommé PInel, lequel estoit party quatn* .. Iieure» auparavant du jour mesme que je rerus ladite lelln» de Vostre Majesté. »• rlllhl. nat , mss. f. fr., \ol. 170i, f» 333.)

i. * Les falholiqu(»s alloient en pèlerinaî?e au îïîIm'I de Montfaucon visiter le .. corps do l'admirai. La royne mèi-e, voulant aussy saouler sa vue d'un tel spec- •• tarie, y alla et y amena le roy et ses autres llls. >> {Mém, de i'estat de France sou^^s Charles /A', t. I, p. rm.) — <« 1^ royne n)Ore, pour repaître ses yenx, fut voir le ». r(»rps mort de l'admirai p«»ndant au pihet de Montfaucon, et y mena ses fils. » [Journal de I\ de llCstoile, ann. 1572.) — Brantôme, édiL L. Lai., t. V, p. 237, i5H. — l'apyrins Masso, ap. I^e laboureur, Addit. aux Mom. de Castelnau^ t. UI

î. « Qm'lques jcmrs après, un valet du duc de Montmorency, nommé Antlioine. » alla de nuit à Monlfaucon, seul, avec tenailles et marteaux, pour rompi-e les >* chaînes desquelles ce wirps (celui de l'amiral) estoit attaché : il le despendil. » rapporta à Chantilll, et là le lit consumer dans de la chaux. » (D'Aubigné. Hist, uniw, t. IL llv. I, ch. IV. — Dt^ Thou, Uist unir., {, IV. p. rwo.)

rency dans sa demeure, on espérait du moins pouvoir tirer contre lui quelque grief de sa correspondance avec Téligny, au sujet de l'amiral; mais l'espoir fut déçu, car l'examen de cette correspondance prouva uniquement que le maréchal ne doutait pas, au 22 août, de la sincérité des intentions du roi, quant à la répression du crime commis ce jour-là. Voici, en effet, ce qui est rapporté sur ce point*. « Le roy assembla son conseil, auquel furent montrées, par » le duc d'Anjou, certaines lettres du maréchal de Mont- » morency à Téligny, du vendredy, 22 d'aoust, après la » blessure de l'amiral, en réponse de celles que Téligny luy » avoit escrites ; et furent lesdites lettres trouvées dans les » coffres et entre les papiers de Téligny mort. Par icelles le » maréchal de Montmorency monstroit ouvertement le des- » plaisir qu'il avoit receu, entendant la blessure de l'amiral, » son cousin; qu'il ne vouloit pas en poursuivre moins la » vengeance, que si l'outrage eust été fait à sa propre per- » sonne, n'estant pas pour laisser en arrière chose qui peust » servir à cest effet, sachant combien un tel acte estoit des- » plaisant au roy. »

On fut également déçu dans l'espoir de découvrir parmi les papiers de l'amiral un fragment quelconque à l'aide duquel on pût tenter d'incriminer sa mémoire. On n'y trouva au contraire que des preuves manifestes de sa haute intelligence et de sa constante loyauté.

Catherine de Médicis, alors qu'elle se disposait à immoler Coligny , avait avisé au moyen de s'approprier les papiers qu'il laisserait après lui : aussi, que se passa-t-il dans l'hôtel de la rue de Béthisy immédiatement après le meurtre de l'amiral? « Le soldat se mit à piller, cassa les coffres, prit » l'argent et tout ce qui se rencontra de plus précieux, mais

1. Mém, de V estât de France soubs Cfiarlet /X, t. I, p.» 4i0« -

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» sans toucher aux lettres ni aux papiers, parceque la ro yne » l'avoit défendu *. »

Cette même reine, après examen des papiers de Tainiral, se concerta avec Tévêque d^Orléans, devenu garde des sceaux, pour qu'il en fût détruit une notable partie '. « Os )> confia à la prudence de Jean de Morvilliers le secret de » tous les mémoires et papiers de Tamiral de Ghastillon, » après sa mort, dont il fit inventaire et en supprima plu- » sieurs qui, servant à sa justification, auraient nui au roi et » à la reine. Il estoit ennemi des conseils violens, mais il » estoit fécond en moyens d'en réparer les mauvais succès ; »» c'est-à-dire , pour employer le langage de d'Aubigné * , que « le vieil conseiller d'Estat Morvillers faisoit prudence de » crainte. » L'histoire ne se ressent que trop de l'atteinte portée à ses droits par cette prétendue prudence, qui équivalait à un scandaleux déni de justice.

Une double leçon fut au surplus nettement donnée a Catherine de Médicis, à propos des papiers dont il s^agit.

« Entre ceux qui furent trouvés dans les coffres de Ta- » mirai estoit (un escrit) que la royne mère fit lire en pré- » sence de quelques-uns de ses plus familiers. Il y avoit un » article par lequel l'amiral donnoit conseil au roy de n'ac- » corder trop grand apanage, ne puissance à ses frères. Sur » ce, la royne mère s'adressant au duc d'Alençon, frère du » roy : « Voilà, dit-elle, vostre bon amy l'amiral que vous » aimiez et respectiez tant I » Le duc d'Alençon respond : « Je » ne sçay pas combien il m'estoit amy ; mais, pour yray, il » a monstre combien il aimoit le rov. »

» L^ambassadeur d'Angleterre fit presque une mesme » responce, quand la royne mère disoit que l'amiral avoit

!. De Tliou, Ilist, univ.^ U IV, p. 886. i. Le Uboureur, AddiL aux Mém, de CaHelnau^ t 1, p. 3ul. * 3, Uist, univ,, U il, llv. I, cl), XU

» conseillé au roy d'avoir tousjours pour suspecte la puis- » sance des Anglois *. »

Écoutons, sur ce point, Walsingham lui-même. Voici ce qu'il écrivait, de Paris, le 14 septembre 1572, à Smith, premier secrétaire de la reine d'Angleterre ' :

« Madame, dis-je à la rerne mère, je crains que les princes » protestans ne regardent la sévérité avec laquelle on vient » de traiter ici les gens de leur communion comme une » déclaration de guerre faite à tout le parti, et qu'il ne s'en » suive une guerre aussi sanglante qu'il y ait jamais eu et » dont le Turc tirera le principal avantage. Sur cela, elle » prit occasion d'invectiver contre l'amiral avec véhémence, » disant que l'affaire de Bayonne étoit une invention de sa » façon pour faire à cette couronne autant d'ennemis qu'elle » avoit d'amis et d'alliez. « En effet , dit-elle , l'affaire de » Bayonne ne tendoit qu'à faire bonne mine, et, sur ce pied- » là, vous voyez combien peu votre maîtresse lui avoit d'o- » bligation. Voyez, ajouta-t-elle, le discours qui s'est trouvé » avec le testament qu'il fit lorsqu'il étoit malade à La Ro- » chelle, et dans lequel, entr'autres avis qu'il donna au roi, » mon fils, il lui recommanda surtout d'abaisser, autant » qu'il pourroit, la reine, votre maîtresse, et le roi d'Espa- » gne, comme étant un moyen qui pourroit beaucoup con- » tribuer à la sûreté et au maintien de sa couronne. » Je ré- » pliquai que, quelles que pussent être en cela ses intentions » pour la reine ma maîtresse, il paraissoit néanmoins par là » qu'il étoit un sujet très-fidèle à la couronne de France, et » que la reine ma maîtresse en faisoit d'autant plus de cas » qu'elle n'avoit jamais connu en lui que de très-bonnes » intentions pour son souverain. »

Catherine et Charles IX, qui, dans maints discours et

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